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III.3.a Servir une cause supérieure à l individualité

            « L’égoïsme a raison de s’exalter à l’idée de l’élément s’élevant par fidélité à la vie aux extrêmes de ce qu’il recèle d’unique et d’incommunicable en soi. Il sent donc juste. Sa seule erreur, mais qui le fait bout pour bout manquer le droit chemin, est de confondre individualité et personnalité… Le bout de nous-mêmes, le comble de notre originalité, ce n’est pas notre individualité, c’est notre personne » (Teilhard de Chardin).

            « L’effacement de l’individuel, l’intégration aussi parfaite que possible de la personnalité de chacun dans la hiérarchie administrative de l’enseignement et dans celle des sciences ne sont-ils pas précisément l’un des principes majeurs de notre vie intellectuelle… Une personnalité marquante… a réussi à dépasser le stade de l’originalité et de la singularité, pour s’intégrer aussi parfaitement que possible dans l’ordre général et servir avec le maximum de perfection une cause supérieure à leur personne » (H. Hesse. Le jeu des perles de verre).

            Un individu est ce qu’il y a de plus divisé dans la création tout en gardant les caractéristiques d’une espèce ; c’est donc ce qu’il y a de plus éloigné de l’origine. En quelque sorte, un individu est mort à l’universel et né au particulier. Son cadre naturel est étroitement restreint à l’ego, à ses sens, à son mental. S’il cherche à s’améliorer c’est pour accaparer du pouvoir et des avantages ; il se donne lui-même pour but. Cette nature variable, multiple, le rend non initiable tant qu’il ne se renonce pas à lui-même. Sa perception individuelle l’empêche d’entrer dans l’universel car il se situe toujours face à ce qui n’est pas lui-même ; or on ne peut connaître les êtres et les choses que de l’intérieur.

            La personnalité correspond à l’être profond, réel, à sa véritable essence, à sa signature zodiacale, avec ses parts d’ombre et ses parts de lumière. Elle définit son entité d’être vivant et le caractérise parmi ses semblables. Bien que soumise à un certains déterminisme, elle peut être évolutive au fil des ans en fonction de la volonté de l’individu et de son désir d’évolution. Chaque individu à donc une personnalité qui lui est propre. La personnalité contient toutes les potentialités à la disposition de l’être et qu’il est de son devoir d’exploiter. Elle a une valeur sur le plan initiatique. Elle permet une réalisation de l’être.

            Cependant, chacun a en lui une lumière irremplaçable que lui seul peut offrir. Mais seul, il ne peut rien. Leibniz précise : « Personne n’a jamais pu par lui-même s’élever au-dessus de lui-même et de sa propre nature ». En entrant en Initiation, chaque Frère était dans une démarche de recherche personnelle et était en quête d’une voie lui permettant de répondre à son propre questionnement. Il a pris conscience que son individualité évoluant dans le monde profane ne reflétait pas son intuition profonde et que sa personnalité n’était pas au service d’une cause qui permettait son évolution. S’il entre en Initiation, c’est qu’il sent en lui le besoin, ou qu’il comprend la nécessité de vivre sa démarche au sein d’un groupe, une Communauté lui permettant de dépasser ses limites personnelles en se mettant à son service.

            D’où l’intérêt de l’initiation qui fait qu’un initié n’est plus un individu mais un Frère, dans ce monde sans être de ce monde. Pour lui, on peut donc dire qu’avant sa naissance, il était océan primordial ; en naissant il devient goutte d’eau ; il désire retourner à l’océan. Comme le dit Nicolas de Cues dans la Docte Ignorance : « Le grain se dissout en tant qu’individualité numérique alors que son essence spécifique demeure intacte et permet à la nature de faire lever une abondance de grain ».

            Tous les frères sont différents et il ne s’agit pas de se confondre, de vouloir être quelqu’un d’autre. Si l’homme est égocentrique par nature, il doit s’ouvrir à une perception différente de la vie à travers la communauté. Toute cette démarche consiste à passer du moi qui enferme au soi qui ouvre les portes sur l’Univers. Chacun contient une conscience individuelle qu’il faut intégrer à la conscience communautaire afin d’enrichir, in fine, la conscience universelle.

            Les Petits Mystères correspondent au passage de l’individualité à la personnalité, du Paradis terrestre au Paradis céleste, d’une réalisation horizontale à une réalisation verticale. La clef, donnée par le viatique, est d’avoir pour seule aspiration celle de s’intégrer à la Communauté initiatique, de se mettre au service de quelque chose au-dessus de soi. Cela a l’immense avantage de balayer les fausses ambitions, y compris celle de devenir Compagnon, Maître, Vénérable Maître, de balayer toute inquiétude par rapport à la vie et donc de libérer les êtres d’eux-mêmes.

