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I.2.c L’ACCOMPLISSEMENT (intuition et mémoire sélective; plan et épure; concrétisation)

          Avec de l’intuition et une mémoire forte, non encombrée de choses inutiles, on peut tracer le plan de l’œuvre et la mener d’un commencement (plan) jusqu’à un terme (concrétisation) qui la fera durer dans la mémoire des hommes. Le mythe de Gilgamesh raconte que ce héros divin (ce n’est donc pas un homme), réconcilié avec lui-même, comprend que sa mémoire éternelle est assurée par son admirable œuvre de construction ; le temple concrétisé, quelle qu’en soit la forme, est une œuvre de mémoire. Tout cela doit être le cas à chacune de nos tenues et mérite donc qu’on l’approfondisse.

          Mais auparavant qu’entend-on par accomplissement ? Sur le plan spirituel, sans le confondre avec l’achèvement, on peut l’entendre dans le sens de remplir ou même terminer, mais aussi plus simplement de faire, réaliser, de passer à l’action avec engagement. Ce qui s’accomplit avec réflexion et murissement, se vit, s’édifie sans cesse ; nous sommes perpétuellement dans la construction du temple dans son essence.

          Qu’est-ce qui est accompli ? L’accomplissement, pour nous, est celui de l’œuvre. Nous ne cherchons pas celui des individus même s’il est néanmoins nécessaire pour faire vivre les fonctions créatrices en justesse et en plénitude. Seule la Règle nous aide à résoudre ce paradoxe, et le plaisir comme la joie ressentis maintiennent la motivation. Le frère ne fait qu’aspirer à participer à d’autres mystères ; l’accomplissement de soi, placé en haut de la pyramide de Maslow, relève de la psychologie et de la philosophie et non de l’initiation car cela suppose la satisfaction de tous les autres besoins ce qui est sans fin. De même nous ne cherchons pas non plus l’accomplissement de la Communauté initiatique.

          Qui agit ? Le Grand Architecte ? Il crée tout mais n’achève rien. Paracelse dit qu’aucune chose n’a atteint naturellement la réalisation totale de ce pourquoi elle est faite. C’est aux initiés que revient le rôle d’accomplir les choses et de les mener à un terme. Les pierres sont créées mais c’est l’initiation qui les prépare selon un plan pour en faire un monument (dans son sens large, qui peut être un livre, une symphonie…) qui parle aux hommes ; c’est au cuisinier de préparer des plats qui régalent et nourrissent les convives ; c’est au pharmacien de préparer des médicaments qui seront efficaces avec la matière première que la nature lui fournit (la chimie fait partie de la nature) ; c’est à la loge tout entière par trois étapes en une, service-formulation-transmission, d’accomplir la naissance d’un Apprenti, d’un Compagnon, d’un Maître ou d’un Temple. Tant que les choses ne sont pas accomplies, elles ne servent à rien. Seule la Communauté initiatique œuvre pleinement.

          Comment agit-elle ? Elle doit d’abord avoir l’intuition de l’œuvre.

          De quoi est-il question ? Pour nous l’intuition est la perception directe de ce qui est immatériel, une connaissance immédiate du monde des causes et de la justesse des choses, et elle siège dans le cœur-conscience, centre vital ; c’est une voie de pensée qui constitue la voie brève. Cela n’a rien à voir avec l’inconscient qui relève de la seule psychologie même si le mécanisme est inconscient. Nous ne sommes pas sur le même plan, mais on peut être conscient de l’intuition. Elle ne fait pas appel à la raison. Pour Jung, elle fait partie des quatre fonctions psychiques qui permettent de reconnaître l’environnement avec la sensation, la pensée et le sentiment. Elle se distingue de l’instinct mais s’appuie sur lui pour le traduire, le réguler et donner une conscience claire ; c’est le symbole du taureau qui porte un disque solaire (la conscience) entre ses cormes en liaison avec l’intelligence du cœur (solaire) qui est ce que les Egyptiens appelaient « sia », la connaissance intuitive.

