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Chapitre 6 - Quantitatif et qualitatif peuvent-ils être dissociés ?

       Eternelle dualité de la qualité et de la quantité, deux aspects de la manifestation, opposition du monde visible et du monde invisible.

       Que recouvrent ces deux vocables apparemment irréductibles l’un à l'autre ?

       Quantité, quantifiable vient de quantus, combien, grand. Cela évoque immédiatement l’idée de dénombrement. La quantité est ce qui est mesurable physiquement, ce qui est préhensible par les sens physiques et leurs divers prolongements technologiques. Elle est le résultat d’une ou de plusieurs des quatre opérations : addition, soustraction, multiplication et division. La quantité fait partie du monde de la forme, du tangible, du visible, du réel apparent. Son mode de préhension résulte de la logique, du discursif, du rationnel. Pour évaluer une quantité il faut savoir compter, quantifier, dénombrer. La pensée scientifique moderne s’attache avant tout à mesurer des quantités. On peut même dire que, pour elle, tout ce qui n’est pas mesurable, quantifiable n’existe pas scientifiquement. Ce qui démontre au passage l’infinité des mondes dits inexistants qui lui reste à explorer lorsqu’elle deviendra adulte.

       Mais s’agit-il là d’une dualité d’opposition ? Ne peut-on pas parler plutôt de couple, à l’instar du couple fondamental Nombre / Fonction dont elle n’est peut-être qu’une forme dégradée et restreinte ?

       Quantité / Qualité sont deux aspects fondamentaux de la vie comme le sont le Nombre et la Fonction, lesquels sont à la fois créateur et spécification de la création. Tout ce qui est créé a un Nombre qui le caractérise et a une fonction dans l’Univers. Sur le plan fondamental, le Nombre est l’essence de la forme. Et les fonctions créatrices participent toutes au miracle de la vie et forment l’Homme Universel qui manifeste le Créé. Et l’homme individuel est à l’image de l’Homme Universel. C’est pourquoi, en appliquant à la lettre l’esprit de la formule V.I.T.R.I.O.L. et en rentrant au plus profond de lui-même, cet homme individuel résoudra le mystère divin de la Création (Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Où vas-tu ?)

       Voila le véritable mystère que tout homme a à résoudre le jour de sa naissance, laquelle marque une rupture exceptionnelle dans son évolution lorsque, expulsé de la matrice maternelle, de la caverne originelle où le Un est l’unique dimension, il se trouve soudain plongé dans la multiplicité de la Création. Le Un est devenu Multiple. Et toute sa vie, le petit d’homme - dans sa matérialité - devra œuvrer pour retourner - en esprit cette fois (seule partie de l’être qui soit immortelle) - au sein du Principe Créateur dont il est issu. Il devra ainsi passer des ténèbres gestatrices du fœtus à la Lumière créatrice du Maître réalisé.

       Sur son chemin, il rencontrera, entre autres, le couple qui nous intéresse ici : la qualité et la quantité. Puisque ces deux valeurs existent, c’est qu’elles ont une fonction et participent toutes deux, chacune à leur manière, au processus de la Manifestation.

       Si l’on se rend compte aisément que le mystère du vivant ne peut se résoudre par la seule approche par le quantifiable, force est de convenir que l’on ne saurait s’en passer. Ce sont en effet les méthodes de recherche perfectionnées, les technologies de plus en plus poussées et affinées qui permettent de pénétrer jusqu’au cœur de l’atome. C’est grâce au règne de la quantité, de la multitude, alliées à la pensée discursive, que nombre de secrets d’ordre matériel ont été mis à jour. Ce qui ne préjuge pas pour autant des degrés de connaissance, dans ces mêmes domaines, auxquels étaient arrives des civilisations aujourd’hui disparues, connaissances qui, par sécurité, restaient du seul domaine des initiés et du Temple. Malheureusement les hommes, dans leur folie, ont inversé les valeurs et dénient, maintenant, au nom du rationalisme et d’un humanisme pervers, toute fonction ou appartenance divines à l’homme.

       L’aspect objectif de la vie a relégué à l’arrière plan l’aspect subjectif. Jusqu’à il y a peu, c’était l’homme qui servait de référence à toute chose, qui était la mesure de 1’Univers. Même les aspects rationnels, mesurables étaient passés au crible du jugement connaissant de l’homme. Ces aspects n’étaient considérés que comme des parties d’un tout, parties soumises à l’étude synthétique de ce tout. On peut donc dire qu’à l’inverse de la pensée traditionnelle qui a guidé l’humanité pendant des millénaires, l’homme moderne compte et ne dénombre plus, ou, si l’on préfère, n’est plus en capacité de nommer les êtres et les choses, c’est-à-dire d’en percevoir l’essence et la partie invisible de toute forme, là où se situe la qualité dans son principe.