            Nous sommes tous des êtres originaux dans le sens où nous avons la même origine, la même cause. La singularité consiste à se faire remarquer, à être différent, et sa source est dans l’ego ; cela mène à la solitude. L’originalité est plus positive puisqu’elle peut être source d’enrichissement. Mais à la condition de ne pas être un but en soi, sinon c’est simplement affirmer une différence qui satisfait l’ego.

            L’initié laisse donc sa personne s’absorber dans la fonction. Persona en latin est le masque de l’acteur. Il s’agit donc d’entrer dans la fonction à tel point qu’on en porte le masque tout en gardant l’énergie que comporte l’individualité qui est la manière propre à chacun et, en ce sens, irremplaçable. C’est donc s’absorber dans les fonctions attribuées, non choisies, tout en gardant l’énergie que procure la conscience de soi, de ses capacités et de ses insuffisances ; c’est la maîtrise du dragon.

           Sur le chemin de l’initiation qui demande effort et sacrifice, la personnalité doit être souple, évolutive, accepter le changement de conceptions, l’évolution permanente et pour cela elle ne peut s’exprimer qu’à travers l’humilité. Tout l’être doit participer et passer d’une pensée rationnelle et cérébrale à une perception intuitive et vitale. C’est à dire éveiller le cœur conscience. Cet éveil ne peut se faire qu’à travers les devoirs de l’initié qui sont d’être au service de sa communauté initiatique et à travers elle au service du Grand Architecte de l’Univers. 

            Pour un initié, « servir » c’est avant tout être conforme à la Règle. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si la fonction de service directement lié à la notion de devoir est indiqué dès le début de la voie aux frères apprentis : « Qu’est-ce qu’un initié : C’est un homme qui désire naitre en permanence à la vie spirituelle et recherche la Connaissance par la mise en œuvre de ses devoirs initiatiques ». Servir à travers ses devoirs initiatiques, c’est prendre conscience que nous faisons partis d’un tout dans lequel chaque geste, chaque mot, chaque pensée, chaque action est en relation étroite avec l’ensemble de nos frères mais aussi de l’univers tout entier. Servir c’est apprendre à écouter les besoins et les nécessités de la communauté et prendre conscience que seul nous ne sommes rien et que l’œuvre commune ne peut se réaliser que dans l’union cohérentes des énergies de chacun.

            Un frère se demande toujours à quoi il peut être utile et comment. L’initiation n’est qu’une accumulation de devoirs, sans aucun avantage personnel. Servir est l’acte le plus noble qu’un être humain puisse accomplir. Cela seul peut mener à la plénitude. En effet, le plus haut état de réalisation spirituelle se dit « AKH » en hiéroglyphes égyptiens, c’est à dire « être lumineux ». C’est un état de rayonnement lumineux. Ce terme est synonyme d’ « être utile ». Autrement dit, anagogiquement, les deux sont indissociables.

            Demandons-nous sans cesse, quelle est notre utilité spirituelle, comment l’accomplir. Plus on connaît, plus on est dans l’acte de servir. Il en est ainsi avec les grades. Le premier serviteur de la communauté est le Vénérable Maître et toutes les fonctions en loge doivent suivre. Ainsi notre vie prend un sens. Servir la communauté est la clef de toute intégration. On comprend donc que là est la seule action demandée à l’Apprenti. Ensuite, cela ne s’arrête plus jamais, puisque tous les devoirs s’ajoutent et ne se substituent pas. Néanmoins, cela n’implique pas d’être servile. Là est la vraie liberté. Si on sert, on est Un avec le Grand Architecte, et alors on est libre. Paradoxalement, une telle intégration mène à l’unification de l’être.

            C’est dans la mesure où l’ensemble des frères qui composent la communauté se plie à cette discipline que se formera progressivement l’Homme Universel qui pourra œuvrer en connaissance à la genèse permanente. Nous sommes tous une part de lui et ensemble nous tentons de le recréer à chaque tenue à travers nos devoirs d’initié. A chacun de jouer le rôle qui lui a été donné.

            Puisse le Grand Architecte de l’Univers nous permettre de ne jamais cesser de servir ce qui nous dépasse, de toujours pratiquer cette voie du service.


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