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Doute

         Depuis Descartes, ce mot est valorisé comme une vertu première, alors que, sur le plan spirituel, il est sans doute le pire des obstacles à l’évolution humaine car il se substitue à la recherche de la vérité. Il est devenu malheureusement un principe de pensée. Voici pour preuve quelques citations d’êtres remarquables :

-          Maître Eckhart (sermon 1) : « Quand la Sagesse s’unit à l’âme, celle-ci se trouve d’un seul coup délivrée de tout doute, de toute erreur et de toute obscurité et transférée dans une lumière pure et claire qui est Dieu lui-même ».

-          Samuel Ullmann : « Vous êtes aussi jeune que votre foi, aussi vieux que votre doute ».

-          Dits du Bouddha (cinquième empêchement) : « Rejetant le doute stérile, il demeure délivré du doute. Ne se posant plus de questions sur ce qui est profitable, il purifie son cœur du doute ».

-          Mozart (Noces de Figaro, acte 2, scène 9) : « Ainsi est puni celui qui a douté ».

-          St Bernard : « L’ignorance est la mère perverse de deux filles aussi perverses : l’erreur et la dubitation ».

-          Carlos Castaneda :  « Chaque fois que le doute te tenaille, combats-le de manière pragmatique ! Eteins la lumière, perce l’obscurité et observe ce que tu vois ».

         L’homme d’aujourd’hui pense qu’il s’agit du refus du dogme, de la croyance, de la certitude de détenir la vérité. En fait, c’est une attitude négative, correspondant à la peur de se tromper, de l’échec. Cela empêche d’essayer et fait critiquer pour ne voir que les inconvénients d’un point de vue. Voilà la meilleure source de l’immobilisme et qui n’empêche même pas les erreurs.

         En effet, le doute est un arrêt (« dans le doute, abstiens-toi »), donc une mort, et au mieux une perte de temps. L’âne de Buridan, par son hésitation, est mort de faim. Sa source est dans l’ego et le mental qui tentent désespérément de se défendre de la Sagesse. L’absence de conviction n’est pas un état d’innocence mais d’abêtissement qui n’a jamais construit quoi que ce soit de stable et de durable. Il est lié au désespoir et à la dualité dans le sens de binaire, car il plonge dans la confusion l’homme qui ne sait alors plus que penser.

         « Dubitare » signifie craindre, hésiter. Le dictionnaire en fait même un trouble mental caractérisé par la difficulté d’aboutir à des assertions ou des décisions. C’est une sorte d’aboulie, d’incapacité pathologique à agir.

         Sur la voie initiatique, le doute se vit profondément au début. L’Apprentissage est en général indissociable de phases difficiles, de révolte, bien que chacun le vive différemment. C’est l’ego qui explose dans son rôle de dominant. Cela témoigne d’une insatisfaction qui incite à aller plus loin. Puis, plus on avance et persévère, il s’estompe avec l’éveil, devenant progressivement de la foi. Celle-ci est impossible au départ, à moins de n’être qu’une foi de charbonnier, matière idéale pour les sectes. Le doute initial est une remise en cause génératrice de réflexion et de dépassement qui concerne aussi bien la voie proposée que l’ancien mode de vie du nouvel initié. Si l’on en reste là, il débouche bien entendu sur du nihilisme et de l’immobilisme. Mais c’est un bon coup de démarreur du moteur initiatique pour passer d’un processus binaire à une pensée ternaire.

         Un Maître est un guerrier ; il ne croit rien et n’a pas de doute. Il a confiance en la vie. Il a la foi (voir ce mot). La certitude du cœur lui indique qu’il est sur un chemin communautaire de vie, à la recherche d’une vérité qu’il ne détiendra jamais. Il tente de lever le voile, réfléchit, s’interroge, perçoit, agit, se remet en cause et est toujours en mouvement selon la Règle. Il a fait ses choix en connaissance de causes et ne s’arrête plus.

         Il ne se laisse pas contaminer par ceux qui ne croient que ce qu’ils voient, car cette attitude est stupide. Il faut savoir suivre des voies qu’on ne peut ni expliquer ni comprendre mentalement, mais uniquement pratiquer. Par rapport au chemin cartésien du doute et au chemin du dogme des sectes comme des religions, il y a la voie du milieu, celle de la foi.

            Il est tel que l’évoque Michelet dans les « défricheurs d’éternité » : « C’est parce que je chute que je cherche, que je me bats, que je me force d’avancer toujours un peu plus loin, que j’essaie de faire un pas de plus alors que mes pieds sont de plus en plus lourds et ma fatigue de plus en plus pesante. Mais je chercherai et agirai ainsi tant qu’il me restera un souffle de vie et le courage de m’en servir pour aller de l’avant, et, peut-être, comprendre enfin ».


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