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II.1.3 Le métier d’Initié

         Pour pouvoir parler en connaissance de cause du métier d’initié, il convient de connaître parfaitement ce que signifient métier et initié.

         D’abord, qu’entendons-nous par initié ?

         Est-ce que c’est quelqu’un qui est arrivé à un stade d’évolution et qui se trouve achevé et immobile ? Bref, statique !

         Etymologiquement, initié vient du latin « initiare » qui signifie « initier aux mystères », et d’« initium », mettre au courant, mettre sur la voie, le chemin.

         Esotériquement, un initié est donc quelqu’un mis sur la voie, qui est en mouvement et en contact avec le mystère ; mystère de la connaissance, de la réalité, du pourquoi de la vie, et de la perception de la création.

         L’initié est celui qui a perçu que la manifestation est régie par une Règle, expression de la pensée du Principe : en conséquence  de quoi, il s’efforce de vivre selon les directives d’une Règle. L’initié n’est plus un être soumis en totalité à ses passions, ses pulsions, bref son déterminisme natal. Il est celui qui a pris conscience de sa véritable identité et de sa position au sein de la Création. Les rituels dirigent sa vie selon sa conscience, et il n’est plus totalement soumis aux pulsions de son instinct. C’est un être qui évolue et meurt en permanence au      « vieil homme » qui est en lui. C’est un homme qui cherche à être libre, libre de son déterminisme natal et de tout conditionnement. C’est un homme qui utilise sa conscience pour percevoir la véritable réalité de la manifestation, afin de s’y intégrer et de vivre selon la Loi d’Harmonie qui la dirige.

         Quant au métier, quelle en est la nature ? L’étymologie est comme souvent surprenante et éclairante. Métier vient du latin populaire « misterium » (le mistier au 10ème siècle) qui dérive du latin classique « ministerium » : besoin, service, office. Donc le métier est d’abord lié à une charge que l’on doit remplir, à la notion de fonction sur laquelle nous avons déjà travaillé.

         Mais mieux encore, ce mot vient d’un croisement avec « mysterium », mystère qui lui-même dérive du grec « mustês », initié. Le métier est réservé à des initiés qui savent préserver le mystère et les rites qui vont avec, et il réside dans les gestes effectués comme dans la signification profonde de ces gestes. Notre voie occidentale est donc à la fois opérative et spéculative qui implique à la fois un savoir-être et un savoir-faire parfois très technique (cf. les rapports de travaux, le travail de compagnon...). Le métier est ce qui permet à l’homme de relier la matière à l’esprit et d’en faire jaillir une conscience.

         Autrement dit, et cela s’applique parfaitement à ce que nous pratiquons, le métier est une connaissance rituelle, une connaissance des symboles associés, et un amour de la Règle qui régule ce métier. Celui qui exerce ce métier remplit alors son existence et évite de se poser des questions inutiles voire fausses car existentielles. C’est-à-dire qu’il en résulte un détachement qui est impossible sans cette pratique, sauf peut-être pour les mystiques mais ce n’est pas notre voie. Nous sommes des êtres de métier.

         De cela découle que l’amateurisme n’est pas possible. L’initiation ne peut être un passe-temps agréable pour occuper son temps libre. Dans cette dernière optique, rien ne peut s’accomplir. A l’inverse, ce n’est pas non plus une profession comme on l’entend aujourd’hui pour gagner sa croûte ou assouvir une passion, voire se réaliser personnellement et socialement.

         De « minesterium » à « mysterium », il n’y a qu’un pas à franchir, ce qui donne au concept de métier le sens de rite, célébration sacrée.

         Effectivement, le métier dans son essence relie au sacré, à l’œuvre, loin de l’acception moderne de travail, profession, activité permanente et essentiellement lucrative. Fondamentalement, le métier est ce qui relie l’homme à une activité lui permettant d’accomplir une œuvre qui soit en correspondance avec sa présence sur terre.

         Le métier, accompli par la main, enrichit le cerveau qui la dirige, tous deux indissociables, l’un initiant, l’autre réalisant, en un enrichissement mutuel. Originellement celui qui exerce un métier est en prise directe avec la nature dont il découvre les lois de construction et qu’il adapte à l’œuvre spécifique qu’il accomplit. Il reste en permanence dans la vie dans le sacré.

