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II.3.a La joie

« Le sourire, en hébreu, (hiyoukh) est de même racine que le mot vie (hay) ».

« Cette voie est un jeu de balance continuel entre l’égoïsme du moi et l’altruisme du Soi… Or, pour obtenir cette abnégation du moi, il faut pouvoir lui offrir une compensation. Cette compensation ne peut être qu’une joie supérieure à ses petites joies égoïstes. Cette joie est la lumière qui éclaire chaque nouvelle étape du chemin » (L’ouverture du chemin. Ischa Schwaller de Lubicz).

« Celui qui pleure sur lui-même ne saurait en même temps chanter les louanges de Dieu… L’âme dans l’amertume a sa mémoire tristement occupée à dénombrer ses fautes passées et n’a plus de place où accueillir l’ombre d’une joie » (saint Bernard. Sermon 9 sur le Cantique des cantiques).

 

         Dans le plan de travail, nous en sommes à l’aspect harmonie de la dynamique communautaire, donc ce qui en résulte. Ce chapitre 3.a aborde la pratique quotidienne qui, dans toute vraie loge initiatique, s’exprime par la joie, la fraternité et le rire. Sans joie, il n’y a pas de dynamique communautaire.

            Quelle en est la nature ? Le mot joie vient du latin « gaudeo » qui veut dire « se réjouir intérieurement », « éprouver une joie intime ». La joie communautaire que nous vivons ensemble se trouve sur le plan intérieur de l’être. Il ne s’agit pas d’un simple contentement, mais de ressentir une émotion par toute la conscience qui peut s’étendre dans tous les actes de la vie et de la pensée.

            Elle rayonne comme la lumière du soleil et s’éprouve donc indépendamment des circonstances. C’est un état d’être serein, entièrement dans le présent qui résulte d’un détachement du monde des apparences. Ainsi l’être peut se sentir vivant, relié à la vie dans son essence, au divin ; c’est une sorte d’excitation, bien proche de l’enthousiasme qui est le transport divin, l’inspiration divine, et donc la clef de toute prise de conscience. Cette exaltation correspond à la phase alchimique de la sublimation qui est l’épuration de la matière de ses composants hétérogènes, c’est à dire en clair, tous les éléments extérieurs, transitoires, évènementiels. Cette sublimation (du latin « sublime », dans les airs, en haut) est l’exaltation (élever très haut) des corps, leur adhésion à l’âme, leur incorporation à la conscience.

            La source de la joie est proche de la sagesse et ce sont ces éclairs de voie brève qui nous montrent que nous sommes en harmonie avec l’univers. Elle est ainsi un guide, qui nous dit : « Tu es sur le bon chemin, continue et persévère ». Et tout cela nous rapproche de la paix intérieure.

            Quelles sont les conditions pour qu’elle se manifeste ? La joie initiatique est la libération du carcan de la pensée binaire ; celle-ci provoque des alternances avec des moments de tristesse ; or celle-ci ne peut effectuer l’approche de la connaissance. C’est la paix intérieure qui génère une conception joyeuse de l’univers où l’amour est omniprésent et nourrit la Genèse. Au sein d’une loge initiatique il n’y a ni un espoir égoïste d’une récompense futur, ni le plaisir qui est toujours lié au corps et aux aspects matériels. La joie est liée à l’âme, au cœur. Il faut dépasser le moi égotique pour aller au soi qui nous relie à toutes choses.

            Le phénomène de la création est un jeu divin où l’on s’oublie pour penser au monde et à ce qu’il peut être. Alors le feu de l’esprit peut s’exprimer dans l’âme et l’ego n’a plus son mot à dire. Dans cet état, on s’oublie soi-même et l’on entre dans le jeu de la vie. Un initié qui vit cela ne peut plus être triste. On ne peut être triste que si l’on se penche sur soi, sur ce que l’on a, ce que l’on n’a pas, ce que l’on a perdu ou ce que l’on risque de perdre.

            Un initié choisit son existence et ne la subit pas. La joie se construit d’une manière dynamique ; c’est une prise en main de son quotidien. En frappant à la porte du temple, nous nous sommes engagés sur le chemin initiatique. Il y en a d’autres mais c’est celui que nous avons choisi. Et la première expression de notre joie est justement dans ce choix que nous avons fait. Par notre initiation nous avons sacralisé notre vie. Cette recherche de sacré entretient notre joie, malgré les difficultés que nous pouvons rencontrer.

