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III.1.a Se créer les uns par les autres

« La réalité n’existe que parce qu’il y a un regard pour la créer » (J. Fontaine. L’Eveil. De l’Initiation au Maître).

« Epeler seul c’est trahir ; épeler ensemble c’est vivre en communion une langue sacrée ».

« L’homme accompli devient fécond par un baiser et c’est par un baiser qu’il fait naître. C’est pourquoi nous nous embrassons les uns les autres et nous nous donnons naissance mutuellement par l’amour qui est en nous » (Evangile de Thomas. 31).

 

            Celui qui est initié vit une mort/naissance symbolique dont il percevra les effets bien plus tard. La voie commence ainsi réellement quand le Vénérable Maître crée le Frère. Demandons-nous d’abord ce que signifie créer, puis comment les frères se créent les uns par les autres en enfin ce qu’il en résulte et quelles parties de l’être sont concernées.

            Le mot latin « creare », a pour sens essentiel, outre créer, « engendrer, causer, produire ». Reprenons ces aspects.

            Tout d’abord, donner naissance. L’accession à la fraternité fait quitter le monde profane pour entrer dans la vie initiatique. C’est un besoin qui mûrit, qui se précise petit à petit, jusqu’à frapper à la porte du Temple. La suite ne dépend pas de notre propre volonté, et parce que nous l’avons décidé. C’est la loge qui en décide. La nouvelle naissance ne peut se faire par soi-même. Le nouveau frère doit comprendre rapidement qu’il n’est rien seul, qu’il est illusoire de croire qu’il est possible de se passer des autres. D’ailleurs, lors du rituel d’Initiation, les épées des Frères ouvrent le chemin au nouvel initié. Ils sont donc les créateurs du chemin de Lumière. La communion est essentielle.

            Pour naître, il faut une mère, incarnée par la Communauté Initiatique. Ensuite, pour se construire, même pour les maîtres, il faut des parents, que sont la Chambre du Milieu et la Communauté elle-même. Chacun oublie son ego, devient l’initiateur de l’autre, lui transmet le Verbe et, créant l’autre, se crée lui-même par surcroît. « Tu es donc je suis » pourrait être la première signification du silence de l’Apprenti.

            Créer signifie également faire. Ainsi, faire l’Homme, c’est réaliser sa nature, ses potentialités. Ce sont donc les frères qui ont la capacité de révéler nos potentialités et de nous aider à les réaliser. En fait, on croit se connaître, mais on ne connait que ce que l’on aime ou déteste, même si parfois ce que l’on déteste nous correspond. Cependant, créer est plus que cela. Cela signifie aussi faire apparaître quelque chose que naturellement nous ne pourrions faire seul, c’est-à-dire, aller au-delà de notre nature.

            Comment tout cela peut-il s’accomplir ?

           Les autres frères sont bien ceux par qui nous sommes créés, mais ils sont également des garde-fous en nous évitant les impasses comme les précipices. Ce sont eux qui nous taillent bien plus qu’on le fait soit même. Il nous faut leur regard et cette vision nous crée. D’ailleurs, lors de l’accolade fraternelle, les regards se croisent, et les épaules gauches sont frappées trois fois pour créer une vibration commune. Ces trois coups allument, éveillent ou réveillent. On peut rapprocher l’accolade fraternelle du Ying et du Yang où les deux parties différentes sont complémentaires et contiennent chacune une part de l’autre. On peut la voir comme la conséquence de l’épreuve du miroir ; nous faisons face à lui où nous voyons notre reflet puis le miroir est orienté vers le ciel, symbolisant le fait qu’il faut aller au-delà de soi pour mieux observer les autres et le monde dans sa globalité, y compris l’invisible ; enfin le miroir est relevé pour disparaître et nous faisons face à notre parrain, l’autre dans lequel on se reflète. Cet autre est l’œil de l’Orient, second miroir qui porte le reflet de l’indéfinissable.

           On comprend ainsi mieux la phrase du viatique d’Apprenti : « Mes Frères Maîtres et Compagnons me reconnaissent comme tel ». Il y a là un processus vital. Certes il faut savoir reconnaître les choses, ses amis, ses ennemis, ce qui nous apporte et ce qui nous nuit. Mais c’est par la reconnaissance, le regard des autres frères que nous acquerrons une réalité. Il n’y a pas de réalité absolue mais des perceptions du monde relatives à notre éveil.

            Se construire les uns par les autres est un acte volontaire, de nature communautaire, avec un objectif particulier, servir la loge qui est :

-          Un monde où chacun est responsable de ses actes, mais aussi où il y a des rectifications successives de ceux de ses Frères.

-          Un monde où il n’existe pas de modèle et où chacun est unique.

