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Gants

         Toutes les loges maçonniques portent des gants pendant les tenues, en général par convenance ce symbole étant peu étudié. L’aspect exotérique est mis en avant : protection, pureté soulignée par la couleur blanche, allégeance, protection vis-à-vis de la matière qui serait nocive… ; il était, à une certaine époque, offert au nouvel initié une seconde paire destinée à la personne qui lui était la plus chère. L’expression prendre des gants signifie agir avec ménagement. Tout ceci est peu convaincant et relève surtout d’un effet de mode et d’élégance, lié au 18ème siècle, période d’élitisme social où il fallait se distinguer des travailleurs manuels. La noblesse ne pouvait s’en passer.

            Notre tradition est de bâtisseurs où l’on construit le temple à partir d’une matière et avec des outils. Nos symboles cultivent l’esprit de chantier. Il y a ainsi un lien continu entre la main, l’outil, la matière travaillée et l’œuvre ; lequel des quatre faudrait-il protéger ? Le gant coupe ce lien et l’iconographie représente toujours la taille de la pierre à mains nues. Peu de métiers manuels se pratiquent avec des gants, hormis ceux qui sont dangereux pour les mains qui nécessitent donc une protection. Mais même dans ces cas, on observe souvent qu’il n’est pas facile de faire respecter cette protection. Et c’est logique puisque cela coupe de la matière travaillée et diminue la précision des gestes. Quiconque manipulant des outils constate qu’un gant rend maladroit, gauche ; la main ne se trouve pas. Il doit y avoir communion avec la matière qui est une partie de nous-mêmes, donc contact pour être précis afin de réaliser ce que l’on veut et pouvoir faire corps avec la matière. S’abimer la main en travaillant est manque d’apprentissage, signe de manque d’attention, de vigilance. La main doit tenir, sentir, toucher, modeler, tailler, être sans gêne dans l’action.

            Nous sommes à la fois opératifs (le geste, l’action, la concrétisation, le vécu) et spéculatifs (la conscience de ce qui est accompli). Porter des gants pour un initié (et pour de très nombreux francs-maçons) revient donc à dire : «  Je ne travaille pas de mes mains. Je ne suis pas un opératif. Je suis un spéculatif. Je ne me mélange pas avec les Compagnons du Tour de France ». Toute voie initiatique est à la fois opérative et spéculative ; séparer la matière de l’esprit, le geste de la conscience de ce geste est la plus grave erreur spirituelle. Ce qui n’est pas vécu n’existe pas car purement intellectuel.

            On comprend mal alors pourquoi la Franc-Maçonnerie demande de quitter les gants pour la chaîne d’union ; et de la même manière, les serments maçonniques sont donnés main droite nue ce qui est contradictoire puisque enlever les gants purificateurs reviendrait à rendre les mains impures. Il est vrai que dans les loges, bien souvent, on se contente de placer la main au-dessus des Trois Grandes Lumières, sans contact ce qui semble dire que l’on ne tient pas à prendre de risque.

            Ainsi, porter des gants a l’effet inverse de celui recherché et a l’immense avantage de masquer les impuretés des mains. On peut faire n’importe quoi dans le monde profane ; c’est sans importance puisqu’en loge les mains sont immaculées grâce aux gants blancs. Mais en fait, bien souvent, à l’usage, les gants sont vite sales, troués, jaunis, marqués et l’on a des frères aux mains sales, bien plus que s’ils étaient mains nues. Le blanc ne protège pas des souillures mais les révèle. Il est bien préférable de corriger les imperfections que de les masquer et pourquoi ne serait-il pas préférable de laver rituellement les mains avant d’entrer dans le temple ?

            Nous devons travailler dans le temple les mains nues. Les outils sont fondamentaux sur la voie, quel que soit le grade, et doivent être, symboliquement donc réellement, utilisés avec précision et justesse. Les mains doivent être pures pour agir en cohérence avec l’inspiration du Grand Architecte et on doit le voir. L’énergie de la chaine d’union ne peut circuler que s’il n’y a pas d’obstacle, d’isolant qui casse tout magnétisme. La main doit plonger dans le feu pour donner serment et l’être brûlera si l’intention n’est pas pure. Lors de l’attouchement du Tronc de la Veuve, l’absence de filtre est le seul moyen pour la Veuve de reconnaître que le frère a donné le meilleur de lui-même pendant la tenue.

            Il en serait différemment dans d’autres traditions comme celle de la Chevalerie ou celle des Templiers pour lesquels les gants sont indispensables. Mais le symbole est autre, notamment quand on le jetait à quelqu’un pour le défier, pour jeter son pouvoir sur un autre ; ils se portaient d’ailleurs à la ceinture et étaient rarement mis sur les mains. Quant à la noblesse, les gants soulignaient qu’elle ne se servait pas de ses mains, qu’elle faisait faire se réservant le droit de penser !


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