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III.3.b Personnifier la fraternité ou l anonymat du collectif et de la philanthropie

«  Nous ne voyons de héros et de personnages dignes d un intérêt particulier, que dans ceux que la nature et l éducation ont mis en mesure de laisser leur personne s absorber presque totalement dans leur fonction hiérarchique, sans que se perde pour autant l élan plein de vigueur et de verdeur, qui mérite notre admiration et donne à l individu sa saveur et son prix » (H.Hesse, Le jeu des perles de verre).

« Il faut s efforcer de communier, de se confondre, avec tout ce qui peut apporter lumière et connaissance. Mais il faut, au contraire, éviter de le faire pour les vicissitudes de la vie quotidienne, que l on doit traiter comme des obligations extérieures auquel le cœur doit rester insensible et impénétrable » (Isha Schwaller de Lubicz, L ouverture du chemin).

« Si quelqu un devait rester sensible tout le temps à l état réel des humains, il deviendrait fou » (Idries Shah).

« On parle d une sagesse selon la chair, qui est l ennemie de Dieu et d une sagesse selon le monde, qui est sottise aux yeux de Dieu » (Saint Bernard, Les louanges de la Vierge Mère).

« Tant qu il absorbe la personne, le collectif tue l amour qui voudrait naître. En tant que tel, le collectif est essentiellement inaimable. Et voilà où échouent les philanthropies. Il est impossible de se donner au nombre anonyme » (Teilhard de Chardin, Sur l amour).

« Procurer aux gens des bien éphémères, c est prendre les gens pour des éphémères, et donc les prendre pour des cons… L homme s est fabriqué une vision des choses et des gens collective, …une vision sociale. Et c est justement le malheur du bonhomme qui se laisse berner par cette chose diabolique qu est la vision sociale, cette vision collective…qui lui permet de râler …. Dieu ne connaît pas la vue collective » (Frère Antoine, Une bouffée d ermite).

 

            Ce sujet est un piège car il est à la limite de la philosophie et donc des opinions, généralement toutes divergentes selon la sensibilité de chacun. Ce n est plus le domaine de l initiation. Et pourtant, nul ne peut éviter de l aborder.

 

         En initiation, la personnification de la fraternité est symbolisée par le nom de frère donné à chaque nouvel initié lors des cérémonies d initiation. A l identique du nouveau nom donné au Compagnon du tour de France, le nom de frère est une sorte d anonymat qui a pour but de nous faire comprendre que nous sommes devenus un organe œuvrant au sein d un chantier.

            Personnifier signifie incarner, constituer dans sa personne un modèle, une vertu. En grec, le mot « prosopon », signifiant « personne », désignait également « le masque ». Or, le masque est un symbole que l on retrouve dans de nombreuses traditions pour personnifier des symboles, que ce soit en Egypte ancienne, en Afrique des Dogons, dans le théâtre de la Grèce antique, comme dans le théâtre japonais NO ou même dans le théâtre italien de la Commedia dell arte. Ainsi vêtu, le comédien pouvait exprimer l essence du personnage qu il représentait et en donner son interprétation. Le masque cache le visage de l individu pour exprimer le symbole du rôle, pour mieux laisser s exprimer le geste et la parole pour que le symbole qu il représente apparaisse.

            Si nous ne portons pas de masques dans notre Communauté initiatique, la personnification de nos fonctions permet de donner une interprétation de celles-ci, d ouvrir un angle de vision qui nous est propre, restant toutefois marqués par la Règle qui guide cette personnification et la volonté de s intégrer dans la Loge.

            A travers sa fonction hiérarchique, l Apprenti prend sa place sur le chantier, et participe en humilité aux tâches de la Communauté. Il a le devoir d y faire lien et corps.

            L enjeu est la personnification de la fraternité dans son ensemble, chacun étant un maillon de la chaîne. Nous ne cherchons pas à nous fondre dans un collectif car cela sous-entendrait une disparition de la volonté personnelle, et peut-être même la négation de ce qui nous anime, l Amour.