          D’essence subtile, elle donne une compréhension de l’univers bien distincte de celle de la science rationnelle. L’Apprenti l’utilise pour pratiquer le langage des symboles, ceux-ci ne pouvant être perçus autrement, dans une sorte de jeu intuitif qui ouvre au divin. Ainsi pouvons-nous élever nos cœurs, tourner nos regards vers la lumière, accéder à la transcendance et peut-être à une perception de la Cause. Plus largement, le frère voit si les actions sont conformes et il est guidé vers ce qui est authentique et harmonieux. L’intuition est le seul moyen d’entrer dans l’aspect ésotérique des êtres et des choses et de pressentir le mystère. Elle est favorisée par la méditation. Le mental, bien utile, ne fait qu’assembler les notions pour les formuler ; il ne peut rien découvrir et ne permet pas d’aller dans l’invisible. Le problème de l’homme est qu’il peut ne pas la laisser s’exprimer, ne pas l’écouter.

          C’est ainsi, par exemple, que nous sommes attirés par l’authenticité d’un lieu, la magie d’une église, l’harmonie d’une cathédrale ou par une communauté initiatique ; nous sommes orientés naturellement vers les manifestations du sacré, vers le beau, vers le Un, pour communier avec eux, pour passer à travers le miroir et voir la réalité au-delà des apparences. Ainsi un profane peut trouver la porte du temple.

          Comment développer alors cette intuition ? L’être est déboussolé dès le début de la voie et il doit persévérer ce qui va éveiller progressivement sa conscience, la transformer et ouvrir ce sens qu’il ne connaissait pas ou peu. Avec ses frères qui sont des déclencheurs, il vit l’altérité qui implique un échange créateur, expression de la loi d’amour. C’est le fruit du lâcher-prise et d’un long travail, à l’image du taureau qui est de nature opiniâtre ; cela passe par le silence en calmant les tumultes intérieurs et en repoussant ce qui est superflu ou artificiel, mais aussi par l’accumulation d’expériences communautaires et la constitution d’un trésor formé de tous les instants de lumière vécus en loge. Car l’essentiel est que la loge soit portée par les différentes intuitions des frères et puisse en tirer la substantifique moelle.

          Ce trésor est un cadre de mémoire communautaire et sélective. La force de l’homme est de se souvenir des œuvres passées et ainsi, de savoir les prolonger en fonction du temps et du lieu en les actualisant. Il peut faire revenir à la conscience ce qu’il a su puis oublié. Mais la mémoire non sélective devient historique, ce qui fige à la fois dans le passé et dans le monde des apparences. Par contre, une sélection de ce qui importe, c’est-à-dire en dehors des faits historiques et contingents, permet de vaincre le temps et de mener à l’éternité en actualisant sans cesse l’œuvre. On peut alors avoir accès au vécu de la tradition de ceux qui nous ont précédés et qui deviennent des guides qui sont devant nous et non plus derrière. Cette sélectivité rend vivants en nous les Initiés passés à l’Orient Eternel en jetant un pont entre eux et nous, ce qui assure la transmission vers ceux qui nous suivront. Seule l’intuition permet une juste sélection. Certes, personne ne peut se souvenir de tout et chacun fait des tris selon sa sensibilité, inconsciemment ou peut-être organisés par l’intuition ; mais la pratique de la Règle et cette mémoire communautaire empêchent l’enfermement dans un monde restreint par cette sélectivité. De plus, quand la loge tente de se relier à la conscience universelle, elle le fait à une forme de mémoire universelle, similaire aux archétypes de Jung sur le plan psychologique ; c’est un peu comme l’énergie solaire que l’homme tente de capter.

