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II.1.1.a Les grades

« Pour atteindre la réalisation de soi, la stabilisation, l’individu doit avancer de stade en stade. Il y en a un certain nombre, et on ne doit pas quitter un stade tant qu’il n’a pas eu son effet sur la conscience intérieure : tant qu’il ne l’a pas fait convenablement mûrir » (Apprendre à connaître. Idries Shah).

« Il convient que les purifiés se dépouillent de tout mélange, se libèrent de la moindre trace de dissemblance, que les illuminés reçoivent la plénitude de la lumière divine, qu’ils s’élèvent par les yeux très saints de l’intelligence jusqu’à ce qu’ils aient acquis le pouvoir et la puissance de contempler, que les parfaits enfin, ayant abandonné toute imperfection, aient part à la science perfectionnante des initiés » (Pseudo Denys l’Aréopagite. La hiérarchie céleste-165D).

« Les débutants ont à veiller sur leurs actes, les progressants sur leur langue, les parfaits sur leur cœur » (saint Bernard. Sermons)

« Alors le Dieu tout puissant constitua différents ordres dans sa milice céleste, comme il convenait, afin que ces ordres remplissent chacun leur fonction, et de telle sorte que chaque ordre soit le miroir et le sceau de son voisin. Chacun de ces miroirs abrite ainsi les mystères divins que ces mêmes ordres cependant ne peuvent voir, savoir, goûter et définir absolument » (Le livre des œuvres divines. Hildegarde de Bingen. 6ème vision,5).

 

            En s’intégrant à la Communauté Initiatique, le nouvel initié découvre que dans la Loge tout est soumis à un ordre défini selon la Règle. Chacun occupe la place qui lui est donnée, et remplit la fonction liée. En premier lieu, le frère apprend qu’il possède un grade. Mais à quoi cela correspond-il ?

            Le mot prend son étymologie dans le latin « gradus » qui signifie « marche », « pas » ou « échelon ». Et d’ailleurs il y a bien une marche différente pour chacun des trois grades et qui correspond à trois échelons de conscience. Son origine est proche du mot « degré » qui rappelle l’espacement entre deux marches. Il exprime donc la notion de dynamique entre deux étapes. Ainsi est-il préférable de parler de grade ou de degré ? Il ne s’agit pas ici de répondre à cette question, mais de savoir ce que porte ce concept.

            En Initiation, le cheminement de la démarche se fait selon trois grades qui sont l’expression d’un degré d’évolution intérieure et sont étroitement liés à la Conscience des Nombres, à l’âge initiatique c’est-à-dire à un état de Connaissance à réaliser et à vivre. Certains parlent parfois de degrés supérieurs, invention du 18ème siècle qui n’a rien d’initiatique et n’est qu’une dérive humaine syncrétique, qui n’a d’ailleurs pas de correspondance au sein du RITE. Cette triple hiérarchie, qui n’est pas une évolution de droits ou privilèges, ne suit pas une dynamique temporelle, du moins au sens profane du terme. En effet, passer d’un grade à un autre ne se fait pas en fonction d’une ancienneté au sein de la Communauté, mais en fonction du Temps Sacré, c’est-à-dire en fonction de son éveil à la Connaissance, à la compréhension du Principe. Cette hiérarchie indique donc la place de chacun dans l’univers et dans le temple, car ce n’est qu’à sa juste place que chaque frère peut recevoir la lumière, élargir sa conscience tout en aidant ses plus jeunes frères à le faire, ceci en proportion de son degré de compréhension et de sa fonction au sein de la Communauté. Ne pas respecter cette évolution progressive ne peut dans notre démarche amener une évolution en harmonie du frère. Passer d’un grade à un autre implique une transformation intérieure. Vivre un grade n’est pas le connaître parfaitement, mais accomplir la transformation qui mène vers le passage au suivant ; ce ne sera alors qu’à ce moment-là que le frère comprendra celui qu’il a vécu.

            Mais comment passer d’un grade à un autre ? Même si la démarche initiatique nécessite de la volonté, la décision de faire évoluer un frère ne peut émaner de sa propre volonté, mais de celle de la Chambre du Milieu, seule en capacité de reconnaître, par l’intermédiaire des Surveillants, le degré d’évolution.

            Ces grades sont à rapprocher des Mystères. Ils forment deux étapes, celle des Petits Mystères et celle des Grands Mystères. Les Petits Mystères sont le voyage vers le Divin, un retour à la source, notre origine, en recherchant le sacré dans toutes les formes de la Vie. Ils permettent de comprendre la structure de l’univers et de vivre l’Astrologie comme la Magie. Ils correspondent aux grades d’Apprenti et de Compagnon.  Mais ce voyage n’est pas individuel ; il faut en effet commencer par faire partie de l’équipage et embarquer dans le bateau communautaire ; il faut monter dans la barque c’est-à-dire s’intégrer à la Communauté et en connaître le langage pour que les manœuvres soient bien coordonnées. C’est ce que fait l’Apprenti. Le Compagnon apprend les manœuvres, les techniques pour que le bateau fonctionne bien. Les Grands Mystères, quant à eux, permettent de conduire le bateau sur l’Eau primordiale infinie. En effet, les Grands Mystères sont le voyage dans le divin, sans limites, en laissant autant de traces qu’un navire sur la mer.