         S’il y a toujours un mystère au cœur du métier, et comme un mystère n’est pas accessible au mental, cela ne peut s’apprendre dans les livres ou dans une école. Il faut passer par l’Apprentissage, le vécu d’une pratique communautaire. Le métier est le vécu du mystère. Cela se vit d’abord par la main, d’où l’importance de nos chaînes d’union, ... et du grade de Compagnon tel qu’il est pratiqué au R .I.T.E. Mais c’est aussi l’exercice de nos fonctions. En nous donnant à nos fonctions et donc au métier, nous nous éveillons, nous élargissons notre conscience, nous entrons dans le mystère. Aucune autre préoccupation ne peut y mener et nous faire vivre l’initiation. Le métier ne peut pas trahir. Mais alors on devient capable de passer le témoin tout en ayant tenté d’en lire le fond, voire d’aller un peu plus loin en l’ayant enrichi autant que possible.

         De nos jours, il n’y a plus de métiers proprement dits, à l’exception des quelques promoteurs d’un artisanat traditionnel. Il n’y a plus que des activités morcelées sans rapport avec le tout, une désacralisation du travail par les actes répétitifs imposés par le travail à la chaîne et la rentabilité... C’est là une déshumanisation totale, loin de la conscience de l’accomplissement de l’œuvre.

         Alors ? Qu’entend-on par « métier d’initié » ?

         Il convient de quitter la pensée moderne pour rester dans le monde conceptuel et ésotérique qui, seul, nous intéresse.

         Conceptuellement, l’initié n’a pas de métier précis, si ce n’est que d’accomplir l’œuvre entreprise par la communauté initiatique, ce qui est déjà de la plus haute importance. Par contre, il a à accomplir deux devoirs primordiaux qui sont sa propre réalisation sur le chemin de la connaissance et celui de la transmission de toutes les formes de perception et d’enseignement qui mènent à cette même connaissance et à ses lois.

         Le travail de l’initié va donc consister à faire vivre toutes ces lois, les comprendre et les manifester. Travail immense sur le plan individuel mais accessible sur le plan communautaire.

         Cela correspond à la prise de conscience de l’Amour qui réside au cœur de la vie. Cet Amour est sans cause puisqu’il est la Cause, ou du moins issu de la Cause, sans but, sans récompense, sans attente. L’amour du métier conduit à extérioriser le moi dans le Soi pour réaliser le confondement qui brise le cercle de l’égocentrisme. Il s’agit de se confondre avec tout ce qui apporte lumière et connaissance en gardant ses distances avec le reste, tout en le les négligeant pas. Le confondement est élargissement de conscience.

         Cet élargissement est graduel ; il y a des grades dans le métier.

         L’ouvrier apprend l’énergie et le geste par la connaissance de la matière et du phénomène d’action-réaction. C’est l’Apprenti qui se confronte avec la materia prima de la Pierre Brute, avec le geste essentiel de la taille de la Pierre, son travail primordial. Nous sommes sur un chantier de construction et il participe à l’œuvre même s’il n’en a pas la conscience d’ensemble.

         L’artisan a pleinement l’amour du métier d’où sa possibilité de se confondre avec l’œuvre.  Le confondement nécessite que les deux états soient de même nature et conduit à la connaissance immédiate des causes. L’amour de la fonction fait que l’on est de même nature que la Communauté. C’est le grade du Compagnon qui doit arriver à se confondre avec son chef d’œuvre. Le contact direct avec la substance permet de la faire parler. Il est un artisan de la lumière travaillant dans l’ombre.

         Le technicien, mot à prendre dans le sens des sociétés traditionnelles, est celui qui maîtrise le métier. Cela vient du grec « Tekhnikos », « propre à l’art », de « tekhnê », « art, métier ». C’est la Chambre du Milieu qui recherche et pratique les lois de la vie, navigue dans la conscience des mondes (ou ciels) supérieurs ce qui la mène vers la Sagesse.


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