Recherche par mot clé
 
 
Qui sommes-nous
|
Quelques concepts fondamentaux
|
La pensée traditionnelle face aux courants de la pensée moderne

La hiérarchie causale
|
L'Initiation
|
Questions/Réponses
|
Chambre du Symbole
|
L'Initiation féminine
|
Bibliographie
|
Nous contacter

 
Chapitre 11 - L'homme peut-il vivre en dehors d'une communauté initiatique?

         Tout dépend du sens que l’on donne à l’homme. L’individu se tourne naturellement vers une perception individuelle ; l’homme altruiste se tourne vers une perception communautaire ; et l’homme accompli se tourne vers une perception principielle, donc relative au Principe Divin. Dans chaque cas, la réponse varie.

         L’individu estime n’avoir besoin de personne ; il vit pour lui-même, et le collectivisme n’est pour lui qu’un moyen d’être plus efficace dans l’égoïsme.

         Etymologiquement, individu signifie « indivisible ». L’espèce humaine peut se diviser jusqu’à chaque individu ; mais diviser ce dernier revient à le supprimer. Chacun a reçu une parcelle de lumière venant du fait que le Divin, un et indivisible par nature, a accepté de se diviser pour se manifester, sans toucher cependant à son intégrité. Le multiple est nécessaire à la manifestation, et l’homme fait partie de la manifestation. Il est donc de la nature du multiple, de ce qui est éclaté, séparé ; c’est un individu. En général, il est conditionné, prisonnier de sa matière, partiel, et il ne trouve pas la dimension subtile et spirituelle de son être. Son esprit est aveuglé par le mental ; convaincu d’un humanisme aberrant, il est tourné vers son seul ego et reste prisonnier de ses sens primaires. Il traverse sa vie matérielle sans recherche et sans encombre mais en subissant les événements et avec l’appréhension destructrice du néant après la mort. Vivant comme un animal, il n’est pas réellement un homme.

         Notre siècle n’est certes pas facile à vivre, envahi qu’il est par le matérialisme. Mais en était-il différemment à d’autres époques ? Ce n’est pas si sûr. La pensée moderne est fortement marquée par Descartes qui a pu écrire : «  Souvent il n’y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces, et faits de la main de divers maîtres, qu’en ceux auxquels un seul a travaillé ». Il rejette le concept de communauté et cela explique bien des choses dans notre monde actuel.

         De plus, l’économie règne sur le monde ; et l’activité économique n’a pas d’autre objectif que la satisfaction des individus. Les seuls véritables acteurs de la vie économique sont les individus, et s’ils sont amenés à se regrouper (familles, entreprises, régions ...), c’est certes pour atteindre une meilleure efficacité globale, mais seuls les individus assument les fonctions économiques de base : travail, consommation et épargne.

         L’humanisme reprend ce point de vue en ne considérant l’homme qu’en tant qu’individu : tout est centré sur lui et s’y ramène ; c’est une fin en soi, c’est l’aboutissement de la création. Le culte de l’individu est ainsi journalier, avec le goût de la différence, de l’originalité, seul moyen de se libérer et de se réaliser. Cette culture occidentale nous éloigne de la perception du divin.

         Elle accepte la notion de collectivité comme simple juxtaposition de divers éléments entre eux ; chacun reste chez soi sans s’occuper des autres ; chacun tire de la société tout ce qui lui permet d’assouvir ses désirs et ne donne en retour qu’un minimum de travail. L’égoïsme règne et il y a absence totale d’un sentiment unificateur et transcendant en dehors de la fiction qu’est le règlement qui tient lieu de morale et ne s’exerce que dans le domaine de la matière. De plus, ce règlement est fait par une entité supérieure qui le fait appliquer. Juge et partie, cette entité n’est qu’une nébuleuse d’êtres placés là par naissance ou par reconnaissance de son intellect hyper développé ; elle est mise au service d’une pensée rationaliste, et ceci dans une totale irresponsabilité dans le seul but de renforcer ce règlement qui protège et rassure.

         Mais c’est une impasse, car il n’y a aucun fondement réel à ce point de vue. La vie n’est pas ainsi et cela rend toute vie spirituelle impossible. Espérons que cette conception qui sous-tend la civilisation rationaliste et matérialiste actuelle trouvera vite ses limites et donnera naissance à des formes plus évoluées, tenant compte à la fois des acquis scientifiques de notre époque et des richesses de connaissance (dans le monde de l’esprit) parvenues jusqu’à nous par le legs de la Tradition immémoriale.