            Les trois grades sont très anciens et ont toujours été pratiqués en Occident. Reprenons simplement les formulations de Pseudo-Denys-l ’Aréopagite (6ème siècle) et de saint Bernard (12ème siècle).

            Il y a d’abord le débutant, celui qui est purifié (par les éléments), l’Apprenti, qui se dépouille de ce qui est inutile. Il s’agit de commencer par avoir les mains pures pour avoir des actes purs. On comprend ainsi qu’il ne faut pas de gants qui ne feraient que cacher ce qui n’est guère montrable. Un initié se doit d’être transparent. En veillant sur ses actes, on n’omet pas le devoir et on ne commet pas ce qui est contraire à la Règle. Ainsi, l’Apprenti découvre sa place au sein de la création et la structure de celle-ci. Il s’intègre alors à la Communauté initiatique et apprend le langage symbolique.

            Puis vient le progressant, l’illuminé dans la mesure où il reçoit la plénitude de la lumière divine, c’est-à-dire le pouvoir et la puissance de contempler qui permettent d’avoir accès à la parole. Souvenons-nous de Pharaon, sur les pylônes d’Egypte, qui assène un coup de massue sur des compagnons, sagement rangés, et cette massue s’appelle l’illuminatrice. Le Compagnon connaît ainsi les Petits Mystères dans leur ensemble. Il doit avoir les lèvres pures pour veiller sur ses paroles, autant pour ne pas minimiser l’importance du temps perdu en propos vains que pour ne pas offenser le Grand Architecte et ne pas blesser gravement les autres hommes. La parole a des effets puissants. Elle peut détruire comme être très utile et donner des fruits précieux. « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (Proverbes 18,21). Le Compagnon accorde donc à la parole, la sienne comme celle des autres, une grande attention et une vigilance attentive. Il découvre la Magie. Il apprend à comprendre la circulation de l’énergie cosmique, la Vie en perpétuelle création et tous les rapports des Nombres entre eux.

            C’est ainsi que la matière première de l’être s’élève graduellement, par multiplication (dans le sens de se déplier par le Nombre), jusqu’à la perfection du feu pur, symbolisé par le Phénix. Le grade de Maître parfait les êtres. On ne peut aller au-delà, et l’état de Vénérable Maître n’est pas un grade. La Maîtrise, c’est le grade de perfection ou union. Il s’agit là de veiller sur le cœur avec une totale vigilance car c’est du cœur que jaillit la vie. Les actes et les paroles dépendent de lui. Tant que la vigilance des mains et de la langue n’est pas acquise, on ne peut porter une bonne attention au cœur et accéder au degré sublime de la contemplation divine. La liberté spirituelle, la seule qui vaille, n’advient qu’au terme d’un vigoureux processus de libération.

            Le grade de Maître correspond donc à la transmutation alchimique qui fait pénétrer le frère dans le monde des causes. C’est par lui que l’on entre dans les Grands Mystères. Ainsi, en connaissant le monde des causes, les Maîtres sont en mesure d’orienter la Communauté au sein de la Chambre du Milieu, et de transmettre aux autres frères, et aux profanes, selon leurs capacités de compréhension, la Connaissance qu’ils ont du Principe. Par les grades, il y a donc montée, mais plus l’on va haut et plus la chute est grave et désastreuse si l’on tombe.

            Les grades sont donc nécessaires dans la démarche initiatique occidentale, contrairement à la démarche mystique qui estime qu’il est possible d’atteindre seul et sans avancée progressive la perfection. Ils révèlent l’immanence à l’initié, ils le guident et le dynamisent dans l’état de transcendance indispensable. Ils permettent aux frères de s’ouvrir aux différents plans de la création, et d’accéder à cette évolution faite de prises de conscience progressives, en fonction du grade de chacun. Lors de son Initiation, le nouveau frère monte au niveau le plus haut qu’un initié puisse atteindre mais virtuellement. La conscience ne peut pas suivre. Il ne peut rester si près du Grand Architecte ; il doit redescendre au bas de l’échelle pour reprendre son cheminement progressif pour retourner vers le Principe en pleine conscience. C’est en quelque sorte se ressouvenir, se remémorer, récapituler dirait Don Juan à Castaneda. Comme l’écrivit Platon : « La pensée de l’initié ne cesse de poursuivre de toutes ses forces, par le souvenir, les choses dont la possession assure à Dieu même sa divinité. L’homme qui sait tirer parti de ces réminiscences, initié sans cesse aux mystères de l’absolue perfection, devient véritablement parfait » (Phèdre 249 d). Cette démarche revient donc à reconnaitre (au sens de connaître à nouveau), reconstituer, recréer le monde et se recréer, comme le dit le viatique d’Apprenti : «  Naître en permanence… recréer chaque jour sa propre initiation ». En d’autres termes, se souvenir d’où l’on vient.


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