          Le Secrétaire, comme chaque rapporteur des travaux, est la mémoire de la loge, le gardien de la forme pour perpétuer la création permanente. Enregistrant tous les apports des frères, lui seul peut harmoniser ces faisceaux de lumière dispersés. Alors, rien d’essentiel ne se perd ; mais ce qui n’est pas essentiel n’est pas à garder, d’où la sélectivité.

          La loge doit faire surgir en elle les intentions de l’invisible pour les concrétiser en concept d’où pourra surgir l’œuvre à accomplir. C’est la même chose que le tailleur de pierre qui, en touchant la pierre, pressent la forme, ou le radiesthésiste ou encore le guerrier qui sont en état de veille et maîtrisent leur environnement.

          Dès lors, l’intention ou dessein étant perçue, il faut dresser le plan de l’œuvre à accomplir. L’intuition communautaire s’exprime d’abord par ce moyen sans lequel rien ne peut se bâtir. Le rôle d’une Communauté initiatique est de révéler le mystère, d’accomplir ici-bas l’éternité et donc de durer éternellement en lisant le plan de création du Grand Architecte. Celui qui conçoit un plan doit être inclus dans sa fonction pour ne pas exprimer sa volonté propre mais celle que nécessite la fonction à un moment donné ; c’est de l’ordre de la voie brève.

          La clef, bien connue des Apprentis, est la Pierre d’Angle. Elle est double. Michel Maiër (Atalante Fugitive) dit que l’on doit posséder ces deux pierres jumelles qui gisent rejetées dans le fumier et négligées par la multitude ; si on les unit, elles accomplissent l’œuvre. C’est la première posée, celle du plan et de l’épure, et la dernière, celle qui concrétise l’œuvre en la menant à un état fini et non achevé.

          Sans plan d’œuvre aucune forme harmonieuse n’est possible ; il n’y aurait qu’approximation, variations. Il doit être mis à l’épreuve des trois chambres et il place toutes les fonctions en action pour, ensemble, construire le temple. Accessoirement, chacun peut ainsi se réaliser au travers de sa fonction. C’est un acte de création, global, qui n’est pas à la portée des individus et qui fait émerger le concept, le sacré. Le plan terrestre fait surgir le divin, fait descendre le ciel sur terre. Il structure la pensée, canalise et permet de vérifier la cohérence. Par la même occasion, il évite l’éparpillement, à « ne pas gaspiller les richesses de la conscience » et montre un itinéraire comme le Minotaure connaît l’édifice du labyrinthe et le chemin à suivre.

          L’épure est le lien entre l’intention et la réalisation dans un langage qu’est l’Art du Trait qui relie les mondes entre eux ; elle se déduit du plan. Classiquement, c’est un dessin grandeur nature sur le sol ou un mur pour passer du plan au volume et aider à la réalisation de l’œuvre ; elle donne l’élévation, les côtes, l’emplacement des pièces, leur forme et volume, leurs imbrications entre elles, les points et surfaces de contacts. Ainsi les coupes et ajustages se font avec précision et chacun à sa place pourra apporter une pierre taillée à l’édifice.

          Epurer signifie rendre pur, donner les choses essentielles à réaliser. C’est la création en concept, traduisant par des Nombres les lois impérissables. C’est en fait une discipline qui fait appel à la totalité de l’être et nécessite que celui qui l’exécute à partir du plan voie la troisième dimension, se représente l’œuvre terminée dans sa totalité. C’est le sommet de l’Art du Trait et préfigure le chef d’œuvre. La participation à la création n’est pas loin puisqu’elle résulte d’une connaissance construite au contact de la matière.

          Le Tableau de Loge est ainsi une épure, toujours identique et toujours différente, renouvelée à chaque tenue puisqu’à chaque fois l’œuvre est différente.

          Mais celle-ci doit maintenant se concrétiser et la communauté doit en être capable. Quand on part du haut, du concept, d’un plan intuitif, la concrétisation (le Quatre) est incontournable par le Huit, le déroulement du Un dans la manifestation. L’œuvre qui n’est jamais achevée doit être accomplie pour acquérir une stabilité, pour naître à une forme d’universalité en reliant le particulier de l’œuvre à l’universel, pour être un médiateur entre les mondes ; une telle œuvre tangible est liée au Un.

