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I.1.2. L invisible ou le monde des causes

         Nous en avons déjà parlé dans le Langage Initiatique des Symboles, avec quelques confusion entre invisible et incréé, mais notre perception évolue sans cesse, jamais figée pour ne pas être dogmatique.

         Il y a une frontière infranchissable pour l’homme, de son vivant, entre l’incréé et le créé dont fait partie l’invisible. D’où le symbole des fausses portes égyptiennes que seule la partie subtile de l’être peut franchir, son Esprit. Le Ciel, la voûte étoilée, symbolise l’incréé, le domaine de l’Esprit, de l’Idée, et la Terre symbolise la création, le monde manifesté, visible et invisible, avec forme et matière.

         Pendant les tenues, nous voyageons dans l’invisible ; la porte du temple est hermétiquement close, nous sommes à couvert, le monde visible est à l’extérieur, et le rituel éclaire progressivement ce domaine universel qui baigne tout ce qui existe.il révèle le mythe de création et imprègne les frères de sa magie vitale. Le savoir devient inutile et seule la Connaissance autorise une progression graduelle.

         La démarche initiatique consiste en ce voyage pour connaître l’invisible et s’approcher de l’incréé, pas pour connaître le visible que la science aborde très bien par ses méthodes rationnelles. Toute recherche initiatique dans le visible est d’un intérêt limité ; pourquoi chercher du provisoire et de l’éphémère ? En explorant l’invisible, il va s’agir de donner une forme visible à ce que l’on perçoit, une œuvre qui rende présent sur terre le divin, qui établisse un pont entre le visible et l’incréé par l’intermédiaire de l’invisible.

         Comment faire ? L’invisible étant partout présent et répandu dans le visible, on franchit la porte du Tableau de Loge qui est celle de l’invisible, et que l’on peut trouver partout, à tout moment, grâce au rituel. Mais on ne peut pénétrer dans le monde causal que par l’état qui y correspond ; notamment les sens physiques ne peuvent remonter de l’image (effet) à la source (cause) ; ce sont les sens subtils ou immatériels qui seront efficaces, car ils ont leur origine dans les yeux de l’âme. Il faut transporter son regard au-delà des apparences. C’est l’écoute en dedans qui fonctionne, mieux que la pensée cérébrale et ses perceptions rationnelles, d’où la pensée sans image largement abordée au grade de Compagnon. Ce que l’on entrevoit dans le temple est certes enregistré par le cerveau mais on ne doit pas lui permettre de s’interposer.

         Qu’y a-t-il dans l’invisible ? Beaucoup de choses, dont beaucoup sans intérêt et certaines même dangereuses. L’initié ne s’intéresse qu’aux causes d’où procède le visible et qui ont une puissance transcendantale. Il ne s’intéresse pas à l’effet en soi mais à la cause qui l’a généré, en remarquant par exemple que c’est le son qui fait l’oreille et non l’inverse ; une oreille qui ne recevrait jamais de son dès la naissance ne serait pas fonctionnelle.

         Il faut revenir aux dangers. La communauté initiatique ne craint rien car elle suit la Règle et est guidée par le rituel comme par les symboles. Par contre, il y a danger d’aller seul dans l’invisible sans ces garde-fous. En effet, on se retrouve vite dans les mondes intermédiaires chers aux occultistes, où il y a plus de catastrophes à redouter qu’une réalisation. C’est sombrer dans l’inconnu sans fond et certains aiment cela. L’Evangile de Thomas est clair : « Ou bien on est de ce monde ou bien on est ressuscité, ou encore dans les modes intermédiaires. Plaise à Dieu que je ne m’y trouve pas… Au-delà de ce monde, il y a quelque chose de vraiment mauvais, c’est le monde intermédiaire, le monde des morts… Beaucoup se perdent en chemin ». Saint Bernard précise :  « Lorsqu’il tomba du ciel, l’ange rebelle se vit assigner pour résidence cet espace intermédiaire entre ciel et terre ».

         Le voyage initiatique, parfaitement symbolisé dans les rituels des trois degrés, nous montre comment aller dans l’inconnu pour voir l’inconnaissable, notamment par une condition intérieure impeccable, libre de suppositions rationnelles et de peurs, et en distinguant bien les vrais états spirituels (l’Akh égyptien qui veut dire lumineux et utile) de l’état astral qui est à la fois imaginatif et cérébral. Il s’agit tout simplement de renoncer à la curiosité mentale pour remonter directement vers la Cause par la conscience, la certitude du cœur et l’outillage initiatique composé des rituels, des symboles et de la Règle.

         Pour trouver les causes, il faut savoir de quoi il s’agit. Quand nous évoquons ici le mot cause, il s’agit d’une des manifestations de la Cause.

         Dans l’effet, il y a sa cause. « La lumière est dans les ténèbres ». Voilà un des aspects de cette formulation célèbre. La lumière causale est dans les choses visibles, tout en n’étant ni incluses en elles, ni mélangées à elles, ni comprises par elles. Elle n’est pas une antériorité temporelle ; elle ne précède pas. Elle en est l’origine qui n’a rien à voir avec le commencement. Mais nous y reviendrons dans des chapitres ultérieurs.

         La cause est ainsi la raison, mais cette raison n’a rien à voir avec la raison raisonnante des philosophes, le sens normatif de Descartes ou de Kant, qui est postérieure aux choses et sans puissance créatrice. Maître Eckhart donne un bel exemple en disant que l’architecte d’une maison a en lui la forme de la maison et rend la réalisation semblable à cette forme ; c’est cette forme qui est la cause selon laquelle l’architecte agit et produit avec la matière.

         La cause ou raison vient du logos grec, est issue du Verbe de Jean ou même du Tao. Tao signifie voie, chemin, absolu, loi, nature, raison suprême, mode… C’est de là que vient l’ordre du monde visible qui est, chacun le sait, naturellement voué dans ses composantes à l’entropie, au désordre, à la baisse du niveau d’organisation. Une cause est une émanation de la vie, de la flamme d’organisation qu’évoque Teilhard de Chardin ; elle est ce qui anime chaque chose de l’univers tout en restant intangible, l’essence de ce qui existe.


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