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III.2.b La nourriture de l égrégore

« Le seul moyen de prouver que notre jeu est indispensable et que nous le sommes aussi, est de le maintenir constamment au sommet de toute la vie spirituelle, en nous emparant avec vigilance de chaque nouvelle perspective…en puisant dans l’idée de l’unité de quoi donner à notre universalité, ….une perpétuelle nouveauté ».(H. Hesse. Le jeu des perles de verre).

« Une conscience toujours plus organisée de l’univers passe de main en main ; et son éclat grandit ». (Teilhard de Chardin).

« Si tu as quelque chose à dire, que ce soit nouveau par rapport au passé ; montre ce qui ne l’avait pas été, afin que l’ennemi devienne un saint par amour, et qu’un pauvre homme devienne heureux ». (La parole secrète. Enseignement du Maître soufi Rûmi Sultan Valad).

Etymologiquement, le mot égrégore vient du latin « egregius » qui signifie « remarquable, exceptionnel », lui-même provenant de « egregora », signifiant « éveillé, réveillé ». Comprenons alors que l’égrégore est un véhicule vers l’éveil de la conscience. Il s’agit du développement du lien entre l’être et le Sacré, l’ouverture vers l’Esprit, porte d’entrée vers la Connaissance. C’est bien là le centre de l’action du travail communautaire en tenue : entretenir et augmenter l’éveil de chacun comme de la loge.

Ce terme est utilisé pour traduire l’esprit « d’une Communauté initiatique, dans laquelle un courant de l’Esprit circule comme l’influx circule dans une chaîne d’union, ou quand tous les Frères dialoguent avec le Tableau de Loge. Tous participent, sans exception, lui donnant force de vie ». Cette approche, proposée par notre livre « Le Langage Initiatique des Symboles », montre que l’égrégore, bien que non matérialisable, existe bien, pour autant que nous le nourrissions.

C’est bien une énergie qui se manifeste à travers la Communauté initiatique qui participe à l’œuvre. Si l’égrégore est l’esprit communautaire, il est donc de la nature de l’Esprit, et non de celle du corps ou de l’âme ; il est incréé. La mentalité profane, qui ne voit pas l’aspect spirituel du monde, ne perçoit pas cet esprit communautaire. Nul ne peut vraiment parler de l’Esprit, et donc de l’égrégore, à cause de cette nature incréée. Mais on peut en faire l’expérience, les voir, les sentir, car ils sont présents partout (dans l’univers pour l’Esprit et dans la Communauté pour l’égrégore) ; nous baignons dedans. Les reconnaître et les exprimer dans nos actes, cela s’appelle la Connaissance.

Chacun, selon les nombres qui lui sont connus, contribue à l’enrichir ; il peut être perçu comme le trésor de la Loge, invisible et insituable. « Je te livrerai les trésors secrets et les richesses cachées pour que tu saches que je suis l’Eternel » (Isaïe 43.3). Le rituel d’installation des offices ne fait-il pas dire au Vénérable Maître, lors de l’installation de l’office de Trésorier : « Tu as le devoir, en tant que Trésorier, de garder avec rigueur l’égrégore de l’Atelier, son esprit communautaire. Veille à ce que la mentalité profane ne le souille pas. Rends chaque Frère conscient qu’il doit offrir au trésor de la Loge ce qu’il a de plus précieux en lui. Que chaque richesse découverte soit déposée dans ce trésor afin que nous nous approchions toujours d’avantage de la Maîtrise. Sois le dépositaire de toutes les expériences initiatiques et fais les fructifier au bénéfice de la Communauté ».

Quelle peut être cette nourriture ? Est-elle la nourriture que nous apportons à l’égrégore, ou celle qu’il nous apporte ? Nous allons voir que nous devons le nourrir, afin qu’il soit vivant dans notre conscience et nous nourrisse, qu’il ne dépérisse pas, qu’il ne disparaisse pas, car tout est soumis au vieillissement et doit être régénéré par le rire, la fête, le banquet, la joie.

Elle est d’abord offrande de ce que nous avons de plus précieux, de ce que nous faisons, sans restriction, sans limite, par le respect de la Règle, la pratique des rituels, les échanges avec les frères. Cela n’est possible que s’il y a désir initiatique par la volonté de chacun d’inscrire ses pas dans ceux qui l’ont précédés et à prolonger l’œuvre commune des anciens. Le désir permet la renaissance permanente de l’esprit de la Communauté. Cependant, cela ne peut se réaliser qu’à la condition que les frères aient une volonté d’intégration dans la fraternité communautaire ; par une attitude et un comportement d’offrande, tous participent, chacun à sa façon et selon sa personnalité. Il en résulte non pas la somme de tous ces éléments, mais un ensemble permettant un dépassement de chacun pour un enrichissement de tous.