         L’individu, seul, peut-il se tourner vers le Divin ? Les philosophes, des mystiques, des ermites ont essayé, atteignant une certaine sagesse. Mais il n’y a pas de correction possible en cas d’erreur et la transmission est pratiquement impossible.

         Pour rejoindre l’unité, l’homme doit cesser de se penser lui-même et avoir une vision multiple et éclatée ; il doit penser le tout. Sa parcelle de lumière, qui n’appartient pas au monde visible, ne peut se développer dans le petit de l’humain, par nature étroit, faible, désordonné, en changement perpétuel. Seul, il ne peut rien.

         Plus évolué, plus conscient, l’homme altruiste se tourne donc vers une perception communautaire et met en place des formes communautaires.

         La perception communautaire est d’une toute autre puissance que la perception individuelle, quel que soit le génie individuel des êtres. Cette perception est au-delà du mental qui imprègne chaque individu ; de plus, les risques d’impasses sont limités par la réflexion et la rectification des frères.

         Une communauté est la réunion d’êtres unis par une même nécessité de vie et unissant leurs efforts pour rendre cette vie harmonieuse, et satisfaire les besoins vitaux de chacun de ses membres. Le lien spécifique et indispensable en est l’adéquation individuelle à la sauvegarde de l’intérêt général.

         Vivre signifie alors chercher à être agissant, chercher les causes de la vie, comprendre ce qu’est l’homme et en assumer la fonction. La communauté regroupe des êtres autour de cette recherche et décuple le désir de recherche et d’action. De plus, cela exige le don, ce qui exclut de vouloir prendre ou même recevoir. Il s’agit de participer en donnant pour faire vivre la raison d’être de la communauté. Chacun ne reçoit que par surplus ; il n’y a pas d’aboutissement et la remise en cause est permanente. La communauté est une réalité vivante dans la pensée, dans la chair comme dans l’esprit de chacun de ceux qui la composent. C’est une forme naturelle de vivre et elle peut revêtir de nombreuses formes : familiale, de village, de travail, religieuse, de pensée. Leur caractère commun est la primauté de l’intérêt général sous-tendu par une règle de vie, écrite ou orale.

         Mais cela n’exclut pas les déviations. L’exemple des sectes, des mafias, des mouvements religieux à base de fanatisme sont là pour le démontrer.

         L’homme accompli ne peut vivre en dehors d’une communauté tournée vers le divin, car c’est le seul moyen connu pour se tourner vers la perception principielle, qui est au-delà de la perception communautaire.

         Qu’est-ce qu’une telle communauté ? C’est ce que l’on connait de mieux pour échapper à ce qui est petit dans l’humain et pour s’élever. Dans une communauté tournée vers le divin, les parcelles de lumière individuelles se rassemblent et l’homme peut vivre une approche globale du tout, du Divin.

         La vie est ce qui relie les choses entre elles, soit provisoirement comme pour le corps, soit éternellement. Une communauté manifestée ici-bas relie l’individu à la communauté de l’univers, ce qui le rend vivant dans l’éternité (et non pour l’éternité). L’individu est normalement totalement impliqué dans le temps ; or la Tradition (fondement d'une communauté) est immuable dans son principe, et elle est totalement hors du temps. Quel est alors le passage ? La communauté est le moyen d’incarner la Tradition dans le temps, sans lui appartenir ; l’individu accepte ou non d’y entrer ; c’est son choix, sa liberté, mais il n’y a pas d’autres moyens pour vivre la Tradition.

         Une telle communauté doit avoir des fondements en harmonie avec les lois du vivant, du créé, donc avec les lois du Démiurge et du Principe de Création. Elle doit donc chercher les causes et assurer son rôle comme ses responsabilités dans cette harmonie ; elle a à commencer par maintenir intacts les concepts fondateurs de la création. La vie n’est que communauté ; l’être isolé ne peut ni survivre ni assurer sa lignée, que ce soit sur le plan matériel ou spirituel. La nature, véritable archétype de la communauté, nous révèle que tout en elle est interdépendant. Chaque fonction naturelle n’existe que par rapport à toutes les autres et aucune ne peut prétendre avoir une existence purement individuelle. Notre corps en est l’illustration parfaite.

