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Nourriture

            Pour répondre à des questions fondamentales du type « qui suis-je ? », « d’où viens-je », « où vais-je », un apport extérieur est indispensable bien que chacun ait en lui les éléments de réponse. C’est le rôle de la nourriture spirituelle. Plus largement, aucun développement n’est possible sans apport d’énergie potentielle transformée en énergie vitale, que ce soit sur le plan biologique ou celui de l’Esprit.

            Tout l’enseignement initiatique est nourriture, supportée par le symbole, lien privilégié entre le visible et l’invisible. Elle est distribuée à profusion, à l’image des grenades couronnant les colonnes. Mais elle n’est pas de nature individuelle. Pour atteindre la plénitude de sa fonction, elle doit passer par des échanges fraternels innombrables. Le banquet est donc le symbole de la communauté initiatique réunie en une unité où tous les apports énergétiques sont condensés et où chacun est l’aliment de l’autre.

         L’essentiel pour des initiés est de se réunir autour du Tableau de Loge puis de la table. Il faut que la communauté ait une table pour goûter la parole divine et se nourrir les uns les autres, sans restriction ni but précis, ni viser un frère en particulier. Personne ne saura jamais la parole qui va éveiller quelqu’un et qui semblera la plus banale pour un autre. On peut considérer l’accès à la Connaissance comme un avalement.

            Il ne faut pas faire de différence entre mets matériels et immatériels. Nul ne doit ignorer une dimension de l’être, entre le corps, l’âme et l’esprit. En mépriser une conduit à des perversions. Tout est lié. L’homme appartient aussi à la terre comme l’indique le géant grec Antée qui ne pouvait regagner ses forces qu’en touchant terre.

         Il appartient à la Chambre du Milieu de transmettre l’énergie de cette nourriture telle qu’elle a été prononcée. C’est le Verbe, inépuisable, qui nous alimente et il doit être exprimé fidèlement, d’abord dans le temple couvert puis autour de la table. La parole peut modeler la matière si elle a été au préalable purifiée. Les nourritures de la table ne viennent pas du monde profane mais du temple où elles ont été consacrées après avoir subi la purification des métaux et avoir été formulées (préparées). Elles sont donc passées par la transmutation (la cuisine en est une), le Verbe s’est fait chair et il peut être partagé.           

         Dans le Don Juan de Mozart, le Commandeur propose de goûter aux mets célestes. Cela signifie que la vraie sustentation, consistante et concrète, vient de l’invisible, car le reste est mortel et passager. Le rôle d’une communauté initiatique est alors de muter ces denrées de l’invisible vers le visible, c’est à dire de concrétiser ce qui est caché. En fait la nourriture secrète de la communauté est le Feu.

            Il est curieux de constater qu’un profane ne peut s’alimenter qu’en prenant, souvent au détriment des autres. Dans le temple, tout est nourriture et cela ne fonctionne que par le don. On ne peut recevoir avant d’avoir donné. C’est le principe même de l’offrande qui établit le lien entre le ciel et la terre. Le don de soi doit être digne de celui d’Hiram. Celui-ci s’est en quelque sorte dissout dans la création (son corps est devenu univers) si bien que nous pouvons le savourer dans toute la nature, dans chaque chose. Au Maître d’en faire autant.

            Mais avant de penser aux frères, nous devons nourrir le divin, tout autant qu’il nous nourrit. La transmutation des frères est le résultat de leur digestion par le Grand Architecte. Et en plus, il faut manger le divin. Il doit être en nous autant que nous en lui. Ainsi seulement s’enrichit la conscience universelle. La parole divine est vide et affamée, donc inutile, si nous ne l’absorbons pas et si nous ne nous absorbons pas en elle.

         Cependant, il reste essentiel d’avoir faim. Un chien rassasié ne chasse pas. Ce qui est absorbé sans appétit ne profite pas et peut même s’avérer nocif, en jetant le trouble dans la conscience. « Qui me mange aura encore faim, et qui me boit aura encore soif » (Eccli, 24,29).

            De plus, toute nourriture n’est pas forcément bonne ou adaptée à l’âge de l’initié. Un enfant ne peut être alimenté comme un adulte. Un néophyte ne peut assimiler d’emblée tous les Nombres. L’enseignement initiatique est graduel et adapté à chaque âge symbolique. L’Apprenti maîtrise sa volonté et sa conscience. Le Compagnon pratique l’humilité et la persévérance dans sa recherche de la Pierre Cubique. Le Maître réalise son devoir de transmission. A chacun d’assimiler son devoir pour que la communauté vive.

            Le frère reçoit ce dont il a besoin dans sa quête vers la Connaissance sous des formes multiples : tangible par l’attitude fraternelle dans la vie quotidienne, magique par la pratique des rituels, invisible par l’apprentissage des Nombres et la perception des Mystères, pratique par l’observation de la Règle.

         Il y a les mets solides, symbolisés par le pain et qui représentent la Connaissance, ce qui est accessible à l’intelligence du cœur, et les nourritures liquides symbolisées par le vin et qui représentent ce qui est subtil, l’énergie spirituelle, ce qui constitue l’essence de l’univers, le breuvage d’immortalité. Sur le plan individuel, à ne pas négliger, la lecture est importante ; le même mot en hiéroglyphe, Ched, signifie lire, éduquer, nourrir au sein,  creuser.

            Il y a partage du même pain et du même vin ; les frères reçoivent donc les mêmes aliments, ce qui contribue à l’unité de la loge. Mais attention, un aliment tout fait, cuisiné, standard, surgelé, appertisé…, donc non vécu par ceux qui l’offrent est dangereux car il conduit au dogmatisme.

            En fait, ce qui rend digeste ces nourritures si diverses et si riches, c’est la joie qui préside à tous les banquets de la vie. Alors l’amour fraternel se révèle dans toute sa gloire.


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