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II.2.2 La pratique du rituel et du banquet

« Toute l’Egypte pharaonique, de son origine à sa fin comme dans toutes ses œuvres, n’est qu’un geste rituel » (Le temple de l’homme. Schwaller de Lubicz)

« Si l’on vous invite à la table d’un riche, prenez bien garde aux mets qui vous seront servis. Nous sommes assis à la table de Salomon. Considérez ces mets célestes dont sa table est couverte. Prenez bien garde aux mets qu’on vous servira, sachant que vous-même vous devez en préparer de semblables » (saint Bernard. Sermon 29 sur le Cantique des cantiques).

 

            D’après l’énoncé du plan de travail, la pratique des Mystères consiste à vivre dans le temple des rituels pour accéder à la conscience par la voie brève et la voie longue. Ici, nous évoquons la dynamique donnée par les rituels.

            A l’origine de toute perception initiatique se trouve un mythe (solaire, lunaire, polaire…) ; celui-ci se formule par un rite qui se concrétise par des rituels. Ceux-ci sont la mise en mouvement des Lois Causales et des fonctions créatrices implicites au mythe considéré. La mise en œuvre du rituel est un moment solennel car il réunit les frères à ceux qui sont passés à l’Orient Eternel et entraine les cherchants dans un autre monde, non apparent, qui permet à la conscience d’accéder aux mystères.

            Le mot clef est « pratique ». Du grec « prakticos » qui concerne l’action, qui a donné le latin « practicus » agissant, efficace. Notre voie est très opérative. C’est pourquoi nous parlons toujours d’œuvre et que notre tradition est de bâtisseur. Que serait l’œuvre sans la pratique, la concrétisation ? Cette voie et ses Mystères ne peuvent s’expliquer ni se comprendre rationnellement ; elle ne peut que se vivre, s’expérimenter pour constater que cela fonctionne.

            Pour cela, il n’y a que les rituels, dans la mesure où ils sont performants, d’où la nécessité de leur expérimentation. Sans eux, nous ferions de la philosophie, de l’érudition. Le divin est inaccessible sans leur secours qui nous sort de l’humain. Leur pratique persévérante transforme les pulsions, l’imagination, les tendances ou opinions personnelles en pensée conforme à la réalité spirituelle. En effet, l’imagination, le subconscient, persévèrent à croire fermement au monde des apparences, même si les autres perceptions laissent entrevoir l’invisible.

            Un bel exemple a été donné par Jung lors d’un voyage au Nouveau Mexique dans les années 30. Il y a vu des indiens Pueblos assis sur les terrasses de leur maison et s’occupant à aider le soleil à réaliser sa course dans le ciel. S’ils s’arrêtaient de le faire, dirent-ils à Jung, l’obscurité s’étendrait sur le monde entier. Absurdité rationnelle pour un homme dit moderne. Mais n’y a-t-il pas là une raison profonde pour laquelle nous pratiquons nos rituels ?

            Cette pratique doit être autant que possible parfaite d’où un entrainement régulier à faire par chaque office et une grande attention. Cela nous rapproche de la vérité, sans que nous puissions l’atteindre. D’où la nécessité d’une reformulation permanente et de l’expérimentation qui permet de voir ce qui fonctionne ou non, ce qui relève du fantasme ou de ce que l’on peut vivre pleinement.

            Quand cela fonctionne, les gestes et paroles rituelles sacralisent l’espace et le temps, non qu’ils ne le soient pas dans le principe mais ils ne le sont pas dans notre conscience habituelle. En faisant les gestes premiers, ceux qui ont présidé à l’instant de création et éternellement inachevés donc toujours présents, on modifie l’énergie d’un lieu, on s’affranchit des contraintes matérielles d’espace et de temps linéaires. Nos gestes ne sont pas ceux de nos mains mais ceux de la force du Grand Architecte. Ainsi nous bouclons le temps et l’espace et répétons sans cesse mais toujours différemment le processus de création afin que l’ordre, la Règle, repousse le désordre, l’entropie. Le temps y est suspendu et permet au Verbe de s’exprimer en entrant en vibration avec le cœur des participants.

            Mais le rituel ne suffit pas. La méthode initiatique, dans le REAA comme dans le RITE, consiste à méditer sur le rituel, à travailler assidument et à appliquer au quotidien les prises de conscience qui en résultent. Les tâches quotidiennes ne sont jamais à négliger. C’est ce que l’on appelle l’ascèse initiatique, dans le sens de pratique, d’exercice, de genre de vie sans aucune mortification qui ne touche que le corps. Il n’y a alors pas de difficulté qui ne soit éclaircie par cette pratique complète.

            Que résulte-t-il de cette pratique ? C’est un entrainement qui dissout les opinions, les jugements et provoque ainsi la vision de la nature de l’Esprit. Plus même ; cela augmente l’invulnérabilité aux conditions extérieures, qu’elles soient favorables ou non, et l’abandon du fruit de nos actions. Ce n’est pas une indifférence puisqu’il se crée une joie intérieure et une ouverture d’esprit qui permet l’altruisme.

            Le banquet, apothéose du rituel, permet d’absorber l’amour et de goûter aux nourritures célestes (« Buvons l’amour de jean » est-il dit à la saint Jean d’Hiver). Le Verbe s’y fait chair en partageant le pain et le vin. L’énergie de la Communauté s’épuise régulièrement et le banquet la régénère. C’est le moment de la pleine circulation de l’énergie qui vient autant de la parole des frères que des nourritures matérielles offertes aux regards sur une nappe immaculée. Toutes les formes de vie s’y entrecroisent d’où la nécessité de prendre garde aux mets qui sont servis. On y reçoit des nourritures exceptionnelles qui exigent en retour de nous le même don. Le riche évoqué par saint Bernard est le noble, le sage qui est présent pour nous par la Communauté initiatique. Mais si la loge est structurée (cf. le chapitre précédent sur la hiérarchie) nul ne sait d’où jaillit la parole de vie ce qui doit nous inciter à la plus grande humilité et au travail le plus intense. En effet, très curieusement le mot latin « structor » signifie à la fois architecte et esclave ordonnateur d’un banquet. Autour de la table, les frères puisent dans la joie les forces nécessaires pour poursuivre au-dehors l’œuvre commencée dans le temple.

            On voit donc que l’initiation est une pratique communautaire mise en œuvre par le Vénérable Maître avec la participation active de chaque frère. Il n’est donc pas choquant de dire que l’initiation n’est pas individuelle, dans la mesure où :

-          Selon la Sagesse, il n’y a pas d’objectif individuel, sinon ce serait l’objectif de l’ego, notre part non initiable, non transformable, non évoluable ; il s’oppose par nature à notre démarche. Nous œuvrons par amour de l’amour.

-          Selon la Force, nul frère ne peut dire je suis initié, apprenti, compagnon ou maître ; l’initiation ne peut se vivre que dans une communauté avec des rituels, et il n’y a pas de rituel possible seul dans son coin. Mais il faut que chacun travaille, médite, perçoive.

-          Selon l’Harmonie, il en résulte un enrichissement de la conscience universelle, de celle de la communauté, et bien sûr de celle du frère.

            Autrement dit, c’est parce qu’elle est communautaire qu’elle a un effet sur les individus. Mais si cet effet est recherché, il est inatteignable.


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