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I.3.3. Le retour à la Cause

« L’ouest indique le sens du retour aux sources. Il est le passage vers le monde des origines, la direction du rajeunissement » (Initiation aux livres des morts égyptiens. F. Schwarz).

« On ne peut plus retourner dans ce jardin du Confondement (paradis terrestre), parce qu’il n’y a pas pour lui de dedans et de dehors ; seuls ceux qui en sont sortis peuvent savoir cette distinction » (Schwaller de Lubicz. Propos sur ésotérisme et symbole).

«  Le retour à la droite du Père n’est pas une annihilation dans le Père mais un état actif de conscience divine enrichie par la conscience des deux témoins (âme et Esprit) » (Isha Schwaller de Lubicz. La lumière du chemin).

 

            Sujet difficile s’il en est car impossible à traiter rationnellement et les Apprentis manquent de ressources pour l’aborder. Voyons d’abord de quoi il s’agit, pour ensuite savoir comment cet objectif peut être poursuivi, et finalement que cela doit se vivre à chaque instant.

            Précisons tout d’abord ce que nous entendons par Cause. Du domaine de l’incréé, la Cause est consubstantielle au Principe : « Dans le Principe est le Verbe et le Verbe est avec Dieu et le Verbe est Dieu » (Prologue de l’Evangile de Jean).

            La Cause, en générant les lois causales (Sagesse, Force et Harmonie) et les fonctions créatrices (incarnées par les neuf officiers d’une loge), est à l’origine de toute la création. Création qui va de l’idée du Principe jusqu’à la forme de tout ce qui est créé. Lorsqu’elle descend dans la matière, elle perd en transparence et en sensibilité. Dès lors, il est difficile de l’appréhender, car nous sommes dans le mystère de la Création. Pour s’en approcher, il faut entrer et vivre le mystère, apanage d’une communauté initiatique où règne l’Amour.

 

            Tout est retour en un interminable cycle. Le sens ultime des choses est toujours un retour à la source, à l’origine, au sans-forme, au non-être.  Her-Bak Disciple se termine par ces mots : « La dernière épreuve est le détachement de l’œuvre… Eveille ce Dieu… Ensuite laisse crouler le Temple ».

            L’initié commence sa nouvelle vie dans la crypte où il rencontre le Phénix ; cet oiseau fabuleux est éternel et unique ; vivant cinq cents ans, à l’approche de la mort, il se construit un bûcher, s’y consume de sa propre chaleur et renaît de ses cendres pour retrouver sa forme originelle. Dès le début, la fin est montrée, sur une stèle signalant l’objectif à poursuivre ;  VITRIOL insiste d’ailleurs sur la nécessité d’aller au cœur de la Pierre primordiale. Le Phénix est l’éternel retour. L’initiation commence donc par la mort et non par la naissance, par la contradiction de la mort qui génère la vie. On remonte dans les ténèbres vers le point de renaissance.

            L’histoire de la chute dans la Bible a été mal comprise et largement utilisée pour asservir. Il suffit pourtant d’appliquer le principe d’inversion et de lire l’histoire à l’envers, de la remettre à l’endroit. On ne voit plus l’Homme chassé du Paradis mais le réintégrer pour vivre un éveil de conscience après avoir uni par le mariage alchimique l’homme et la femme. Le jardin des Hespérides, jardin des dieux, équivalent du paradis, est situé à l’Occident. A chaque tenue, nous voyageons dans l’invisible pour aboutir à la fin à ce jardin quand nous passons à la table du banquet située derrière la porte d’Occident. L’Occident est le lieu du retour aux sources. Là est donc notre objectif.

            Mais ce n’est pas pour y vivre béatement, du moins de notre vivant. Aller de l’Orient vers l’Occident, c’est suivre le soleil, lumière divine, dans sa course diurne. Il s’use au contact de la manifestation, comme nous. C’est l’entropie. Mais parvenu à l’Occident, accueillis par la Veuve, nous pouvons entamer le voyage de l’Occident vers l’Orient, comme le soleil nocturne qui se régénère ainsi, et atteindre, peut-être, l’Orient.

            En effet, il n’y a pas d’accès direct à l’Orient éternel ; il faut passer par l’Occident éternel pour peut-être retourner à la Cause et s’asseoir à la droite du Père ; c’est d’ailleurs pratiquement la position du Passé-Maître, au fond de l’Orient, au Nord, donc à la droite du Delta lumineux. Notons que le Passé-Maître est indissociable du Vénérable Maître et du Couvreur, ce triangle reliant l’Occident à l’Orient ainsi que les deux portes solsticiales et préservant la Tradition. Rappelons également qu’en grec, tradition et paradis sont deux mots très proches. Le Couvreur et le Vénérable Maître témoignent de la Tradition alors que le Passé-Maître garde le contact avec l’incréé. Par ce dernier passent l’immanence et la transcendance, véritables clefs de la conscience.