-          Un monde où la reconnaissance du frère n’est pas une flatterie de nature à corrompre, mais un encouragement à prolonger nos gestes et nos pensées.

-          Un monde où chacun se sent concerné par le devenir de toute la loge.

-          Un monde où chacun est un repère, une borne, un axe pour tous.

            Ainsi, la construction des frères est faite d’exemplarité, de remises en cause et d’épreuves permanentes qui font que nos certitudes s’effacent. L’incertitude appelle un mouvement, une dynamique, une recherche, un questionnement, tous aspects riches d’humilité et de désir d’ouverture. Ces mots constituent ce que nous appelons la Vie, mais aussi ce qui peut représenter la création par l’entretien de la dynamique de Vie. Ainsi les frères se façonnent et se découvrent mutuellement par le vécu de la relation, en écoute, en partage. Découvrir l’autre, et l’accepter, n’est-ce pas déjà un acte de création, peu évident à l’homme ordinaire qui a plutôt tendance à ignorer l’autre, voire à l’écraser. Apprendre à l’écouter, en respectant ses idées, sans nécessairement les accepter comme telles, voilà encore un acte de création.

            Mais peut-on réellement aller au-delà de notre propre nature ? Oui, par le principe de synergie, bien connu des scientifiques. Nous pouvons accéder à la conscience de la communauté qui va bien au-delà de la somme des consciences de chaque frère. D’ailleurs, qui peut accéder seul à la vision de la Pierre Cubique ? Les esprits s’ouvrent donc et se nourrissent mutuellement à l’unisson de tous les cœurs présents et rendent ainsi visible l’invisible. Les êtres baignés par cette communion d’esprits ne font plus qu’un seul et ce Frère unique, fort de sa liberté de conscience, devient alors Sagesse, Force et Harmonie au sein d’un espace d’éternité. Cette communion est sous-tendue par la Règle. Celle-ci n’est qu’un moyen. La seule façon de se construire les uns par les autres est de participer à la vie de la loge et de réaliser son travail initiatique dans le cadre du plan d’œuvre proposé.

            Cependant, tout ceci n’est jamais définitif et doit sans cesse se renouveler, s’actualiser en permanence et jamais par nous-mêmes. Ainsi, chacun vit des cycles perpétuels de destruction /construction. C’est d’ailleurs bien ce que précise le viatique d’Apprenti :

«  -      Qu’est-ce qu’un initié ? C’est un homme qui désire naître en permanence à la vie spirituelle et recherche la Connaissance par la mise en œuvre de ses devoirs initiatiques.

-          Que signifie naître en permanence ? C’est recréer chaque jour sa propre initiation ».

            La voie initiatique est une démarche de devoir, non de satisfaction personnelle et d’épanouissement de son ego. Ainsi, naître en permanence, c’est se demander chaque jour si l’on est toujours dans le devoir et le désir, et pour cela, si l’on agit selon l’agrément de ses frères. Cela nécessite donc également un travail sur son propre ego, une ouverture vers l’autre et donc vers la tolérance. Il restera ensuite à transmettre aux frères plus jeunes, ainsi que partiellement aux profanes, ce que l’on a pu recevoir et percevoir en soi, en les autres et en l’Univers, pour faire vivre la Communauté et, par elle, la conscience universelle.

           Alors, quelles parties de l’être sont concernées, entre le corps, l’âme et l’esprit ?

            L’existence, comme pour tout être vivant, commence à la naissance physique. Elle est conditionnée par l’aspect matériel de l’être avec ses aléas. Elle subit une évolution permanente inéluctable sur laquelle on a plus ou moins d’influence : conception, naissance, jeunesse, adolescence, état adulte, vieillesse, mort. Arrivé à cette dernière, le corps disparaîtra progressivement jusqu’à ce qu’il ne laisse plus aucune trace dans le monde manifesté. L’initiation agit peu dans cette dimension en dehors d’une mise en harmonie qui peut limiter les difficultés.

           Du point de vue de l’âme et de sa capacité de conscience, l’être, au-delà d’une évolution passive, a des expériences, fait des découvertes, mène des actions qui vont le façonner plus ou moins. Mais un frère, par la voie initiatique, peut également influer sur ses propres capacités et dépasser son déterminisme zodiacal. C’est ce que permettent les sciences initiatiques que sont l’Astrologie, la Magie et l’Alchimie.

            Du point de vue de l’esprit, incréé par nature, l’être n’est soumis à aucun déterminisme ou évolution ; il est simplement. Cependant, l’initiation permet d’unir cette parcelle de lumière à l’Esprit universel et ainsi, de faire partie, en conscience, de la création permanente et de la vivre dans la loge.


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