          Cet aboutissement rend réel ce qui était jusqu’alors abstrait ; la Communauté initiatique participe à l’acte de création en faisant comme les dieux ont fait avec les outils qu’ils ont placés entre ses mains. Cela implique la juste manière d’agir et la connaissance des causes comme des conséquences des pensées et actes. Cette alchimie permet que l’accomplissement de l’œuvre se réalise sur les plans de l’Harmonie, de la Force et de la Sagesse, dans un équilibre entre la rigueur dans le travail selon la Règle et la liberté de pensée. Les frères, sachant interroger les symboles, nommer les êtres et les choses, interroger le Trésor de la Loge, percevoir la magie des actes, pressentir le devenir, sont alors pleinement en capacité de transformer les intentions. L’intuition, étrangère à la morale, au bien et au mal comme au jugement du monde profane, les guide et peut les emmener loin de là où ils pensaient aller.

          Bien entendu, tout cela implique une maîtrise technique et que chaque frère s’intègre à l’œuvre dans sa globalité. Les Apprentis, encadrés par les Compagnons, participent pleinement pour travailler la matière selon les orientations des Maîtres qui, seuls, ont la vision globale. La technique ou méthode initiatique a toujours été indispensable et s’adapte aux formes choisies. Nous traçons notre travail sur le papier comme nos prédécesseurs écrivaient sur la pierre. Pour nous, actuellement, c’est essentiellement la technique des rapports qui implique l’acte juste au moment juste (commencer dès le lendemain des tenues), tailler la Pierre Brute (rassembler la matière première que constitue tous les apports des frères), ne faire qu’un avec le ciseau, le maillet et la Pierre (trouver un plan cohérent couvrant tous les aspects évoqués), garder le silence (respecter les idées des frères et les inclure), servir la Communauté (délivrer quand il le faut le rapport).

          Il faut que chaque frère accepte de finir l’œuvre en cours, celle de l’année, celle qui, dans des bornes inévitables, peut aller à un accomplissement qui est alors point de départ d’une autre œuvre. Il y a nécessité d’avoir sans cesse, tant individuellement que communautairement, une œuvre en chantier ; l’initié va toujours vers une œuvre à accomplir et qui vient d’une œuvre finie. C’est pour cela, qu’idéalement, le rapport de la tenue précédente doit être présenté pour autoriser le sujet suivant. Montrons nos capacités d’œuvrant, celle d’assembler des matériaux divers pour en faire un tout cohérent par l’intuition d’un plan adapté qui mène à une concrétisation.

          Ce n’est qu’ainsi que le maître d’œuvre peut installer la loi d’amour sur terre et que plus rien ne peut arrêter l’œuvre qui ne sera jamais achevée. Certes celle-ci laisse une trace accessible à ceux qui chercheront sur un chemin initiatique mais elle s’adresse aussi aux frères de la Loge qui s’édifient également. Sur tous les plans, il s’agit de ne pas commettre d’erreur dans le plan comme dans le choix des matériaux ; si l’on se trompe, l’édifice sera instable et s’écroulera dans le concret comme dans l’idée.

          La complémentarité des trois degrés initiatiques est vitale. Les trois aspects que nous venons d’évoquer impliquent les trois chambres de la Loge. Dès l’entrée dans le temple, le nouvel initié accède à la pratique de l’accomplissement au travers de la maîtrise des énergies, de la perception de la matière par le croisement de ces énergies, de sa capacité à concrétiser ses pensées et ses actes.

          Puisse le Grand Architecte nous permette d’accomplir l’œuvre communautaire par une alchimie vivante jusqu’à sa réalité concrète grâce à une action mûrie, consciente, afin que le temple dans son essence s’édifie sans cesse, au-delà de nous.


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