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I.2.3 La fraternité fait fonctionner la vie. Le mouvement vital issu du repos éternel

« L’aptitude de l’esprit à servir de support à toutes les expériences est la qualité de la terre ; sa continuité et sa faculté d’adaptation sont celles de l’eau ; sa clarté et sa capacité de percevoir celles du feu ; son mouvement continuel celle de l’air, et sa vacuité sans limite celle de l’espace » (Le livre tibétain de la vie et de la mort).

« Il y a du changement dans l’invariabilité. Brahman (soi suprême, âme cosmique, principe divin, absolu éternel…), en tant que lui-même, ne change pas. Brahman, en tant que monde, change » (Introduction à l’hindouisme tantrique. Arthur Avalon).

 

            Ce plan de travail sur la hiérarchie des causes essaie de percevoir la structure de fonctionnement de l’univers, pour ensuite mieux comprendre la pratique de l’Initiation.

            Nous avons commencé par l’ordonnance sacrée de la vie, la nature de l’univers : celui-ci est constitué de l’incréé ou monde de la Cause, de l’invisible ou monde des causes et du visible monde des phénomènes.

            Nous en sommes arrivés ensuite au fonctionnement de l’univers qui est basé sur la notion de fraternité. Cela implique un Père et une Mère universels que nous nommons Grand Architecte de l’Univers et Veuve, qui ont créé le monde manifesté sous-tendu par les quatre éléments (Terre-Air-Eau-Feu), symboliques donc non matériels, mais qui s’assemblent pour former tout ce qui existe à la manière d’un  tissage. Les éléments sont toujours reliés fraternellement entre eux, quoi que ce soit qui est manifesté. Nous avons ainsi vu le Un qui passe au Deux puis au Quatre.

            Nous en arrivons ici au fonctionnement de la vie par cette fraternité et donc par le Huit.

            La vision que nous avons de la création et de la vie se base sur ce qu’on appelle « Le carré de la genèse », c’est-à-dire un carré long argenté, un rectangle de deux sur un, donc un double carré parfait. Cette forme est celle du temple en dehors de l’Orient, celle de la disposition des trois Piliers, celle du Tableau de Loge. Cette forme géométrique permet tout tracé, ce que les Compagnons savent bien. Elle est donc le principe de toute construction manifesté.

            Il y a l’origine de la vie qui est dans l’incréé, éternellement au repos puisque le temps et l’espace n’y existent pas. C’est le Trois en Un : Principe de création, Grand Architecte et Veuve ; c’est la conscience du Un par lui-même qui fait naître le Deux qui amène au Trois. Là réside la fraternité causale, consubstantielle au Un, le centre d’où tout émane et tout converge. C’est à cet état intemporel que chaque chose retourne entre chaque cycle de naissance /mort.

            Il y a ce qui crée la vie, le Grand Architecte et la Veuve. Celle-ci est la nature naturante constituée des quatre éléments à la base de toute vie manifestée.

            Il y a ce qui manifeste la vie ; c’est le lien entre les quatre éléments créateurs (le rituel d’initiation est la création d’un frère par ces éléments), la fraternité. Celle-ci donne le mouvement à ce qui est créé par les éléments et donc fait fonctionner la vie. Toutes les autres formes de fraternité, évoquées au quotidien dans les discours, en découlent et non l’inverse. Il y a bien une hiérarchie dans la fraternité et qui est causale puisque issue de la Cause des causes.

            Cette double fraternité est Huit, Nombre de l’accomplissement dans la manifestation. Tout s’accomplit car tout est Un ; Un qui est devenu Huit et qui est toujours Un dans sa manifestation. Huit est le monde en changement permanent, le mouvement vital, celui de la vie. Huit fait fonctionner l’ensemble et est l’expression du Un.

            Ce Huit est donc celui des éléments, dans l’invisible et dans le visible. Ils ne sont pas physiques mais ce sont des aspects de la lumière, de l’Esprit partout présent. L’Esprit se manifeste par les quatre éléments fraternels issus de la Veuve. Là est le mouvement de la vie qui prend sa source dans le Un, siège de tous les potentiels.

            Un autre symbole de cette fraternité est la roue à huit rayons qui s’assimile au mouvement et au repos, immobile en son centre et en action à la périphérie. Le Un, au moyeu, agit sur la circonférence, la création, grâce aux rayons qui lient par l’amour chaque être et chaque chose. C’est ainsi que chaque création possède une part du Un et a son propre centre où réside un reflet du Principe. C’est la parcelle de lumière que nous avons tous en nous, que nous avons un jour perçu et qui nous a fait frapper à la porte du temple.

