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II.3.c Rire de la hiérarchie pour la renforcer.

« Il faut se méfier des gens qui ne rient pas. Ce ne sont pas des gens sérieux ». (Mozart)

« Un jour viendra où tu riras de ce qui te fait pleurer aujourd’hui. Et ce jour-là, c’est aujourd’hui si tu le veux ». (Sénèque)

« C’est au cours d’un banquet excentrique, où  les imaginations les plus débridées se donnent libre cours, que le monde sacré est inversé, afin que les valeurs les plus graves rient d’elles-mêmes et renforcent ainsi, par une critique interne et positive, leur vérité profonde ». (Le message des bâtisseurs de cathédrales. F.Brunier et C.Jacq)

 

         « Le rire est le propre de l’homme » nous dit François Rabelais, dans Gargantua. Mais peut-on rire de tout et à tout moment ? Pour répondre à cette question, il nous faut d’abord connaître sa nature.

         En fait, c’est un feu qui anime les tenues. Le rire est indissociable de l’humour ; amour, humour, voilà deux mots qui résonnent ensemble. Sont-ils si éloignés l’un de l’autre ? L’amour est une énergie qui lie le monde, un feu lié à la vie.

         Le rire fonctionne sur le principe d’inversion. Pour faire des choses sérieuses, il faut aimer rire. Tout initié doit pratiquer ce fameux principe. C’est en inversant les choses qu’on en découvre la signification cachée, la véritable nature. Pour approcher une chose, il est bon de commencer par ce qu’elle n’est pas. Inverser, c’est traverser le miroir, passer du reflet, de l’image inversée au réel, de l’ordre terrestre à l’ordre céleste. La représentation de l’Univers change.

            Le sérieux permanent est dangereux. Plus largement, toute attitude unilatérale attire inéluctablement le pôle inverse. Vouloir faire le bien à tout prix fait venir le mal. Le pôle destructeur est une compensation inévitable de l’aspiration au pôle constructeur. Un initié tient compte du côté obscur pour rechercher la lumière, de Seth pour rechercher Horus. Tout idéalisme provoque l’apparition de l’ombre. Les bonnes intentions sont souvent ambigües en ce qu’elles sont dangereuses par leurs répercussions indirectes. Tout dans l’univers est fait d’alternance et d’inversions qui manifestent la vie. La hiérarchie initiatique est un bon exemple. Fondamentalement, notre hiérarchie n’est pas risible au premier chef. Toutefois, si l’on n’y prend garde, elle pourrait se scléroser, se rigidifier, se dogmatiser, bref, perdre de son authenticité et de sa vitalité. C’est pourquoi au moyen-âge et jusqu’au 17ème siècle, on célébrait la fête des fous, ou fête de l’âne (ou d’autres noms encore) dans les cathédrales et même les monastères. Un jeune, souvent simplet, était élu et occupait le siège de l’évêque avec la vêture de celui-ci (hormis le couvre-chef). On dansait dans le chœur ; on y chantait des œuvres bien loin d’être religieuses ; on y mangeait des saucisses et on jouait aux cartes ou aux dés… De nombreuses déclinaisons de ces « folies » se sont succédées avec les siècles ; elles étaient finalement, sans doute, la prolongation des Saturnales romaines. Jusqu’au jour où l’église n’a plus compris l’importance de ce genre de fête et l’a interdit définitivement. Pourtant, c’était le moyen très efficace, par inversion de l’ordre hiérarchique et la permissivité la plus large, de créer un intervalle de temps hors du temps où le désordre précède l’ordre normal qui se rétablit et est vivifié.

            Alors, à quoi sert le rire ? Il est là pour « décoincer » l’individu arcbouté sur lui-même. C’est un puissant moyen de libération. Celui qui n’est plus prisonnier de lui-même n’attache plus aucune importance au fait d’avoir tort ou raison et laisse tomber la susceptibilité. Si on ne peut être sérieux sans rire, c’est en inversant les valeurs habituelles qu’on parvient à la perplexité, à la mise en court-circuit du mental pour libérer les perceptions du cœur. Rire bloque la raison pour que le cœur se dilate et s’exprime ; et le monde change de couleur. La tristesse se change en rire par un basculement comme l’eau se change en vin.

            Il faut apprendre à rire de soi-même, à ne jamais se prendre au sérieux en tant qu’individu. C’est un bon instrument de mesure et d’étalonnage qui consiste à s’ouvrir plus à l’autre, avec fraternité et amour. Rire de soi et de ce qui nous faisait pleurer marque le franchissement d’une porte nous faisant accéder à de nouveaux territoires, à de nouveaux référentiels. C’est une façon de prendre de la distance avec la sensiblerie, par le développement de notre sensibilité, créant un espace pour accueillir la Lumière. En prenant cette distance, nous rions de ce qui nous avait déstabilisé, ayant rendu impossible une appréciation juste des évènements.

