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II.1.2 La fraternité communautaire est rituelle

            La fraternité suppose, comme seul critère, des parents communs et donc rassemble des êtres d’une même famille ; pour certains, celle-ci est toute l’humanité ; mais peut-on réellement vivre concrètement avec quelqu’un que l’on ne rencontre pas ? La fraternité communautaire en est un cas particulier. Une communauté initiatique est une assemblée d’êtres unis dans un même idéal de recherche de la connaissance en vue de percer le mystère de la vie et de la mort avec comme objectif le retour à la cause.

            Les parents sont alors, comme nous l’avons abordé en travaillant sur le Père et la mère universels, le Grand Architecte et la Veuve. Cela correspond aux mythes d’Isis et d’Osiris, d’Hiram et de la Veuve, du Soleil et de la Lune ; tous sont porteurs et générateurs de lumière ; nous sommes des fils de la lumière. Pour nous, la Veuve se manifeste notamment sous la forme de la communauté initiatique, mais également sous la forme de la Tradition que vit cette communauté, sous la forme de la Règle que librement les frères se doivent de respecter comme on respecte sa mère, et aussi sous la forme du rite pratiqué. De ce dernier fait, il découle que la fraternité communautaire ne peut être que rituelle.

            La fraternité rassemble des êtres qui reconnaissent la parcelle de lumière de l’autre et qui est la même que celle qu’ils ont au fond d’eux-mêmes et que l’on peut appeler le « soi ». Ensemble, les frères ont envie d’éveiller ces parcelles, de les faire grandir. La fraternité s’adresse donc essentiellement à l’esprit, avant d’impliquer le corps et l’âme. Elle n’est pas de sang mais de conscience. Elle est un acte volontaire de la part des frères qu’ils font vivre en permanence. Chacun apprend à occuper sa juste place au sein de la loge. La dimension communautaire se caractérise par la complémentarité exprimée par les offices dans la structure de la communauté.

            C’est l’Hospitalier qui la fait vivre dans la loge en développant le sens du don et en animant la fonction créatrice d’intégration, d’imprégnation cosmique. On découvre alors que la fraternité s’étend, non pas à l’humanité, mais à l’univers et plus particulièrement aux éléments, ce qui permet au Vénérable Maître de dire lors des deux saint Jean : « Mon frère le Feu ». Une telle communauté est à l’image de l’univers et manifeste la fraternité cosmique de la création. Au sein de celle-ci, tout se tient, tout y est interdépendant. L’initié vit ainsi une fraternité de nature causale, cohérente et unie à la pensée du Principe de création. Cela souligne qu’un initié n’est rien sans ses frères. Et de fait, l’Ecclésiaste dit bien que l’isolé qui tombe est fichu, qu’il ne peut avoir chaud (la chaleur de la fraternité) c’est-à-dire vivre la fraternité du Feu. Lors de l’épreuve du Feu du rituel d’initiation, celui-ci est transmis par les Initiés passés à l’Orient Eternel ; c’est celui de l’amour créateur qui embrase le cœur. Avec ses frères, l’initié a les moyens d’échapper à tout ce qui trouble les hommes. En réalité, union, harmonie, concorde, fraternité sont des mots anagogiquement proches ; ils scellent les œuvres communautaires et engendrent la paix dans les cœurs. Cette paix va avec l’amour et la joie ; elle métamorphose les épreuves. Le mot égyptien « hotep » signifiant « être paisible, satisfait et en même temps offrande », indique que celui qui sait faire offrande, tout donner, est paisible et satisfait. La fraternité engendre la paix dans les cœurs.

            Pour que la loge soit juste et parfaite, qu’elle puisse travailler en harmonie avec la Règle, la fraternité doit s’exprimer au travers d’un rite. Une communauté initiatique vit dans et pour la Règle et son action est essentiellement rituelle. Le rituel est son ciment d’union et de cohésion ; il est porteur d’une magie créatrice qui imprègne tout frère qui le pratique avec ferveur. Il doit être vécu de manière consciente par des œuvrants présents pour vivre, en esprit et de manière répétitive, l’acte de transmission de la connaissance pour ordonner la création. La volonté et la force de l’ensemble de la communauté se révèlent alors indispensables pour relier le monde du visible à l’invisible.

            Quand une communauté cesse de pratiquer ses rituels, que se passe-t-il ? Elle éclate ou devient une simple collectivité. Le rituel crée des liens de nature non humaine et qui ne vont plus vers la satisfaction d’un ego qui recherche des relations agréables et intéressantes. L’amitié, certes, rapproche les corps et les âmes, aspects essentiellement individuels et recouvrant la manière d’être, le caractère, les envies…; elle se fonde sur des affinités individuelles et rien d’autres. Puis, bien sûr, elle se renforce ou non, se construit, se vit. Mais elle ne se situe que sur le plan de l’individu qui en choisit un autre. Par contre, le rituel, impliquant les trois parties corps-âme-esprit, permet « d’élever nos cœurs en fraternité et de tourner nos regards vers la lumière ». Dans le rituel, l’ego ne peut guère s’exprimer ; il s’efface ; cela limite fortement les conflits de personnalité.

            Seul le rituel permet de partager l’Esprit, de faire vivre le Verbe issu de l’Esprit par la célébration des Mystères, au-delà de l’humain, c’est-à-dire au-delà du corps et de l’âme pour atteindre la fraternité causale, celle qui règne dans l’univers, hors de l’espace et du temps. L’humain peut ainsi se relier au sacré, ce qui lie les frères entre eux. La fraternité n’est pleine et entière que dans une communauté initiatique. L’intérêt du rituel est de faire que les frères n’ont plus d’importance en tant qu’individus, qui peut-être ne se seraient jamais entendus dans les dimensions du corps et de l’âme. Devenant semblables à tous les initiés de tous les temps, ils font que le divin, c’est-à-dire l’Esprit, règne dans le temple, en éternité.

            Chacun peut le ressentir particulièrement lors du rituel du banquet, notamment au moment du partage du pain et du vin, de la parole, à condition d’avoir conscience de sa place et de son rôle en loge comme dans l’univers. La chaine d’union est un autre moment privilégié permettant de recevoir et de faire circuler l’énergie qui unit tous les frères.

            La fraternité naît d’un acte d’amour envers l’autre, de leurs relations. Elle est le ciment qui solidifie la communauté. Chacun apporte ses idées en offrande, écoute celles des autres, agit dans l’intérêt de l’autre et du groupe. En se donnant au rituel, il atteint un état qui permet de dépasser son individualité pour atteindre une autre dimension, communautaire par essence.

            Il est donc essentiel de pratiquer les rituels aussi souvent que possible pour que vive la fraternité et que l’Esprit rayonne dans les consciences. Ensuite seulement, il est possible d’œuvrer et de transmettre. Une pensée créatrice émise par une communauté initiatique nourrit ainsi la conscience universelle.

            Cependant, cela ne fonctionne pas à tous les coups ; nombre de loges maçonniques le montrent. Si les frères n’entrent pas dans leurs fonctions, totalement, en s’oubliant eux-mêmes, dans un don total de soi pour permettre à leur parcelle de lumière de surgir et de rayonner, c’est l’ego qui prend le pas. L’alchimie ne se produit pas ; la métamorphose des êtres ne s’accomplit pas. Rappelons que l’alchimie consiste à transformer le plomb en or, c’est-à-dire à réussir à mettre au second plan le corps et l’âme pour que rayonne et brille l’or de l’Esprit.


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