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I.1.3. Le visible ou monde du lien de cause à effet

« L’effet est toujours indirect, en ce sens que la cause doit être reflétée par la résistance de même nature ; cela provoquera une transformation de ces deux forces, qui donnera naissance à l’effet… La nature produit ses phénomènes par un jeu entre les forces complémentaires, la force active provoquant la résistance de la force opposée ; c’est la résistance de cette dernière qui donne le phénomène. La volonté humaine peut transgresser cette loi en imposant directement sa décision ; elle en recevra tôt ou tard le contre-coup… Ne présenter à l’homme que l’aspect vertueux, c’est éveiller l’attrait du mal ; le forcer à faire le bien, c’est provoquer la volonté contraire ; de même que donner sans compensation, aider en supprimant l’effort, c’est créer la révolte et l’envie plutôt que la reconnaissance… Si tu veux le bien, conçois la possibilité du mal, écoute la réaction de ton cœur vers le bien. Et sache que ni l’un ni l’autre n’est absolu… sauf un seul mal, qui est le refus de la lumière » (Her Bak pois Chiche).

 

         Consubstantielle à l’incréé, la pensée du Principe est descendue dans l’invisible pour ensuite se manifester dans le visible, parachevant sa descente dans la matière. La conscience du Principe est ainsi immanente à toute la manifestation et devient perceptible à tout homme qui fait l’effort de la percevoir. Le Grand Architecte, créateur, est la lumière et c’est celle-ci qui rend les choses visibles. S’il est caché en lui-même, il se manifeste dans l’effet et se fait connaître ainsi indirectement. Les Egyptiens disaient que c’est Rê, la lumière divine, qui rend visibles toutes les formes de la création.

         La finalité de cette descente semble bien être l’Homme qui est le seul être porteur de cette parcelle de conscience et à pouvoir en être conscient. Il vit dans l’univers mais ne doit-il pas s’impliquer dans le vécu de l’univers ? En ce sens, il peut se dépasser, sortir du conditionnement dans lequel l’a placé sa soi-disant capacité d’autonomie, et approfondir les lois de l’univers afin d’y adhérer et de se les appliquer.

            La capacité que nous avons de transgresser les lois de l’univers, tout au moins certaines, nous impose en fait des devoirs, et notamment celui de prendre conscience de ce que nous faisons. Ce n’est pas inné et nécessite un long travail.

         Le visible est le domaine du tangible, du corporel, du sensible, du devenir permanent, de ce qui est accessible par les sens si trompeurs. Ce que nous percevons n’est en fait qu’une image perpétuellement changeante où se reflète l’invisible mais qui peut être une voie vers l’invisible si nous le souhaitons. Tout y est temporel et non éternel. Le réel n’est pas ce que nous voyons. Platon, le disait déjà : n’est réel que ce qui est invariable.

         C’est ce qui est proposé d’emblée à l’Apprenti : percevoir que le visible n’est qu’une description du réel, une image, comme une projection sur un écran. En effet, les apparences nous charment et nous refusons ainsi la réalité de ce qui est derrière.

         Faut-il croire à la réalité des phénomènes ? Il est très vraisemblable qu’en l’absence d’êtres humains, la vérité qu’ils perçoivent cesserait d’être. C’est déjà ce que disaient des scientifiques américains à l’époque de l’exploration lunaire quand ils disaient qu’un caillou de la face cachée de la lune n’existait pas tant qu’on ne l’avait pas vu. Si une chose n’est pas perçue, existe-elle vraiment. En tout cas, pas dans la conscience de ceux qui ne les voient pas. Il n’y a rien d’absolu. Nous sommes trop attachés aux apparences.

         Le problème vient de nos sens : ce qu’ils nous disent du monde n’est pas réel. Ils sont toujours superficiels et partiels. Le divin est partout mais encore faut-il décider de le reconnaître.

         Ce que nous croyons réel, car c’est bien de croyance qu’il s’agit, devient toujours, disparaît fugitivement. Ce ne peut donc être la patrie d’un initié. Celle-ci n’est pas de ce monde. L’initiation fait découvrir notre véritable filiation et retrouver une patrie que nous avons délaissée à notre naissance terrestre.

