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III.1.b Chaque chose et chacun à sa place

« Qu’adviendrait-il de Castalie si chacun voulait apprécier lui-même sa valeur personnelle, ses talents, ses aptitudes, et choisir un poste en conséquence ? » (H. Hesse. Le jeu des perles de verre).

 « Notre Castalie ne doit pas être seulement une sélection, elle doit être avant tout une hiérarchie, un édifice dans lequel chaque pierre ne doit sa signification qu’à l’ensemble » (H. Hesse. Le jeu des perles de verre).

« Prenez place, mes Frères ».

            Naturellement, l’homme a la bougeotte et regarde sans cesse vers d’autres lieux que ceux où il se trouve. Il va en permanence vers d’autres ailleurs, toujours plus beaux espère-t-on, où l’herbe a l’air plus verte. De nombreuses fois, on déménage, on change d’entreprise, de femme, d’amis, de loge… C’est sans doute parce que l’homme se prend lui-même pour but.           

            « Ordo ab chaos » : l’ordre issu du chaos. Cette formule nous indique trois éléments fondamentaux pour aborder notre sujet : le Chaos, l’ordre et le désordre

            Le monde créé (visible et invisible) est issu du chaos (primordial ; l’incréé ; c’est le sens latin de « masse confuse dont fut formé l’univers ») et est structuré par la Règle. Dans le chaos se trouve ce qui était, est, sera ou ne sera jamais. Il ne faut pas le confondre avec le désordre. Celui-ci est un état de disharmonie, en dehors de la Règle et ne peut donc pas participer à l’harmonie universelle. L’ordre est la mise en harmonie des éléments créés, issus du chaos et donc leur soumission à la Règle.

            Dans la nature, les choses se transforment et s’adaptent pour ne laisser que ce qui est cohérent au fonctionnement de la vie, expression de la Règle. Les réalisations humaines que sont les loges sont des constructions et notre tradition est de bâtisseur. Il nous faut appliquer le principe de Vitruve : « Lorsque toutes les parties ont leur place exactement proportionnées dans la symétrie générale de l’édifice, nous connaissons la joie qui naît du beau rythme ». Et Hermès Trismégiste (Livre 1er, traité 5) précise : « Tout ordre est déterminé par le nombre et la place ». Platon nous donne également un éclairage (Timée 52) : « Il faut nécessairement que tout ce qui est soit quelque part dans un lieu déterminé, occupe une certaine place, et tout ce qui n’est ni sur la terre ni en quelque lieu sous le ciel, n’est rien ».

            Nous sommes ici au cœur de notre mythe. Les rituels sont ordonnés et leur déroulement est une mise en ordre des choses et des frères, à l’image du tracé du tableau de loge où chaque symbole est disposé à sa juste place. Quand nous allons initier un futur frère, nous sommes dans un lieu où quelque chose manque, un élément de la loge juste et parfaite a disparu, et le néophyte doit s’intégrer dans la loge pour qu’elle redevienne juste et parfaite. Il faut qu’il soit à sa juste place pour que la transmission s’accomplisse.

            Le rôle de la Veuve est essentiel. En hiéroglyphes égyptiens, le nom d’Isis s’écrit par un signe qui signifie « la place de », « le siège ». Quand nous faisons circuler le tronc de la Veuve (celui-ci ne devrait jamais contenir de la monnaie, chose éminement profane), celle-ci reconnaît que chacun est bien à sa place et a donné le meilleur de lui-même en fonction du lieu où il se trouve. Parcourant tout l’espace du temple, tout l’univers, elle rassemble chaque morceau épars que représente chaque frère dans son incomplétude et reconstitue ainsi le corps de l’homme zodiacal, permettant la formation finale de la chaîne d’union. Le Talmud va dans le même sens : « Dieu créa Adam à partir d’une terre (Adama) recueillie et rassemblée de toutes les parties du monde ».

            La vie ne fonctionne bien qu’avec ses composantes en bonne place. Il en est de même de nos rituels dont la magie ne s’exerce bien qu’avec les fonctions assumées et avec les justes symboles, correctement disposés. Un mot avec les lettres mélangées n’est plus un mot et est incompréhensible. Des symboles qui ne sont pas correctement agencés ne sont plus reliés et ils ne parlent plus.

            Les surveillants doivent donc reconnaître la juste place de chacun, de face qui plus est car la face est le miroir du Verbe et sur elle se concentre les cinq modes d’expression du Verbe donc la réalité de l’être. C’est une véritable purification car il est dit que : « Tout est pur qui est à sa place » (Dialogue avec l’ange).

            Mais alors comment connaître notre place ?

            Chacun reçoit la lumière divine dans la mesure où il peut y participer : ce n’est qu’ainsi que se détermine l’organisation d’une hiérarchie sacrée. Un frère ne choisit pas sa fonction et ne se croit pas capable de juger de ses capacités mieux que ses frères. Il doit se laisser installer dans la fonction qu’ils choisissent pour lui et où il pourra au mieux servir la communauté initiatique. Nous n’avons pas choisi notre place dans la loge ; elle nous a été donnée et cela nous a permis de nous intégrer à la communauté. De même, la disposition des objets rituels nous a été confiée par nos prédécesseurs qui ont expérimenté pour la connaître. Nous ne sommes que des nains sur des épaules de géants, ce qui nous permet de voir plus loin grâce à leur travail de perception.

            Méditons sans cesse sur le pourquoi d’un lieu, et si nous percevons autre chose, expérimentons pour affiner nos rituels et les adapter au temps, au lieu et à notre communauté initiatique. Nous œuvrons ensemble à la création du temple, à l’image de la vie qui est en mouvement.

            Trouver son lieu, c’est se mettre où l’on peut le mieux servir, là où notre nature, nos qualités, nos dons trouvent le plus vaste champ d’action au service de l’ensemble dans lequel on se situe ; car chacun œuvre inlassablement à la survie et à la prospérité de l’ensemble où il se situe, et non à sa propre gloire.

            Par les mots rituels « Prenez place mes frères », le Vénérable Maître invite chacun à occuper l’endroit qui est le leur, à être conscients de leur rôle et être en pleine possession des moyens nécessaires à l’accomplissement de leur fonction dans la construction de l’œuvre communautaire. Ainsi, par la simple attribution d’une place dans la communauté et pour peu que cette fonction soit vécue authentiquement, les frères servent la communauté, la font vivre et sont changés à travers elle.

            Chacun, progressant sur la voie, devient ainsi plus grand, participant par un don total à ce que la communauté soit plus grande et donc qu’elle vive le mythe de création au plus près de la pensée du Grand Architecte de l’Univers, à la gloire de celui-ci.

            Pour les apprentis, c’est être au septentrion, au silence et participer à l’œuvre en conscience en apprenant à lire et à écrire le langage initiatique qui s’exprime devant leurs yeux. Nous sommes des pierres d’un édifice, des pierres à la fois vivantes dans la transformation qu’elles doivent opérer et immuables dans le rôle qu’elles doivent jouer.

            Nous devons apprendre à ordonner les choses en connaissance de cause pour pouvoir les maîtriser et les utiliser. Ordonner, c’est donner à chaque chose sa pleine force pour ne pas la gaspiller et lui permettre de s’exprimer pleinement.

            A chacun de trouver son lieu : dans l’univers, dans le monde, dans la société, dans sa famille, dans sa communauté initiatique… Par leur travail communautaire, les frères, selon les Nombres qui leur sont connus, participent à la vie en conscience de la loge. Cette vie, où tout est important, permet de créer et maintenir l’harmonie, afin que chaque chose soit à sa place et que la lumière naisse d’elle-même.


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