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Chapitre 14 - Syncrétisme, synthétisme

         Fouiller le sens donné aux mots est indispensable pour mieux se comprendre. Même si le mot synthétisme n’existe pas, nous sommes face à deux démarches qui concernent la réunion des idées mais ne s’appliquent pas dans les mêmes circonstances. Ce qui nous intéresse ici, c’est leur intérêt dans le domaine strictement initiatique.

         Ces deux termes sont opposés, ils forment une belle dualité que nous résoudrons par une ternarité en abordant successivement le syncrétisme ou la confusion des genres, la synthèse dans le sens profane ou la perte de la vue d’ensemble, et la synthèse initiatique ou la pensée globale par le symbolisme.

         Le syncrétisme, par définition, est la combinaison, ou plutôt la juxtaposition, plus ou moins cohérente de plusieurs doctrines religieuses ou systèmes philosophiques. C’est donc le rassemblement confus et factice d’idées ou de perceptions disparates, et qui ne paraissent compatibles que parce qu’elles ne sont pas clairement perçues. Toutes les approches sont mises sur le même pied ; et si l’appréhension d’un tout est bien globale, elle se fait en pleine confusion. C’est un peu comme si on prenait un sac de billes, qu’on le vidait pour constater qu’il ne s’est rien passé dans le sac, les billes restant séparées après avoir été juxtaposées ; on ne retrouve dans le sac que ce que l’on a pu y mettre.

         Le syncrétisme est un terme en fait péjoratif, à connotation négative, et ceci à cause de son aspect superficiel. On ne peut créer une nouvelle forme de pensée cohérente avec des éléments disparates amalgamés. Et ce n’est certes pas ce que nous faisons en Loge puisque nous sommes guidés par un mythe, un rite, et des symboles comme des rituels qui en découlent.

         Le syncrétisme est naturel à l’homme. C’est une forme de paresse, car il est tellement plus facile de se rassurer et d’économiser ses forces en s’appuyant sur ce qui existe déjà et d’en faire un doux mélange accrocheur et séduisant, mais totalement faux quant à la réalité de la vie. Chacun l’a expérimenté, par exemple sur des études jugées non passionnantes, où l’on va vite, sans se fatiguer, en ne considérant que quelques points, sans structuration du savoir.

         Et le monde actuel, très médiatisé, aime le syncrétisme ; il a le goût du nouveau, de l’exotisme, celui des ouvertures et des expériences multiples et changeantes, les plus nombreuses possible. Tels sont les attraits des chemins de Katmandou.

         L’on met sur le même plan le yoga, la drogue, l’hindouisme, le bouddhisme... Telles sont les émissions de télévision de vulgarisation scientifique ou axées sur l’étrange, ou les revues genre Sciences et Vie.

         Diversité, mélanges en tout genre, simplisme, facilité caractérisent le syncrétisme. C’est bien le piège à éviter absolument dans la quête initiatique qui part du Un.

         La synthèse signifie « réunion, composition ». Dans le sens profane cela évoque la résolution de deux idées antithétiques en une troisième idée, avec l’exemple de la synthèse chimique qui consiste à mettre ensemble deux éléments choisis qui vont s’unir pour en créer un troisième, nouveau, différent des deux premiers, doté de propriétés nouvelles. Il y a union en un tout.

         Mais cette démarche va des notions les plus simples aux plus composées, de l’élément au tout, des détails à l’ensemble ; cela suit une analyse. L’analyse décompose, la synthèse recompose et les deux sont indissociables. La synthèse va des principes aux conséquences, des causes aux effets.

         La pensée cartésienne est simplifiante (« diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre ») ; elle sépare et exclut par l’analyse ; à partir de là, elle complique (« de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu’à la connaissance des plus composés »). C’est ce qui permet de construire un Boeing, qui est compliqué mais réductible à l’analyse ; la pensée cartésienne finit toujours par en venir à bout.

         La pensée humaniste va plus loin, puisque outre l’analyse, elle propose de raisonner par thèse, antithèse puis synthèse, tentant de réunir différents aspects multiples pour approcher une vision unitaire grâce à l’introduction d’un point de vue supérieur. Mais cet exercice mental procède encore de l’analyse et du discursif, et non de la réalité vécue dans une conception holistique de la pensée créatrice.

         En effet, on recherche dans cette perception synthétique une vision nette et certaine, ce qui a un effet réducteur inévitable. Ce phénomène est bien connu en physique par le principe d’incertitude d’Heisenberg qui dit qu’on ne peut connaître à la fois la position et le mouvement d’une particule ; plus l’information est précise sur un des deux points, moins elle l’est pour l’autre.

         La connaissance humaine profane passe ainsi par trois phases : une vue générale et confuse du tout, une vue distincte et analytique des parties, une recomposition synthétique du tout avec la connaissance qu’on a des parties.

         Le synthétisme ainsi utilisé est un outil intéressant mais un initié ne peut s’en contenter. Et le piège du mental est là tout proche, car cette pensée est exclusivement discursive et rationnelle. Un organisme que l’on a disséqué est mort ; on observe des parties sans vie, et toute tentative de recomposition ne fera jamais un organisme vivant.

         Nous arrivons au sens initiatique de la synthèse.

         Si le syncrétisme ne s’adresse qu’au seul mental, la quête de l’Unité ne peut s’accomplir que par une vision globalisante et unitive du monde tel qu’il nous est révélé par nos sens auxquels s’ajoutent l’instinct et l’intuition. Une telle perception va à contre-courant des conventions, des habitudes acquises et enseignées dans le monde profane, du factice et des faux-semblants.

