Recherche par mot clé
 
 
Qui sommes-nous
|
Quelques concepts fondamentaux
|
La pensée traditionnelle face aux courants de la pensée moderne

La hiérarchie causale
|
L'Initiation
|
Questions/Réponses
|
Chambre du Symbole
|
L'Initiation féminine
|
Bibliographie
|
Nous contacter

 
Chapitre 15 - Vigilance et concept du guerrier

         La voie initiatique est une voie difficile, voire périlleuse pour celui qui s’arrête en chemin ou qui s’égare. Elle est semée d’embûches et son parcours est loin d’être évident. On ne compte plus le nombre de ceux qui ont succombé en cours de route ou se sont égarés dans des chemins de traverse sans issue. C’est l’inverse d’une voie de facilité. Et si, de plus, on considère comme réaliste la pensée de Lao-Tseu qui énonce que « La Voie qui est la Voie n’est pas la Voie », on plonge en plein paradoxe d’où il découle que la Voie à suivre se modifie en permanence tant en ce qui concerne le but à atteindre que le chemin à emprunter. Autrement dit, il ne saurait exister de route standard, déterminée à l’avance et jalonnée de magnifiques panneaux de signalisation fixes et immuables.

         De par sa nature même, la voie initiatique est essentiellement individuelle bien qu’elle ait le besoin impératif d’une communauté pour s’épanouir. Nul ne peut l’accomplir à la place d’un autre et aucun secret ne peut être révélé et communiqué qui permette d’acquérir la connaissance, comme cela est permis pour un savoir à travers des équations ou des formules toutes faites. Si des coins du voile du mystère semblent se lever devant les yeux du chercheur, ce n’est pas par une action du monde extérieur mais bien par une possibilité de compréhension de l’esprit de ce chercheur, possibilité qui découle de son travail sur lui-même (réflexion, méditation, ascèse, ...) et qui lui permet un élargissement progressif de son champ de conscience, une acuité plus grande de sa conscience. Ce que nous illustrons par la formule « En fonction des Nombres qui vous sont connus ».

         Quels peuvent donc être les dangers et déviations de toute sorte qui guettent l’homme en route vers une initiation à réaliser en esprit et en vérité ?

         Comme toujours les obstacles s’adressent aux différents plans de l’être et sont issus de l’homme lui-même. Aucun évènement extérieur ne peut faire partie des obstacles insurmontables. Ce sont, tout au plus, des épreuves que notre ego se fait un malin plaisir d’amplifier, justifiant la maxime : « Les évènements sont ce qu’ils sont, seule compte l’importance qu’on leur apporte ».

         A l’inverse, les seuls obstacles qui peuvent éventuellement devenir insurmontables sont ceux générés par une vision intérieure fausse, butée, fanatique, ... Une telle position a toujours pour origine une hypertrophie de l’ego et une méconnaissance totale des dimensions infinies de l’Amour dont la fonction créatrice principale est de générer la vie sur tous les plans, y compris et surtout sur le plan le plus élevé, c’est-à-dire dans le domaine du spirituel.

         Ainsi donc sur la voie initiatique, notre seul ennemi n’est autre que nous-mêmes. Ce peut être aussi, et on peut dire même, ce doit être aussi notre meilleur allié (« Connais-toi toi-même et tu connaitras le Monde »). Mais cela ne dépend, ne peut dépendre, que de nous dans notre for intérieur. C’est bien cette interprétation que manifeste le premier contact qu’a le futur initié plongé dans le Cabinet de Réflexion et lisant la formule V.I.T.R.I.O.L. Dans cette expression d’apparence sibylline, le mot « En  rectifiant » (rectificandoque) nous intéresse particulièrement ici car il implique une idée de mouvement, de purification, de métamorphose et, in fine, pour parvenir à tout cela, de vigilance.

         La vigilance est une surveillance attentive et soutenue comme la définit le Larousse. Sur une route semée d’embûches, l’explorateur ne saurait s’en passer. Tous ses sens sont en alerte perpétuelle, sondant en permanence toutes les dimensions de l’espace afin de déceler tout danger avant même, si possible, sa manifestation. Ce qui se passe sur le plan matériel, physique, a sa correspondance totale dans le monde du subtil, de l’invisible, bref, de l’esprit.