         Cependant, la communauté n’est pas le reniement de l’individu ; elle est simplement au-delà. Elle puise ses ressources dans la vie abstraite des individus qui la composent, s’ils participent au maximum ; et ces individus sont incapables de révéler cette vie abstraite en restant isolés. Ils sont la matière première de l’Œuvre.

         Une communauté tournée vers le divin fonctionne grâce à la Tradition et à une Règle.

         La Tradition met à notre disposition tous les éléments, même si les formes peuvent paraitre incomplètes ou déformées. Il est d’ailleurs normal qu’à une époque de changement d’ère zodiacale telle que nous la vivons entre Poissons et Verseau, toutes les structures de l’ère qui s’achève soient remises en question. Cela fait partie du cycle évolutif de la création et nous ne savons pas comment se présenteront les formes de demain. Mais elles seront de toute façon à la gloire du Créateur, et en soumission à la Règle.

         La Règle sous-entend la reconnaissance d’un Principe de Vie ou de Création, ce qui ouvre sur l’infini et l’éternel, c’est à dire au Divin. Cette ouverture est innée en l’homme, même si quelques uns seulement savent la satisfaire ; ce besoin est de retrouver les sources de son existence pour éventuellement, lors du passage de l’ultime porte, réintégrer le Principe dont nous sommes issus et ainsi être assis à la droite de Dieu. Il s’agit là d’une transmutation qui ne peut se réaliser qu’au sein d’une authentique communauté d’êtres animés du même désir et porteuse d’une Connaissance héritée de la Tradition. Ceci se réalise à travers un Rite générateur de rituels et de symboles rendant possible la communication entre le monde du tangible et celui du subtil, entre le corps et l’esprit.

         Mais ceci n’est pas suffisant. Vivre et transmettre des rituels mécaniquement conduit inévitablement à un déphasage entre la lettre et l’esprit ainsi qu’avec 1’évolution cosmique. Si les lois causales, les archétypes, sont immuables dans leur essence, leurs manifestations et la perception qu’en ont les hommes évoluent inexorablement. Ces formes du devenir sont d’ailleurs alimentées en permanence par les pensées et les actes des hommes, et par la connaissance des moyens propres à nourrir et à faire rayonner ces lois causales dans leur cœur-conscience. Tel est l’acte juste au moment juste. Tel est aussi le domaine des Grands Mystères et l’évocation du devoir du Maitre authentique qui a su vivre la transmutation et qui, de ce fait, peut transformer en or tout ce qu’il touche ou entreprend.

         Peu importe que nous, individuellement, arrivions à cette concrétisation, bien que nous devions y tendre. Notre raison de vivre est de participer à une telle communauté pour transmettre.

         Ainsi réalisée, une communauté est un intermédiaire inégalable avec le Divin.

         Contrairement aux religions révélées actuelles, nous ne pensons pas que l’individu peut communiquer directement avec le Grand Architecte. Il faut un intermédiaire de la même nature que Lui : c’est la communauté initiatique ; elle est « comme une » ; elle est de l’ordre du Principe de Vie. Communauté et Grand Architecte sont la même chose par essence. La communauté est ainsi le seul support de création concret, manifesté, mis à la disposition des hommes ; nous n’en connaissons pas d’autres, et il fonctionne.

         Pour une communauté réunie sous l’invocation du Grand Architecte, le Divin règne en elle selon l’expression : « Chaque fois que vous serez réunis en mon Nom, je serai parmi vous ».

         C’est seulement ainsi que l’on peut faire rayonner ici-bas la pensée du Grand Architecte de l’Univers. Elle irradie et transmet son énergie vers la base de la pyramide qu’elle surmonte.

         Quel que soit le monde manifesté à l’avenir, il nous appartient de faire en sorte que notre certitude et notre foi en un Principe de Création perdure et permette à nos suivants de retrouver les voies de la Connaissance.

         L'homme, fondamentalement, ne peut pas vivre en dehors d’une communauté tournée vers le divin. La communauté est bien plus grande que nous. Puisse alors la perception communautaire nous mener à la perception principielle, dans le secret de l’unicité de la création !


<<Retour

<<Accueil | Nous contacter | ^ Haut de page