         Qui plus est, c’est un état d’être à réaliser et non une simple construction mentale à fabriquer. Cela fait appel aux composantes les plus intimes et les plus subtiles de la pensée, et donc à l’Esprit. Un esprit synthétique est celui qui considère les choses dans leur ensemble, dans leurs différentes fonctionnalités et interpénétrations, tant visibles qu’invisibles, donc dans une vision englobante et intuitive, en dehors de l’influence destructrice de l’ego.

         Tout se tient en 1’Homme, parce que tout est Un à l’image du Principe de Création. Tout est à sa portée ; la lumière luit dans les ténèbres de son être, mais il se rend en général aveugle par plaisir, faiblesse ou paresse, crainte ou angoisse, avidité, vanité. Il refuse d’être la clé qui ouvrira la porte du Temple comme de son propre temple, ce qui lui permettrait de découvrir la réalité de l’Unique au travers du multiple.

         Mais initié, l’homme apprend à parler et à penser différemment ; il ne cherche plus à décomposer et à recomposer ensuite. Il est capable de voir simultanément les choses dans leur Unité et leur multiplicité. Telle est la pensée symbolique. L’Initiation a un langage, celui des symboles.

         Le symbole permet d’aller directement à la perception du Un, bien que les portes d’accès soient multiples. Prendre un symbole, le travailler, permet d’aller au tout à partir de ce seul symbole, à la condition de ne pas oublier de considérer ses relations avec les autres pour éviter de l’isoler, donc sans perdre de vue le multiple. Le tout est toujours compris dans la partie. « La particularité cesse quand elle est universalisée dans son propre caractère » (Schwaller de Lubicz). L’Initiation est la voie de l’universalisation du particulier.

         C’est par le symbole qu’on peut éduquer la pensée vers les modes de communication avec le monde de l’invisible. Mais une approche binaire, rationnelle, analytique, mentale, discursive... ne pourra jamais percevoir le sens réel, conceptuel du symbole. La frontière parait subtile, mais il y a un monde entre un esprit synthétique et un esprit purement analytique.

         Le symbole est la porte ouverte sur l’invisible, le mystère, la pensée sans image, c’est à dire non matérialisante et donc permettant l’abstraction. Il est efficace, car il est simple et non compliqué. Plus la perception du monde est simple, plus elle embrasse de concepts et plus elle reflète l’harmonie de l’univers.

         L’approche symbolique ouvre au principe d’identité qui veut que l’on ne distingue pas l’observateur et ce qui est observé. Contrairement à ce que pense le monde profane, la vie n’est pas compliquée mais complexe. Elle est comme un plat de spaghettis, c’est à dire un concentré d’incertitudes et de rétroactions. Aucune analyse ne peut maîtriser ce système sans le détruire. Il faut une approche globale pour considérer le système sans le démonter, en gardant toujours une vue d’ensemble qui n’exclut pas la précision. Toute approche extérieure est non seulement réductrice mais destructrice.

         La pensée initiatique est intérieure dans la mesure où elle aborde les choses par l’intérieur, sans séparer observateur et observé. Elle n’est ni physique, ni émotive, ni psychique, ni mentale. Elle utilise le fait que l’espèce humaine est sans doute la seule espèce dans l’univers à avoir la faculté de s’identifier avec n’importe quoi ; et c’est aussi le drame de l’homme, car on peut s’identifier avec le plus sublime ou le plus bas.

         Le seul obstacle à cette faculté est le mental et toute la psychologie qui s’y associe ; d’où le danger de la pensée des psychologues, même si leurs bases sont efficientes. Le mental sépare de la conscience cosmique la conscience de chaque être, qui est sa connaissance quasi-innée. I1 empêche de considérer toute chose sensible dans sa relativité mais aussi dans son unité avec la création.

         Notre société nous déconnecte en permanence d’avec la réalité existentielle dans son essence. Notre instinct vital est coupé de ses références naturelles et sort de ses limites. I1 convient donc de revivifier la conscience pour faire éclore l’intuition qui dort en nous, laquelle doit nous faire acquérir l’esprit synthétique et élargir notre cœur-conscience.

         Le seul moyen de se confondre avec la Conscience universelle vivante, celle du Principe, et donc de puiser à la source de la vie, c’est de supprimer la pensée individualisante. Cette pensée est menée par nos désirs égoïstes et égocentriques, comme par nos perceptions sensorielles physiques. Cette suppression n’est possible que par instants, et les rituels sont fondamentalement faits pour cela ; y parvenir, c’est ce que l’on appelle l’inversion des lumières.

          Mais alors, quel monde s’ouvre ! Quelles dimensions nouvelles dans la réalité de la création se révèlent ! La synthèse apparaît comme la perfection virtuelle de la semence, qui s’analyse en se corporifiant, en laquelle sont contenues toutes les fonctions qui permettront la génération du fruit, finalité de la semence. L’aspect conceptuel de la synthèse vitale est à l’origine de la manifestation et appartient à la Conscience cosmique ou divine.

         Schwaller de Lubicz, dans le « Miracle Egyptien », a pu écrire : « Si je ne suis pas pierre avec la pierre, je ne la connais pas… Et le pouvoir de l’identification est en l’homme, parce que le monde est l’Homme et qu’il ne peut être que l’Homme ».

         Y-a-t-il plus belle approche de la synthèse vitale, permettant à l’Homme en voie de réalisation connaissante de se fondre, en toute liberté, dans la Règle d’Harmonie émanée du Grand Architecte de l’Univers, synthèse vivante de l’être de Connaissance.


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