            La joie résulte du mutuel amour qui se vit dans la communauté initiatique, autrement dit de la fraternité. Elle est impossible seul dans son coin. On ne la trouve qu’avec ceux avec qui l’on est proche : ses frères, mais aussi sa famille, ses amis, la seule mesure étant la participation à une œuvre commune, à une œuvre où chacun a sa place. Nous avons tous ressenti une joie profonde et sincère quant au bonheur de retrouver les frères, d’être ensemble, d’œuvrer, de festoyer au grand banquet de la vie à travers le partage, la communion, la pratique de l’amour. Elle se manifeste en tant que résultat du travail des frères, lorsqu’ils ont pu vivre leurs travaux en harmonie, selon la règle et vibrant ensemble. Les cœurs sont ouverts et ils peuvent vivre l’amour communautaire et partager l’énergie qu’est la joie. Elle est alors une force qui va pousser les frères à avoir la volonté d’accomplir leur œuvre.

         Car si la joie la plus commune est celle que l’on ressent lors de la survenue d’un évènement heureux attendu ou inattendu, la plus noble résulte de la satisfaction du devoir accompli, de l’achèvement de l’œuvre entreprise, ou du franchissement d’une étape. Elle ravie la totalité de l’être ; elle est acceptée avec bonheur et laisse un souvenir durable.

            Elle règne du début à la fin des tenues, du rituel d’ouverture à celui de fermeture du banquet. Les frères, en se reconnaissant, vivent ensemble une plénitude qui déborde de bienveillance, de bonne humeur, de confiance. C’est le signe indubitable que l’harmonie règne. C’est par une application stricte et vécue des rituels que leur magie imprègne l’initié et le transmute tout au long de la voie, lui fait avoir les éclairs de connaissance de la voie brève.

            Comment s’exprime alors cette joie ? Ressentir la joie, c’est être vivant, car elle alimente et donne de l’énergie au cœur, l’ouvre à l’amour, et permet ainsi à l’homme d’être en harmonie avec la vie. Ainsi nourrit, l’initié se verra libéré par une véritable jubilation qui est l’expression du divin en soi. Elle résulte de l’amour du créateur pour sa création.

         La joie s’extériorise lors de la batterie d’allégresse et l’exclamation rituelle « Houzzai, Houzzai, Houzzai », lors de la chaine d’union où l’énergie de l’amour se transmet et se partage entre tous les frères, lors du banquet, lors des accolades entre les frères, ou lors du toucher du tronc de la Veuve, moment pendant lequel la joie est reçue et transmise à la Veuve. Elle est un sentiment qui se partage. Elle est communicative. Nos paroles, nos actes, nos intentions doivent l’exprimer et cela tant à l’intérieur du Temple qu’à l’extérieur. Cela apportera une cohérence à notre existence et cela dynamisera notre entourage. Un cœur libéré s’exprime par elle, directement, sans passer par l’intellect. Un cœur en joie est libéré de la convoitise. Il rejette l’agressivité et la malveillance, la torpeur et la langueur, l’agitation et la rumination. Il est délivré du doute.

         Quand on sort d’une méditation qui nous a en général reliés à l’univers et à notre communauté initiatique, et qu’on en recueille les fruits, on ne peut qu’en sourire. Car la joie provoque le sourire qui se traduit par un léger mouvement de la bouche et du visage. Elle permet la réunion du corps, de l’âme et l’esprit. Elle les met en accord, en harmonie à l’image du sourire de Bouddha, qui a atteint la plénitude. La statue de l’ange de la cathédrale de Reims accueille les pèlerins par un sourire à l’entrée du temple. La statue étrusque du Moscophore, berger portant sur ses épaules un veau destiné au sacrifice, montre la prise en main de la destinée en toute conscience et en joie, et s’exprime par un sourire sur son visage. Le sourire est la trace visible de l’expression de la joie.

            L’état de joie intérieure, qui doit grandir avec le cheminement de l’initié, est un état de détachement et de connaissance. On devient zen, sage, dépassionné, déconditionné avec une vision de l’univers qui rend heureux, en plénitude, en symbiose avec la règle et la loi d’Harmonie du Principe. La joie est une force qui nous rend quasiment invulnérable. Elle est le soleil de l’âme ; elle illumine celui qui la possède et réchauffe tous ceux qui en reçoivent les rayons.


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