            Mais est-ce tout ? Il est dit dans la citation : « La vacuité sans limite de l’esprit est la qualité de l’espace ». Il s’agit de la quintessence qui n’est pas un cinquième élément mais l’englobant (l’espace) qui porte le souffle animateur du Un primordial en tout ce qui existe. C’est l’Esprit, le Un développé en Huit. 

            La vie résulte de tout cela et ne peut se perpétuer que dans un milieu où règne la loi d’harmonie ; elle génère alors une infinité de formes, du minéral à l’humain. Issue de la polarisation principielle, elle est soumise au déterminisme de la pensée du Un qui régit la création. Elle est basée sur l’évolution, le changement permanent, mais toujours construite comme le montre la géométrie sacrée. Cela n’a rien à voir avec la notion de progrès ; c’est une adaptation permanente à l’ici et maintenant. C’est ce que décrit la citation du Livre Tibétain de la vie et de la mort en liaison avec les éléments : expérience, adaptation des leçons tirées de l’expérience (sélection naturelle dirait Darwin), clarté et réalisme dans la concrétisation, remise en cause permanente. Quand ce n’est plus le cas, c’est la mort. On peut aussi dire, correspondance avec la composition tripartite de l’Homme, corps-âme-esprit, que les éléments sont : l’Eau primordiale qui contient les puissances de création et les semences de tous les possibles ; l’Air souffle de vie, l’âme, qui anime, met en mouvement les êtres ; la Terre nourricière support de toute manifestation, le corps ; le Feu créateur qui déclenche tout, l’Esprit. On voit bien que pour un initié, la fraternité n’a plus rien à voir avec du copinage. Elle est celle que nous établissons, ou plutôt que nous percevons car elle est de toute éternité, avec l’univers et avec les quatre éléments qui le sous-tendent. La vie est le phénomène éternel qui anime l’univers mais reste intangible.

            La fraternité résulte du Un car par ce Un, chaque être et chaque chose communient avec le tout selon son mode propre ; les frères s’aiment sans se confondre ; les liens créés s’harmonisent et deviennent indissolubles. Le Un est à la fois mouvement et repos ; il est même au-delà du mouvement et du repos, car capable de stabiliser chacun dans ce qui lui convient, selon sa nature, tout en lui donnant vie.

            Alors, pourquoi se réunir en communauté alors que les mystiques disent que l’on peut accéder directement et individuellement à l’Esprit ? En fait, seul face au divin, pour peu que cela soit possible, la vie se fige. Une communauté se réunit pour vivre concrètement, matériellement, la fraternité en esprit qui sous-tend la vie de l’univers et qui est donc son socle. La communauté est le symbole de l’univers. Les frères sont reliés entre eux comme les quatre éléments de la création le sont pour que la vie soit. La vie fonctionne dans la communauté par la fraternité, dans toutes ses dimensions. Si elle n’est qu’affective, elle diffère de celle de l’univers. Elle doit être à l’image de celle de l’univers.

            Dans une communauté initiatique, les frères sont fils du Grand Architecte et enfants de la Veuve, semblables mais différents. Ils partagent la mise en œuvre de rituels, la volonté commune de s’ouvrir aux mystères de la création, au sacré, à la connaissance des causes. La fraternité y est transmission et elle s’élargit par le don de vie à de nouveaux frères. Elle est l’expression de la Veuve et met en pratique la loi d’amour. Les rituels mettent en œuvre les fonctions créatrices à l’origine de la vie et, par les travaux de la première à la douzième heure, situent la communauté hors du temps linéaire ce qui fait apparaître la vie en esprit qui scelle l’union de frères dans un échange de don permanent. La fraternité y est le sang qui irrigue les frères et les éveille.

            Pour le frère, il s’est mis en ordre et il n’y a plus jamais de repos si ce n’est dans la chaine d’union où la fraternité s’exprime dans toute la gloire du Grand Architecte de l’univers. Glorifier, c’est faire flamboyer, rayonner, rendre visible. Chacun travaille à cette gloire et peut ainsi tendre vers le haut, élever sa conscience vers la conscience universelle, éternelle, immuable et néanmoins évolutive. Ainsi s’explique le rôle de la poutre de gloire des cathédrales qui se situait entre le chœur et la nef.


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