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I.2.a LA PUISSANCE (Engendrement / Force Vitale par intensité, travail, don de soi) / Stabilité)

          Après son réveil et faisant suite au sommeil hivernal, la nature, à travers le signe du Bélier, reprend force et se met en mouvement à travers une nouvelle impulsion, le feu jaillissant qui marque un nouvel éveil. A son tour, le signe du Taureau reçoit et condense l’énergie du Bélier dans le cercle, la matrice, la terre qui, une fois fécondée par l’esprit, permet la matérialisation des formes. Le signe du Taureau correspond à la seconde tranche du printemps, avec le développement de la végétation, les verts pâturages, la flore, l’apparition des premiers fruits. Le signe du Taureau reçoit donc l’énergie de vie impulsive comme un moment d’ensemencement, de transmission et cette période entame la gestation pour assurer une concrétisation de ce potentiel créateur. C’est la puissance de reproduction qui s’exprime, puissance orientée vers la volonté de transmission de la vie.

          Sur le plan initiatique, la puissance semble être une potentialité, une réserve d’énergie pour créer, à la disposition du Grand Architecte qui est le Tout-Puissant. En effet, le rituel d’initiation évoque la puissance créatrice du Grand Architecte et la puissance de la lumière ; cette puissance est une accumulation d’énergie créatrice, la possibilité pour la lumière éternelle de rayonner. Dit autrement, l’incréé est la vie en puissance. Cela concerne donc également la Veuve. La nature est la manifestation de la puissance divine ; elle anime tout ce qui existe en tant que nature naturante. Souvenons-nous que Sekhmet, en Egypte, incarnait « celle dont la puissance est aussi grande que l’infini », « celle dont on n’écarte pas l’emprise », « la dame du Feu »… La puissance est donc liée au feu principiel, symbole de la puissance divine qui confère la vie à tout ce qui existe ; nos rituels de Saint Jean ne parlent-ils pas de puissance par le Feu, et qu’on allume le Feu en passant de la puissance à l’acte. Dans tous ces aspects n’évoquent-on pas tout simplement l’Esprit ? 

          Le graphisme du signe du Taureau ci-dessus représente l’œuf du monde : le contenant de tous les ferments de la vie à venir. Il représente la coupe qui reçoit la vie de l’esprit créateur. Les sortes de cornes qui surmontent le cercle sont comme deux lignes d’énergie qui à la fois pénètrent le cercle depuis le ciel et rejaillissent vers le ciel.

          C’est aussi un dessin qui exprime deux cycles imbriqués et complémentaires. La puissance de vie apparaît par la gauche, descend dans le cercle matrice, puis ressort pour renaître. En dupliquant ce tracé par juxtaposition, une ligne sinusoïdale se révèle et exprime la dynamique cyclique de cette énergie continue.

          Ce graphisme fait aussi référence à la tête d’un taureau. En Egypte antique, le taureau Apis, consacré à Osiris portait entre ses cornes un disque Solaire. Isis, sa sœur et son épouse, était, elle, ornée des cornes de la vache Hathor, supportant elle aussi un disque Solaire. Le signe du Taureau symbolise ainsi l’union d’Isis et d’Osiris : la synthèse des forces génératrices de la nature. C’est donc un symbole double à la fois Taureau et Vache. Ces deux polarités sont complémentaires. Le symbole du Taureau est donc à la fois puissance de fécondation et puissance de gestation et se révèle dans la puissance de la dualité créatrice qui mène au troisième terme.

          Nous sommes bien en présence de la puissance divine de création. Et l’homme par le rite peut voir cette puissance s’exprimer et y participer. Elle s’anime dans le temple par la fonction de Vénérable Maître qui peut faire passer la communauté initiatique de la puissance à l’acte. La magie qui s’y exerce permet de connaître la puissance à travers ses multiples formes.

          Le symbolisme du taureau, très ancien et universel, en fait donc l’incarnation de la puissance, celle qui engendre, celle qui est une force créatrice, celle qui stabilise l’univers.

          D’un point de vue anagogique, l’engendrement, la force et la stabilité sont avant tout symbolisés dans le temple par une ternarité incarnée par les fonctions de Vénérable Maître, d’Orateur et de Secrétaire, trois fonctions situées à l’orient du temple qui émane directement de la lumière du principe.

          Le Vénérable Maître, en façonnant le plan d’œuvre, donne l’énergie nécessaire à la Loge pour entreprendre tous les chantiers, faire naître ce qui est et ce qui n’est pas encore et orienter le voyage de la communauté. Le frère Orateur permet à la lumière secrète qui unit la vie à la justesse de se transmettre ; par sa vigilance permanente, il préserve la Règle qui stabilise la loge et la protège de tous les dangers. Quant au Secrétaire, il permet de connaître l’écriture vitale ; il transmet la Parole et rend perceptible l’esprit qui anime le Verbe.

