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Parole

           Elle est au Verbe ce que l’existence est à la Vie. Ces deux couples sont de même nature. L’un de leurs éléments a sa source dans l’incréé, et l’autre dans le monde manifesté.

           Tout ce qui existe peut être considéré comme une parole de Dieu, comme la continuité du son primordial. Le Verbe, potentialité d’action du Principe créateur, se manifeste donc par la parole qui se prononce et en est l’enveloppe. Cette dernière recèle toutes les lois de la création  qui ne demandent qu’à être mises en œuvre. Elle est la pensée du Maître, d’Hiram, et, lorsque celui-ci est assassiné, elle est perdue aux yeux des hommes. Mais elle est toujours vivante, semblable à elle-même, en attente d’être retrouvée pour mener à nouveau au Verbe. La communauté des Maîtres en novonarité, assistée par la Veuve, la retrouve et la formule à nouveau pour continuer la genèse.

            L’initié formule alors ce qu’il perçoit et ce qu’il vit, que cela vienne de sa pensée propre ou de celle d’un autre, qu’il relaie parce qu’il la ressent comme juste. Ainsi s’accomplit la transmission orale de la vie.

           En fait, tout dépend de ce qui va inspirer un homme. Si c’est l’ego, avec ses croyances, ses passions, ses émotions, ses dogmes, il nage dans le profane. La Règle indique qu’en ces circonstances, on peut être bouleversé mais on doit garder le silence. Si c’est le feu, cela donne une parole de vie. Il faut toujours écouter ce que dit cet élément. La parole peut s’appeler sagesse quand elle est l’interprète des secrets de l’intelligence du cœur.

            Il faut bien saisir que l’ego refuse d’harmoniser les trois niveaux de fonctionnement de l’homme. Il dissocie toujours la pensée, la parole et l’action. L’initié cherche à les accorder. Il dit ce qu’il a en tête et fait ce qu’il dit ; en justesse. Il manifeste sa perception du cœur ce qui provoque l’acte. Sa pensée est agissante et s’enrichit également en se formulant, à moins d’être un moulin qui débite sans réfléchir. Le serment consiste tout simplement à donner sa parole pour pouvoir passer de l’existence à la Vie. Il faut réaliser son engagement en cohérence, sans avoir besoin d’écrit. Quand cela ne suffit plus, la décadence est évidente.

            Nous voilà en plein dans la magie, dans son aspect obscur qui détruit comme dans son aspect lumineux qui crée. Seul ce qui sort de la bouche peut souiller, dit l’Evangile de Thomas. La parole peut être plus dangereuse que tout, pour celui qui la prononce comme pour ceux qui l’entendent. Elle s’affûte pour pouvoir être créatrice. On ne peut s’élever par ce qui est bas, abject ou même simplement approximatif. Alors, son juste usage modèle la matière. Prononcer, c’est façonner. Bras agissant du Verbe, la parole fait éclore les mille et une formes de la création à travers la suite des Nombres. Elle est aussi un outil, un désir de partage, qui se construit et sert à l’édification du temple dans une ouverture communautaire aux frères.

            Il revient à toute communauté initiatique de savoir s’exprimer pour permettre la manifestation du Verbe. Cela s’enseigne car une telle formulation n’est ni immédiate, ni individuelle. Elle résulte d’un travail communautaire dans le respect de la loi d’harmonie. Les trois grades nous montrent une évolution dans sa maîtrise.

            L’Apprenti découvre le langage initiatique par les signes, paroles et attouchements ; il découvre la valeur du juste mot au cœur du silence qui a donc une puissance d’ouverture à la langue sacrée des symboles. Il écoute ses frères et renonce ainsi à ses réactions primaires. Il ne sait qu’épeler.

            Le Compagnon reçoit le don de s’exprimer en loge ; il est un artisan du langage initiatique grâce au tracé, sous le contrôle des Maîtres. Il s’en sert avec mesure et sa parole est en création, en devenir. Il parle pour lui et pas encore au nom de la communauté. Son dire s’affûte par les petits mystères, par l’acquisition de la ternarité, pour devenir une parole de création à la Maîtrise.

           Le Maître entre en création car il reçoit le don du Verbe pour transmettre l’Esprit. Il ne s’exprime plus individuellement. Il transmet la nourriture des Apprentis et Compagnons telle qu’elle a été prononcée, ce qui n’est pas un enfermement dans un dogme immuable mais la conservation de l’esprit de la tradition qui sous-tend la formulation.

            Dans le temple, on fait circuler la parole pour que le Tableau de Loge s’en nourrisse. Dans une tenue, tous les frères, hormis les Apprentis, doivent s’exprimer en s’adressant au Tableau de Loge, grâce au Vénérable Maître qui la distribue, empêchant ainsi que quiconque se l’approprie et éliminant donc tout dogmatisme. Et cela fait patienter l’impatient. L’intervention commence alors par une phrase rituelle, véritable mise à l’ordre et mise à l’unisson des frères.

            Qu’en reste-t-il ? Il est dit que les fenêtres du temple sont les paroles des Frères Passés à l’Orient Eternel. De fait, le sage Pétosiris précisait que : « C’est bâtir un monument que de laisser derrière soi une bonne parole ». Elle est devenue symbole vivant ; les signes tracés sur la planche des Maîtres et ce qui est prononcé dans l’œuvre ont assuré la transmission de l’Esprit.           

            Il est bon ici de préciser que certains rituels maçonniques parlent de parole substituée. Mais il ne semble pas que l’initiation ait besoin d’ersatz.


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