Cette nourriture passe par le travail, incontournable, qu’il soit communautaire ou sur soi-même ; il est le seul moyen de s’élever vers une plus grande conscience. Il s’agit donc d’une quête incessante, d’une incertitude permanente, d’un questionnement de tous les jours, et tout cela dans la plus grande humilité. Nous n’avons pas le droit de rester stériles ; par une remise en question permanente et une rectification des dénominations, c’est à dire les passer à la Règle, nous pouvons donner naissance à de nouvelles perceptions. Il est toujours possible de mettre des formes nouvelles sur des concepts anciens pour les adapter au temps, au lieu et aux hommes. Le mythe d’Hiram est le même, dans son fondement, que celui d’Osiris et que celui du Christ. Si nous ne le faisons pas, l’esprit disparaît et les rituels ne sont plus porteurs ; nous plongeons dans les habitudes et l’essentiel n’est plus perceptible.

Nous devons chercher en permanence à renouveler et à élargir la conscience. L’incongruité qui nous apparaîtra nous permettra d’aller dans l’inconnu, d’explorer de nouveaux chemins jamais tracés, avec les risques qui vont avec. Nous adapter à cette incongruité stimulera les sens intérieurs et peut nous faire changer de plan. La refuser peut nous enfoncer dans le conformisme, et nous installer dans des habitudes dont nous ne connaissons même plus la validité. Rabâcher les mêmes choses ne mène à rien si nous ne tentons pas de les voir autrement.

En effet, la nouveauté peut également résider dans le simple changement de regard. Nous pouvons vivre le même rituel différemment à chaque fois : « Tout était semblable à ce que cela avait été bien des fois, et, cependant, c’était nouveau et vous prenais le cœur » (H. Hesse). Chaque nouvelle aurore peut être vue différemment. C’est bien là que les expériences initiatiques sont fondamentales ; nous ne devons rejeter aucune pratique pour passer de la parole au Verbe.

La Sagesse ne peut naître que de ce qui s’expérimente, dans l’instant, pas dans le passé. Avoir fait ne sert plus à grand-chose. Savoir quelque chose pendant longtemps est inutile si l’on n’en découvre pas le goût et les sensations que l’intellect ne peut éprouver. L’initiation ne s’explique pas mais se pratique. Il reste à faire fructifier ces expériences, c’est-à-dire à les rendre prêtes à transmettre et à produire de nouvelles plantes. Ces fruits ne sont jamais pour nous. Nous agissons par devoir, pas pour en récolter et consommer les fruits. Le désir de résultat est le signe indubitable de l’ignorant. Ce que nous faisons est offert à son Maître, le Grand Architecte, et advienne que pourra. Le fruit doit être offrande et non jouissance.

En retour, l’égrégore nourrit les frères. Il devient un moteur, ou plus exactement un générateur d’énergie, apportant à chacun, par l’écoute de l’autre et le désir de partage, la possibilité de se dépasser. En participant au mieux aux travaux, nous sommes amenés à emprunter des chemins que nous ne soupçonnions même pas avant le début de ces travaux. C’est l’effet magique de l’égrégore, qui, bien nourri, nous nourrit à son tour. Cela se ressent à chaque tenue ; parfois nous touchons un large salaire et sommes comblés, parfois nous nous sentons frustrés ; en ce cas, il nous faut nous demander si ce n’est pas nous qui avons été défaillants, et non les Frères, comme nous serions tentés de le croire. C’est une belle leçon d’humilité.

Alors, l’égrégore ne se manifeste-t-il pas lors de ce moment d’exaltation qu’est la chaîne d’union en fin de Tenue ? Elle évoque le lien qui nous unit au cosmos, mais aussi aux initiés qui nous ont précédés et à ceux qui nous succèderont. Elle crée une énergie, un feu qui permet de nous connecter au monde au-delà du temps et de l’espace. Elle permet de nous inclure en conscience dans la fraternité et de voyager dans le Sacré. Cette chaîne d’union conclut le rituel de fermeture des travaux dans le temple et à la table du banquet ; elle synthétise le travail effectué par chaque frère, du multiple vers l’unité. En fait, elle rassemble ce qui est séparé : elle est l’expression de l’égrégore.


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