            Au sein d une Communauté, la notion de collectif n a pas lieu d être, car elle concerne l humain dans son aspect social et donc son anonymat. Nous sommes issus d une tradition de bâtisseurs dans le sens où nous construisons le Temple dans le seul but d enrichir la conscience universelle, à travers la fraternité, seul lien qui mérite d être vécu. La seule façon véritable de sortir de l anonymat est bien d être reconnu par ses frères.

            Personnifier, c est animer notre parcelle de lumière pour l amplifier avec celle des autres. Plus cela s incarne dans le centre qu est le cœur-conscience, plus notre parcelle peut s exprimer et rayonner dans la Loge par l esprit de la fraternité.

 

         Etre anonyme et se détacher de son individualité, tel est l un de nos devoirs. En s abandonnant ainsi entièrement à l œuvre, l initié se libère et se détache pour mieux réaliser et mieux participer à l édification de celle-ci. « Fais ce que dois, advienne que pourra », maxime employée par les anciens bâtisseurs pour signifier que le devoir s exprime avant tout dans nos actes, dans nos réalisations communautaires et dans notre engagement à édifier un Temple à la gloire du Grand Architecte de l Univers. Renoncer à prouver quoi que ce soit, rester authentiques en toutes circonstances, incarner son Nombre et participer en humilité à la construction du Temple, sont les clés d un travail communautaire harmonieux.

 

         Notre Règle demande de vivre la fraternité dans la Communauté initiatique car c est là que se forment les êtres et que se développe la conscience. Elle ne dit rien de la vie dans le monde en dehors du fait que chaque acte doit être pensé en fonction de l Harmonie divine. Il appartient à chacun de pratiquer la fraternité hors du Temple selon sa conscience afin de poursuivre à l extérieur l œuvre commencée dans le Temple.

            Nous devons prendre conscience que nous ne sommes pas sur terre pour nous épuiser en nous dispersant, mais pour une seule chose, remplir pleinement nos fonctions initiatiques et ainsi enrichir la conscience universelle. Il ne s agit pas d être indifférent pour le monde, ni de négliger l espèce humaine qui fait partie de l Univers, mais de choisir de regarder beaucoup plus vers le haut, le ciel, le divin, l éternel, que vers le bas, vers l humanité qui, depuis qu elle existe, ne s est jamais améliorée en dehors du plan matériel.

            La nature humaine restera toujours la même, avec ses aspects merveilleux et ses aspects sordides. Une canalisation de ces aspects n est possible que par une civilisation, et une civilisation n existe que par sa perception et son vécu du sacré, d où découle au quotidien une morale qui encadre les hommes.

 

         La philanthropie est l amour de l humanité. Cependant, dans son sens actuel, elle implique d améliorer le sort matériel et moral des hommes et donc les œuvres sociales. Elle met l humanité au premier plan. Un philanthrope cherche à améliorer le sort de ses semblables par de multiples moyens. En fait, c est l’affaire de chacun, pas de l initiation.

            Les initiés ne sont pas des philanthropes au sens général du terme, pour lequel l homme serait le centre de toutes les préoccupations. Les initiés sont des bâtisseurs ayant pour seul objectif de construire en harmonie avec les lois de l Univers et de placer les êtres à leur juste place afin que la construction l emporte sur la confusion.

            Dans son œuvre « Les Employés » Balzac écrit : « Son cœur s enflait de ce stupide amour collectif qu il faut nommer l humanitarisme, fils aîné de défunte philanthropie, et qui est à la divine charité catholique ce que le système est à l art, le raisonnement substitué à l œuvre ».

            Le Tao recommande de ne pas détruire le céleste par l humain, l ordre naturel par l action humaine. Et Tchouang-tseu rajoute qu aller vers l homme, c est détruire la vie (sous-entendu ne plus aller vers le ciel, le Tao).

            L initié sert avant tout une Cause supérieure à lui-même et sait que la fraternité est avant tout rituelle. Ayant reconnu comme parents le Grand Architecte et la Veuve, il pratique la fraternité cosmique de la création en percevant les liens avec tout ce qui porte la trace de l Homme universel. Il vit la fraternité avec le Grand Architecte de l Univers, sa Loge, lui-même ; libre à lui de rajouter d autres aspects s il a encore de l énergie.


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