       La qualité, en effet, ne saurait se mesurer, se compter, se quantifier même si la mode actuelle est de déterminer des pseudo-critères de qualité, lesquels ne sont en fait que la détermination rationnelle de la composition quantitative des substances et de leur importance relative dans un produit. La qualité n’est pas quantifiable parce qu’elle exprime un ou des rapports, et l’on peut dire, en quelque sorte, qu’elle est l’Harmonie manifestée. Puisque non mesurable rationnellement, elle est du domaine du subjectif car elle permet d’arriver à la connaissance de l’objet dans son essence.

       Puisque la qualité est ce qui compose et relie tous les éléments subtils, mais aussi matériels d’un objet, on peut en déduire que la qualité est ce qui spécifie cet objet.

      Ainsi de la semence. C’est de la qualité de la semence que naitra la plante future. Et c’est de cette même qualité - réunissant toutes les potentialités et toutes les hérédités de l’espèce considérée - que cette plante naitra dans sa lignée. Autrement dit, la semence d’une fleur ne pourra générer qu’une fleur et non pas un arbre, par exemple. Donc, la qualité incluse dans la semence en est la spécification. Et cette spécification porte en elle, en puissance, toutes les virtualités qui permettront à la semence de générer la vie et de la transmettre.

       On s’aperçoit ainsi que la qualité est quelque chose de très particulier et que la vie ne saurait s’en passer. Par la qualité incluse en elle, la semence mise en terre, va générer une forme laquelle pourra, elle, être éventuellement quantifiée, mesurée, analysée, pesée, etc...

       A la lueur de ce qui précède on s’aperçoit qu’il existe un lien subtil entre qualité et quantité et que, ainsi que cela était évoqué au début, il convient bien de parler de couple en quelque sorte créateur, et non d’une opposition qui ne saurait qu’être stérile.

       A notre niveau d’initié, comment pouvons-nous vivre ce couple auquel l’homme se trouve confronté en permanence ?

       A l’homme qui entre sur la Voie, on doit pouvoir lui faire remarquer que la qualité peut être associée à la Vigilance. Apprendre à percevoir la qualité essentielle d’un être ou d’une chose demande attention, concentration, présence à l’Autre. De plus, pour avancer sur le chemin, la qualité de la quête est indispensable et demande une longue transformation de son être ; et là, la vigilance s’impose pour éviter les fausses routes et les impasses.

       De même, on peut attribuer la Persévérance à l’aspect quantitatif de la quête. L’intensité du travail est mesurable et le don à la communauté exige que toute la personne soit impliquée.

       Quantitatif / Qualitatif doivent donc être pris en compte à leur juste mesure par l’initié en chemin afin de lui permettre de lever progressivement le voile d’Isis.

       Mesure !

       Conceptuellement la mesure est la recherche du rapport interne d’harmonie entre deux ou plusieurs éléments, donc la recherche des liens vitaux dans l’Univers qui est Un par nature (Un-ivers). La mesure est à la fois le rapport et la proportion, la relation et la modération, c’est-à-dire ce qui éloigne d’une pensée duelle, fragmentaire, syncrétique. Par la perception progressive de l’Harmonie, par la résolution en ternaire du couple quantité/qualité, l’initié modèle sa pensée dans un sens unitaire et synthétique, ce qui lui permet alors de comprendre le sens réel de la phrase traditionnelle :

«  L’homme est à la mesure de toute chose ».

       C’est-à-dire qu’il porte tout l’Univers en lui (Connais-toi toi même et tu connaitras le monde).

       Si l’initié prend alors appui, d’un côté sur la quantité et la relie au grand nombre, à la multitude mais aussi à la multiplicité qui compose le Tout, et d’un autre côté sur la qualité qu’il peut assimiler au petit nombre, au Un, à L’Unité, il pourra - et devra - vivre l’Evangile de Jean quand celui-ci affirme :

«  Dans le Principe est le Verbe ...

Tout fut par Lui et sans Lui rien ne fut... »

       Et ce retour au Principe sera possible au travers d’un vécu communautaire. A nous, partant du Tout, de retrouver !’Unité.

 


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