          Ces trois fonctions, tel un taureau reconstitué, abordent le Principe de manière frontale avec force, stabilité et capacité d’engendrement. Il s’agit donc là de qualités essentielles au développement des communautés initiatiques. 

          L’engendrement, mot originaire de la racine latine « gen », naissance, procréation et du mot « ingenerare », créer, faire naître dans, enfanter, est pleinement dans le principe de transmission. L’action d’engendrer correspond au besoin de la nature de participer à la création en assurant le renouvellement et la préservation de l’espèce. Que ce soit pour l’homme, pour l’animal, comme pour le végétal, renouveler l’espèce semble une condition indispensable au maintien de l’équilibre vital.

          L’engendrement peut être compris comme la préparation de ce qui va naître. C’est en quelque sorte la base de ce qui va être, d’où la nécessité de puissance, d’abord pour concevoir, puis pour naître.

          Cette énergie créatrice qui vient de l’incréé est capable de tout engendrer ; géométriquement, c’est le point capable de générer tous les traits. En sanscrit le mot « jna » signifie engendrer. Il a donné en latin « gnarus », qui peut générer mais surtout qui connaît. C’est la Connaissance qui permet de donner naissance. Cette racine a donné gnose et gnomon. Par perte du g, cela a donné en latin des mots signifiant principe actif, nature, travail de l’enfantement et enfin « nascor », naître et « nosco », chercher à connaître. On peut en conclure que la puissance divine génère la Connaissance.

          Cette force de vie correspond au « ka » égyptien, le taureau, la puissance génératrice qui spécifie chaque être, son pouvoir de manifestation. Le bœuf Apis des Egyptiens évoque la transformation du taureau d’énergie fruste en énergie domptée, et correspond au hiéroglyphe de deux bras joints et orientés vers le haut, reprenant la dynamique des deux cornes du taureau.

          Les anciens disaient qu’il y avait le « ka » originel, créateur de tous les « ka », ceux de la nature et le « ka » individualisé de chaque homme qui est sa nature innée, sa force vitale. Il est à la fois symbole du Fils de Dieu et, dans l’ordre social, celui du prêtre chargé de faire respecter la loi. Il correspond à ce qui donne forme à la substance pour faire la matière.

          « Ka » est porteur de la puissance génératrice, considéré comme le Principe réalisateur de la création, voire la puissance cosmique. Cette force vitale est l’énergie manifestée du Principe. Sans la Force, la création resterait une nature morte. C’est à chacun de développer sa conscience pour agir sur ce « ka » par l’éveil des facultés spirituelles et ainsi le mettre en contact avec le « ka » divin. Et tout cela sera possible par l’intensité mise dans le travail et le don de soi.

          La puissance d’un taureau domestiqué, mis au service du labourage de la terre, porte le joug, pièce agricole qui se place autour du cou pour tirer une charrue. On interprète souvent de nos jours cette phrase comme un appel à une forme de soumission, alors que, de son temps, dans une société agricole, tout le monde comprenait que c’était une proposition de partage de nos tâches et de nos fardeaux. C’est ainsi qu’on peut donc entendre le mot « conjugal », dérivé de joug : un appel à partager, en couple, les joies et les peines.

          Un être en voie d’initiation ne saurait être inactif. Comme le taureau, il a une constance dans l’énergie qui permet de tracer un sillon jusqu’au bout quoiqu’il arrive, sans dispersion. Déterminé, il va au bout de ce qu’il entreprend, quelles que soient les difficultés. « Celui qui se relâche dans son travail est frère de celui qui détruit » (Proverbes 18,9). « Chercheurs de cet art, vous n’arriverez à rien d’utile sans un grand travail de la pensée et un régime continuel… Broies, cuit, réitère et ne t’en fatigue pas » (Tourbe des philosophes. Discours 39ème). « Pour être pleinement nous-mêmes, nous devons donc travailler toute notre vie durant à nous organiser, c’est-à-dire à porter toujours plus d’ordre, plus d’unité dans nos idées, nos sentiments, notre conduite » (Teilhard de Chardin. Sur le bonheur). Un tel travail n’a bien entendu rien à voir avec le « tripalium » qui, par excès de tension et de stress, est source de nombreuses difficultés.

          Le taureau évoque le travail tout en intensité. Attelé au travail, il avance régulièrement, utilisant sa puissance pour renverser les obstacles. Ceci évoque le travail de la communauté et des frères qui la composent. Ce travail demande un don de soi comme dit dans le rituel : « Il faut que tu prennes, dès maintenant, la ferme intention de te livrer à ce rigoureux travail » et aussi : « le don total de soi est la clef du parcours initiatique ».