         La voie initiatique ne peut être parcourue que par des êtres d’une volonté certaine, équilibrés psychiquement, animés d’un puissant désir de recherche et d’évolution, n’ayant pas peur de l’inconnu ni de la bataille contre eux-mêmes lorsqu’elle se présente, et affrontant tout cela avec un moral de vainqueur. C’est ce que Carlos Castaneda a appelé le « concept du guerrier ». Car, en fait, la voie initiatique est une voie guerrière, une voie de combats, une voie de batailles non pas contre le monde extérieur mais uniquement contre le seul ennemi véritable : notre ego. L’Histoire n’a jamais eu connaissance de vies de prophètes ou de saints qui se soient déroulées sans effort ni combats victorieux contre eux-mêmes. Même Jésus, fils de Dieu, a failli succomber dans le désert ! Les possibilités de déviation sont donc permanentes et pour les éviter il faut savoir être vigilant. De la victoire sur notre dragon intérieur permise par cette vigilance surgira notre authentique liberté.

         Pour l’être en quête de réalisation, les obstacles à surmonter peuvent se réduire à quatre aspects principaux qui se rapportent, comme dit plus haut, aux différents plans de l’être. 

         Le plan de la matérialité, en premier lieu, semble la plupart du temps le plus difficile à contrôler et à maîtriser alors, qu’en fait, c’est peut-être le plus facile car il est immédiatement perceptible, visible et offre peu de comportements vicieux. Prendre conscience de son corps, de ses sens, et les contrôler en permanence s’acquiert avec un peu de volonté et d’entrainement. L’objectif de l’initié est de savoir mesurer ses véritables besoins vitaux ; les déviations proviennent d’une mauvaise évaluation. Le corps est la centrale d’énergie qui nourrit l’ensemble de l’être ; il transforme les nourritures terrestres indispensables en énergie vitale. Il doit donc être respecté‚ et pour cela l’initié doit en connaître les possibilités et les limites. Sa vigilance doit donc s’exercer pour que son corps soit à l’unisson de l’Harmonie Cosmique. L’initiation étant la quête de l’harmonie la plus parfaite sur tous les plans, elle ne saurait se réaliser si cet aspect opératif était négligé. On ne peut rester soumis à l’empire de ses sens et prétendre être sur le chemin de la libération. Mais ici, comme sur les autres plans, l’important n’est pas d’atteindre le but, but fictif qui ne cesse de s’éloigner au fur et à mesure que l’on croit l’avoir touché, mais de tendre vers, d’être en mouvement et dans la bonne direction.

         Le plan affectif est un peu plus difficile à cerner car on en a rarement une conscience exacte et l’ego trouve des procédés retors pour faire croire que les actes accomplis et les pensées émises sont l’expression d’un authentique amour. Aimer quelqu’un, c’est l’aimer pour lui-même, en fonction de l’harmonie qu’il peut développer en lui et envers les autres, et non pas dans une perspective de jouissance ou de possession égoïstes. La grosse déviation est d’accepter qu’aimer c’est se faire plaisir à soi-même. Aimer véritablement quelqu’un se réalise dans une abstraction totale de soi-même. Ce qui n’empêche pas d’éprouver le plaisir des ondes harmonieuses qui unissent deux ou plusieurs êtres entre eux, mais à la condition expresse d’être conscient de ces échanges et de les relativiser. Un amour dont les données de base ne sont pas respectées conduit à la passion esclavagiste ou à la haine. Là aussi la vigilance de l’initié doit lui permettre de vivre un amour juste et mérité sans en devenir l’esclave. Il en est de même dans le domaine de l’affectif, de la colère, de l’envie, de l’orgueil et de toutes les pulsions de notre ego qui tentent de faire perdre à l’homme la juste conscience du moment vécu.