         Cela crée le silence en soi, stoppe la pensée, et donc le monde, et permet de s’adapter aux autres avec bienveillance sans attendre de retour. Se moquer de la vanité de l’ego le remet à sa place. L’ego a tendance à se prendre au sérieux. Par le rire on éteint le moi et on éveille le soi. Cet éveil passe par le cœur et accepte l’inattendu. Il est une surprise, une curiosité vers une porte qui s’ouvre et par laquelle on s’engouffre instantanément, sans logique, sans raison apparente. On est touché directement, on s’extrait du monde. Cela nous dépossède de l’inutile, nous rend le cœur léger et nous élève en fraternité. Ainsi pouvons-nous orienter notre regard différemment, laisser notre liberté intacte pour envisager le Tout et son contraire. C’est donc d’une certaine façon l’expression de la vérité. Rire de soi comme de la hiérarchie nous fait prendre conscience de nos travers et de nos faiblesses. C’est se voir, se surprendre, témoigner de notre sincérité et de la force de nos intentions. 

         Si le rire permet de stopper le monde, c’est d’une certaine manière pour nous permettre de le voir tel qu’il est, sans détours et sans interprétation d’aucune sorte. En effet, l’être humain a la particularité de s’écouter, de se mentir à lui-même, de travestir la réalité et bien souvent d’interpréter et de faire des choix qui l’arrangent. Agir de cette manière, c’est incarner le mensonge et se rendre inapte à la mise en pratique de la Règle. Les dogmes comme les croyances vont à l’encontre de cette forme de lâcher prise. Le frère doit prendre en main sa destinée et prendre conscience de sa réalité d’être vivant et de son appartenance à l’Univers. Le rire est ainsi une façon de prolonger la prise de conscience des valeurs essentielles à l’évolution de l’être, tout en permettant de rester soi-même et de respecter l’autre. L’homme pratiquant l’humour refuse de s’enfermer dans un seul chemin ; il est toujours en chemin. Il refuse d’enfermer la vérité, et de s’emprisonner lui-même dans une phrase définitive. La définition de la vérité est de ne pas avoir de définition ; elle consiste à ne pas s’identifier à une seule image de l’homme. Nous devons respecter les identités de chacun, conscients qu’il n’y a pas de schéma standard.

         Alors peut s’ouvrir la voie de la pensée symbolique qui se réalise autour du dialogue communautaire et non plus du dialogue individuel qui, lui, mène le plus souvent au tumulte intérieur et non à la plénitude. Le rire est au cœur de la vie communautaire car il est communicatif et il balaie sur son passage ce qui nous figeait dans l’apparence. 

         Mais à quels moments le rire doit-il se pratiquer en loge ? La rigueur des moments rituels permet-elle de le laisser venir s’esclaffer, au risque d’engendrer le désordre ? Certainement pas. En effet, le rituel nous fait dépasser notre condition d’homme car il n’est pas compatible avec la nature humaine ; ce sont les fonctions qui s’y exercent et non des individus. Par contre, l’humour peut nourrir les travaux en loge et surtout le banquet rituel qui suit. L’espace de transmutation qu’est la salle du banquet en est le lieu de prédilection, même si la tenue à table reste liée à l’art de la Sagesse. C’est le lieu de la communion qui associe le partage spirituel à l’échange matériel. C’est le lieu de circulation des énergies et d’assimilation du Verbe qui vient d’être prononcé dans le temple. Et les frères apprentis peuvent enfin s’exprimer. N’est-il pas coutume de dire qu’une société où les grands et les petits ne sont pas réunis dans le même banquet va de travers ; mais aussi : « Qui ne boit pas avec ses frères sombrera un jour dans la haine de l’humanité ».

            Le rituel dans le temple établit la hiérarchie ; les travaux de table la renforcent par le partage du pain et du vin ; alors règne l’amour fraternel. Le rire qualifie l’ambiance du banquet et exprime la joie de la Communauté réunie. Il faut remarquer que le rire est extérieur. Il extériorise la joie et fait de l’extérieur comme de l’intérieur. Le Grand Architecte n’a-t-il pas créé le monde par un éclat de rire ? N’est-il pas tout entier dans sa création et tout entier hors d’elle ? On se rend compte, par le rire, qu’intérieur et extérieur sont une distinction profane et duelle. Saint Bernard disait : « Je suis monté jusqu’à la cime de moi-même ; et j’ai vu que le Verbe résidait plus haut encore. Je suis descendu, en explorateur curieux, au plus bas de mon être ; et j’ai constaté également qu’il était plus bas que ce point extrême ». Les initiés rient ensemble, rayonnant de libération et vibrent ainsi avec le monde, sans dedans ni dehors.


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