          La force vitale par son intensité, son travail, son don de soi semble ainsi constituée pour nourrir la puissance et lui permettre de se réaliser. La puissance n’est pas une qualité innée, elle se construit et se cultive. Nous en avons une excellente démonstration dans le travail initiatique, où nous comprenons vite l’ampleur du chantier, l’importance du travail et la nécessité de notre engagement.

          Là où le signe du Bélier évoque la voie courte par des jaillissements, des fulgurances, le signe du Taureau s’inscrit dans la voie longue qui se construit. Le travail se passe par une phase notable de réflexion, de rumination, voire de répétition, avant de pouvoir sortir de la matrice et voyager plus haut.

         Et toute cette force vitale n’est efficace que si elle est accomplie au service d’une œuvre commune. Plus l’énergie injectée est grande plus il est nécessaire de se retirer soi-même pour laisser l’œuvre advenir. C’est toujours dans le retrait que la lumière s’engendre et se manifeste (« la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres n’ont pu l’arrêter »). A nous d’être toujours en capacité de rendre ce que l’on a reçu, démultiplié, et ensuite, quelle que soit l’œuvre à laquelle on participe, de la rendre à son seul maître, le Grand Architecte. Pour se donner, il suffit de s’oublier, de ne pas s’attribuer de l’importance et de se tourner vers son frère, sans s’imposer. Là est l’expression simple de l’amour car donner sans amour est inefficace. On ne devient soi-même qu’en se donnant, en devenant nourriture pour l’autre.

          Dès lors l’initié se stabilise, ce qui ne veut pas dire qu’il s’immobilise. Cette stabilité, nécessaire pour construire durablement et ne pas perdre l’équilibre, est celle de la création dans sa dynamique, celle de la ternarité des trois Piliers, des Lois causales. Le temple, comme l’œuvre, est stable car il est soutenu par ces piliers, par la puissance divine source de tout mouvement harmonieux.

          Par contre, la stabilité fixe, sans mouvement, est liée au Quatre. C’est celle du Ciel sur ses quatre colonnes, celle de la table du banquet qui stabilise toutes les énergies, celle de la Pierre Cubique qui contient les quatre éléments.

          La notion de stabilité se retrouve dans le comportement même de l’animal taureau, dans le pré, installé sur une petite éminence ou butte où il domine son troupeau, tout en le surveillant. Il est prêt à intervenir si nécessaire, s’imposant par sa force et sa puissance. Il est en appui sur ses quatre pattes. De nature paisible, le taureau est aussi un ruminant psychique qui assimile lentement. Il est à l’image de la voie lente. A l’image du Taureau armé de son attelage, il tracte la charrue qui régénère la terre dans le champ, et par son action continue et stable fait surgir le fruit de la vie qui contient la Connaissance.

          Il en est de même pour l’édification du temple. Les zones de constructions sont stables, planes, mesurées, prêtes à recevoir le travail des frères au sein de la communauté. La stabilité n’est ni mouvement, ni fixité. Elle est le point d’appui, le point de départ pour toute manifestation. Elle est faite d’équilibre, et pour un initié, il semble que c’est un équilibre entre le corps, l’âme et l’esprit qu’il faut réaliser. Nous comprenons ici le travail que nous avons à accomplir, en tant qu’initiés, équilibrer notre corps, notre âme et notre esprit, afin de dégager la puissance nécessaire à la transmission de la vie.

          Et comment transmettre si ce n’est par la parole. Le signe du Taureau est relié au cou, à la gorge qui est le siège de la parole, lieu par lequel se transmettent les secrets de la Connaissance. A l’identique de la production d’un son par l’organe de la parole humaine, en initiation, l’engendrement, la force et la stabilité constituent d’une certaine manière le socle de la formulation du Verbe.

          En effet, d’un point de vue purement fonctionnel et physique, le son produisant la parole dépend de trois systèmes intimement liés et interdépendants :

- de la puissance de la soufflerie qui produit le déplacement d’air et apporte de l’énergie au système (la force vitale)

- d’un vibrateur qui produit une onde périodique (la stabilité)

- d’un résonateur dans lequel le son produit se propage et se diffuse au-delà de soi (l’engendrement)

          Dans le domaine de l’initiation, le fonctionnement est identique parce qu’il est du devoir d’une communauté initiatique de formuler. Susciter et concentrer l’énergie des frères par le travail communautaire autour du plan d’œuvre, libérer et faire vibrer cette énergie afin de transmettre le vécu des mystères au dehors du Temple, tel est le devoir de transmission d’une communauté initiatique.

          A travers ce devoir de Transmission, l’initiation ne cesse de nous faire passer des portes. A chaque fois, il faut en franchir le seuil, ce qui nous met dans la Puissance du Grand Architecte. Selon le « Livre des Morts » égyptien, le seuil de la porte s’appelle le maître de la puissance.

 


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