         Au troisième niveau se situe l’intellect. C’est là que se développent des formes de plus en plus vicieuses et perverses de déviation, mettant la vigilance de l’initié à rude épreuve. L’éloignement, suscité par notre société industrielle, du travail manuel véritable (c’est-à-dire celui s’exerçant sur une matière vivante directement issue de la nature) a fait perdre progressivement le sens authentiquement opératif qu’avait le travail de l’homme auparavant. Cette évolution a donné naissance à une perversité dont on n’a même plus conscience tellement elle est commune et répandue : c’est de croire que la pensée intellectuelle est d’un niveau supérieur et capable de suppléer aux modes antérieurs de la connaissance. Elle est même devenue un but en soi ; d’où toutes les aberrations de comportement que l’on peut constater en permanence dans la vie de tous les jours. Si la fonction réflexive du cerveau est indispensable pour une compréhension du mystère de la vie, elle ne saurait être, à elle seule, la dimension totale de l’homme. C’est oublier que si le cerveau guide la main, la main enrichit le cerveau. Toute déviation dans ce domaine conduit à une exacerbation du mental, c’est-à-dire des seuls domaines de l’intellect et du psychisme. Ce qui est le plus sûr moyen de couper tout développement à l’intuition et d’empêcher toute perception vivante du symbole. Force est de reconnaitre que la majeure partie des obédiences maçonniques en est restée à ce stade. Une des meilleures preuves n’est-elle pas que l’un de leurs buts avoués est la recherche du syncrétisme, dont le plus bel exemple a été la création des Hauts Grades au XVIIIème siècle ?

         Il faut bien dire que la société moderne occidentale fait tout pour conditionner les individus dans ce sens. Le savoir et l’humanisme ont suppléé la connaissance et le sens du divin. L’homme a été coupé de ses racines, racines qui l’ont formé depuis des millénaires. Les retrouver ne sera pas chose simple, et comment ? Sous quelle forme ? Quant à l’initié authentique, il doit exercer sa vigilance en permanence dans ce domaine plein de chausse-trapes et rempli de chants de sirènes.

         Enfin, au dernier échelon, se trouve le domaine du spirituel. C’est dans ce domaine que la vigilance doit être la plus grande car les déviations y sont les plus voilées, les moins visibles les plus insidieuses et les voies de garage y sont parées des plus belles vertus. C’est le domaine où l’illusion emploie tous les artifices pour ne pas être perçue. Tout ceci est d’une gravité extrême car c’est là où se fait le passage des Petits vers les Grands Mystères, où se joue la réalisation du Maître Initié, où se réalise l’Alchimie de l’Oeuvrant dans sa plénitude de la Connaissance.

         Les aberrations, prodigieusement aidées par un mental tout puissant, vont des faux systèmes de pensée aux erreurs conceptuelles les plus aberrantes en passant par des explications de symboles purement rationnelles et des affirmations péremptoires de vérités qui n’en sont pas. Sans parler de la confusion des genres et des constructions dogmatiques. Ici, la vigilance est mise à rude épreuve et il faut avoir une mentalité de guerrier à toute épreuve devant les menées insidieuses des fausses réalités ; car nous sommes dans le domaine de la pensée sans image, de l’intuition révélée dans toute sa puissance, du monde du seul ternaire, passage obligé vers la novonarité et de la conception synthétique du Mystère de la Création, bref, de tout ce qui concourt à mettre l’Homme en face de l’authentique Connaissance.

         Alors, comment rendre possible une telle vigilance qui doit s’exercer sur tous les plans à la fois ?

         Puisque nous sommes dans le monde de l’Initiation, tous les garde-fous sont à notre disposition, à commencer par la Communauté dont il faut être un Frère reconnu comme tel par les autres composantes de cette communauté. Le chemin que nous avons choisi au sein du Rite Initiatique Traditionnel Ecossais nous offre rituels, symboles et Règle qui sont autant d’armures pour nous protéger de nos défaillances et nous permettre de vivre chaque instant de notre vie dans le Sacré et dans la conscience précise de l’acte juste accompli au moment juste, sachant que les plus grands ennemis de cette vigilance sont l’inconscience et la souveraineté de l’ego.


<<Retour

<<Accueil | Nous contacter | ^ Haut de page