            Retourner à la Cause, c’est remonter au Principe et s’y identifier par le passage de la mort qui nous ouvre à la Vie. Autrement dit, le devenir de tout initié est de mourir de son vivant, de devenir lumière, de retourner en conscience à la lumière, donc de s’identifier à l’Initié Passé à l’Orient Eternel, unique car principiel, sans jamais être certain de réussir car seul le Grand Architecte connaît la réponse. Plus prosaïquement, il s’agit, dès le début de la voie,  pour notre conscience, de considérer la réalité du Principe et de reconnaître que tout procède du Un, de la Cause originelle. En naissant, nous perdons la connaissance directe de l’Unité. Il nous faut de manière intuitive prendre conscience de cette part de divin qui est en nous et chercher à la mettre au jour et à la développer. Il n’y a pas confondement avec le Principe, mais similitude en reconnaissant en soi la parcelle de lumière reçue à la naissance physique. L’homme pensant doit révéler le principe causal qui est en lui ; c’est le but assigné par l’enseignement du processus initiatique. La conscience va s’élargir progressivement, menant à un état de conscience supérieur qui, après le passage éventuel à l’Orient éternel, peut retourner à l’éternité.

            Concrètement, c’est remonter à la source de son cœur, faire retour à sa propre nature. Cette nature n’est pas ce que nous voulons être car il s’agirait alors d’une projection, d’un fantasme. Notre nature est inscrite dans notre racine. Nous ne sommes qu’une brindille au bout d’un branchage ; la nature est dans la racine, dans le Soi. Pour être authentique et conforme à notre nature, il nous faut donc faire retour à l’origine, sinon nous ne serons que ballotés par le vent. Toute forme de vie retourne à son principe après s’être développée, avoir enrichie une forme de conscience et s’être décomposée. Mais si l’initié s’est éveillé, qu’il connaît l’invisible, l’éternité, l’origine, alors sa conscience est devenue suffisamment forte pour demeurer tout en ayant enrichi l’origine. Le véhicule de cette voie est l’initiation dans ses trois degrés.

            Il ne s’agit à aucun moment de s’annihiler dans le Un. Cela est le devenir de l’inconscient. Mais au contraire il s’agit d’entrer dans la conscience universelle, enrichi par tout le vécu de l’existence, ce vécu étant transmissible par l’union réussie, de notre vivant, de l’âme et de l’Esprit.

            Dès lors, à chaque instant, l’origine devient une promesse de renouveau. En saisissant la racine originelle, nous sommes capables d’entrer dans le monde des dieux, le jardin des Hespérides, pour formuler ensuite dans le monde des apparences ce que nous y avons perçu. Cependant, Schwaller de Lubicz semble nous dire que le confondement avec la Cause est impossible. En fait, le confondement implique que les deux états soient de même nature. Il faut donc que l’Esprit soit impliqué, le corps et l’âme n’étant pas de la nature de l’incréé. Pour cela, nous passons par un intermédiaire qu’est la Communauté initiatique à laquelle on s’intègre pour être de même nature qu’elle ; dès que cela est réalisé, lumière et connaissance sont offertes. Notons que les mystiques passent par l’extase ; pas nous.

            Alors on vit l’Amour sans raison, sans but, sans récompense, par amour de l’amour. Le moi s’extériorise dans le Soi qu’est l’Esprit. On comprend mieux ce que dit Schwaller : « Parce qu’il n’y a pas pour lui de dedans et de dehors ». Ce qu’on appelle intérieur, au cœur des êtres, c’est le Un, la Cause. C’est cela la connaissance de Soi et non du moi. Cette Cause, incompréhensible, s’impose dans la nature qu’il est bon d’étudier. Le but universel de toute spiritualité est le retour à l’absolu pour s’y nourrir et s’y fondre ; c’est cela la vision intérieure, tout le contraire de ce qu’on appelle la vie intérieure, le repliement sur un moi étriqué. L’absolu est en nous parce que nous sommes en lui. Il faut sortir de soi-même, ne pas sombrer dans l’introspection qui est sans fin : on ne peut contempler béatement son inconscient, son âme, comme un nombril. Comme le dit Maître Eckhart, la Cause est toute entière dans les choses et toute entière hors des choses ; l’extérieur est l’intérieur. Voilà le confondement et le retour possible au paradis. Nous sommes partie intégrante de la création ; il n’y a pas d’intérieur et d’extérieur. C’est le sens d’entrer en se laissant dehors.


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