         Cependant, nous n’avons pas le droit de le fuir le quotidien. Au contraire, nous cherchons à percevoir les réalités profondes et à les formuler, à insérer dans le monde visible ce que le Créateur a laissé à l’état virtuel, à l’état inconscient. Nous donnons forme à ce que nous percevons dans l’abstrait : c’est d’ailleurs ce qu’apprend à faire un Compagnon.

         Même conscients de la nature du visible, nous pouvons avoir tendance à vivre l’initiation dans ses effets, dans ce monde-ci. Mais cela fait aller vers ses avantages, ses bénéfices, ses pouvoirs. C’est tentant. Cependant les sages disent qu’il faut vivre l’initiation dans sa Cause. Et en fait, nous devons vivre les deux, l’essentiel étant de penser sans cesse à la Cause, même si nous ne pouvons la connaître. Car on peut connaître DANS la Cause, dans le mythe expression du Mystère.

         Le visible est le monde du lien de cause à effet ; il va de la source à l’embouchure. Il est le domaine de l’entropie, orienté vers la multiplicité, la division. Mais il va aussi du simple vers le complexe et de l’enrichissement de la vie comme de la conscience. Chaque mouvement a des conséquences. La loi de cause à effet enchaîne ; elle est la raison de notre déterminisme.

            Le monde visible est généré en permanence ; tout devient, se transforme. Ce qui est sert de semence à ce qui sera. Chaque forme est détruite pour en permettre d’autres. Heureusement le monde évolue perpétuellement suivant la loi de genèse. Il en est de même des facultés de perception des hommes. Un jour plus ou moins lointain, le matérialisme se heurtera au mur de l’ignorance des autres états de la manifestation. La notion de sacré de tout ce qui est refera alors surface et se manifestera en harmonie avec la nouvelle conscience humaine véhiculée par l’ère du verseau.

         Le lien de cause à effet n’est pas toujours une déperdition d’énergie mais à chaque fois, il permet à une énergie de se manifester. Un phénomène est une énergie qui s’incarne. Cependant, dans cette chaîne sans fin, il y a éloignement progressif de la Cause et peu à peu une perte de conscience. On peut peut-être voir là une des explications pour le fait que notre époque moderne est aussi éloignée du sens du sacré : la science a été trop vite pour la conscience humaine.

         Si tout effet a une cause, toute cause n’a pas nécessairement d’effet. L’initié va à la recherche des causes, qu’elles aient un effet ou non. Il ne s’intéresse pas aux formes en tant que telles. Il étudie l’effet pour connaître sa cause. Il cherche la réalité du fleuve à sa source. Il étudie l’œil pour connaître la lumière et non la lumière pour connaître l’œil. Il est là pour permettre le retour à l’unité, pour faire émerger la conscience du Un dans toute la création, quelle que soit la complexité des phénomènes. Il est toujours à la recherche du retour à l’origine. Il pense en terme de naissance.

            La conception des choses, telle qu’elle est présentée dans la phrase d’Her Bak Pois Chiche, a ceci d’intéressant qu’elle invite à une nécessité d’élargissement du regard avant de s’exprimer soit par la parole, soit par l’action. Contrairement au sens commun qui voit les choses d’une manière linéaire, chaque cause donnant un effet qui devient cause pour un effet suivant, et ainsi de suite, elles sont ternaires, un couple force-résistance donnant un fils, l’effet. S’imprégner de ce fait est bien pratique pour éviter nombre d’erreurs dans la vie quotidienne. On y gagne de l’énergie et de l’efficacité.

         Surtout la dernière phrase est essentielle. Un seul mal est absolu qui est le refus de la lumière. C’est ce que dit le rituel du R.I.T.E. :

« Le vice suprême, c’est de ne pas connaître le divin après qu’il vous ait été révélé. Le vice consiste à vivre volontairement en dysharmonie ».


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