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I.4.a LA METAMORPHOSE (l’Eau des origines ; évolution, maturation, transformation ; le paradis)

         Le signe du Cancer symbolise dans la nature le premier stade de l’été qui correspond à la formation des grains et marque le triomphe des forces de conception, de gestation et de maternité. Il symbolise également l’eau originelle, les eaux-mères. C’est le moment de l’année où la sève végétale gonfle les tissus de la nature en pleine fécondité. Le mot Cancer désigne un crabe ou une écrevisse. C’est un animal qui vit protégé d’une carapace comme un œuf, un fœtus ou un bourgeon. Cet état préfigure une vie renaissante. D’ailleurs le Crabe creuse dans le sable un abri lorsque la marée monte. Puis une fois la mer redescendue, il sort de son trou. De plus cet animal se déplace sur le côté ou en arrière, symbole d’un retour, d’un reflux sur le passé. Le tracé du signe du cancer décrit un double mouvement, une sorte de tourbillon, de flux et de reflux. La dynamique du dessin est un mouvement qui emmène de la droite vers la gauche vers un cercle puis de la gauche vers la droite vers un autre cercle évoquant les déplacements réalisés en loge lors de l’initiation. Se diriger vers la gauche c’est se diriger vers la mort, vers la Veuve. Il faut donc mourir ou connaître la mort pour pouvoir renaître. Le Temple est un lieu où tourbillonnent les forces des origines, comme un siphon qui absorbe pour emmener non pas vers le fond, mais vers l’origine.

          Dans l’Égypte ancienne, le symbole astrologique du Cancer était un scarabée, « kheper ». C’est le symbole des transformations, du devenir et donc de la genèse permanente et par là même tout ce qui représente des états successifs de la transformation. Les déclinaisons du mot Kheper, nous donnent : kheper : naître, venir à l’existence, être, exister, devenir, se développer et prendre forme ; khepri : le dieu matérialisant la transformation du démiurge en soleil naissant sous la forme du scarabée, son passage de l’état latent à l’état actif ; kheprou : les formes et les transformations. Ce scarabée façonne une boule de fumier dans laquelle il pond son œuf pour ensuite l’enfouir ; il en sort un ver qui devient une nymphe puis enfin un scarabée. Il féconde donc une matière vile pour préparer une naissance ; la boule solaire prépare une nouvelle lumière. Ce symbole évoque les cycles solaires, journaliers avec le soleil qui réapparaît chaque matin, et annuels, notamment parce que le signe du Cancer correspondait à la période de l’inondation du Nil qui était le début de l’année et qui nous rapproche du jardin, car la crue du Nil était l’annonce de l’arrivée d’un limon fertilisant, la terre naissant de l’eau grâce à l’action d’asséchement du feu et de l’air.

          Ces cycles solaires enseignent l’art des métamorphoses ; toute la nature nous en montre la voie puisqu’elle l’exerce en permanence. Cela nous évoque la barque solaire circulant sur les eaux primordiales. L’homme a besoin de cet art s’il veut passer de l’existence humaine à l’éternité. C’est pourquoi il est dit, lors du rituel de saint Jean d’Hiver, qu’entre les mains de chaque office se trouve le secret d’une métamorphose. Recréer chaque jour sa propre initiation tout en participant à la construction du Temple, c’est se mettre en condition d’être responsable de ses actes et de son devenir. C’est être Kheper et faire en sorte que ce nous faisons nous fait. Être Kheper, c’est être scarabée, c’est pousser son propre monde devant soi, c’est donner corps à sa propre destinée, c’est être patient, prévoyant et opiniâtre, c’est donner du chemin à ses pieds, créer et entretenir le paradis de la vie en esprit que nous avons pour devoir de transmettre en permanence.

          Le mot métamorphose est originaire du mot grec « metamorphôsis » qui signifie « changement de forme ». Il est en fait composé de la racine « meta » = après, et de « morphê » = forme. Il peut se traduire littéralement par « la forme d’après » ; c’est donc bien l’idée de changement. Comment cette métamorphose se produit-elle ? On peut la voir selon deux axes, la maturation ou la transformation.

          La maturation est un phénomène d’évolution dans la continuité selon trois phases, la croissance, l’âge adulte ou âge de maturité, et vieillissement. Ces phases se suivent dans un enchaînement constant. Ceci est la vision des Petits Mystères (Apprenti et Compagnon). L’évolution n’a de sens que dans le travail qui mène à un chef d’œuvre à accomplir ici et maintenant. Cette progression est en liaison avec la voie longue. Cela nécessite une parfaite purification (par les éléments) dans un athanor ; celui-ci est indispensable à la maturation de toute œuvre. On commence l’œuvre avec la Pierre Brute et uniquement avec elle car elle procure les éléments indispensables. Tout passe alors par une décomposition (contrairement à l’évolution), un retour à l’origine, pour une nouvelle formation puis une maturation qui élève vers la perfection de l’œuvre.

          Dans la transformation, le frère devient un matériau placé dans l’athanor, intégré dans l’édifice. Il est une « materia prima » que l’on peut travailler. C’est la fin de l’évolution du frère qui entre dans la transmutation. Cette transformation est reliée à une évolution marquée, identifiée. Mais toute évolution ne la provoque pas. L’homme est même capable de régression, d’involution. Il n’y a pas d’acquit sur la voie et tout est à refaire en permanence avec beaucoup d’implication.

          La métamorphose, changement de forme voire de nature, passe par l’Eau ce qui correspond aux neuf mois passés par le fœtus humain dans le liquide amniotique : « L’Eau primordiale a créé les êtres, engendré les forces divines, rendu les germes féconds… purifié et mis en forme par l’Eau de vie… » (rituel d’initiation).

          La forme est une résultante de la réalisation d’une potentialité. Chaque processus de réalisation prend sa source dans l’ensemble des possibles, réalisés ou non, passés, présents ou futurs, éternels mais imperceptibles, présents dans le chaos ou Eau primordiale. Cette Eau étant du monde de l’incréé nous est donc inaccessible. Cependant, nous pouvons en percevoir les effets, car tout ce qui existe en est une émanation. C’est dans l’Eau primordiale que toute transformation prend son essence. L’Eau des origines vient du cosmos. Elle est présente dans l’univers bien avant la terre.

          Tissu mère de toutes les autres molécules, l’eau offre une cohésion maximale. Présente en trois états, gazeux, liquide et solide, donc capable de se métamorphoser, elle est source de Vie et de transmission de cette vie. Au début, avant son initiation, le profane est dans l’Eau des origines, cet immense océan qui contient tout ce qui est, mais qui n’a pas encore trouvé son existence. Elle est aussi vectrice de la réalisation en devenir. Si l’on regarde dans la nature, l’eau transmet les éléments de base au développement (minéraux, énergie) et conditionne le bon développement des êtres vivants. Elle est bien ce qui nous transmet les éléments essentiels à toute évolution, et donc ce qui nous relie à la Cause.

          Devons-nous obligatoirement passer par une métamorphose spirituelle ? Peut-être pas ; certains se complaisent dans leur état et n’en demandent pas plus. C’est leur choix, ou leur nature, ce qui laisse penser qu’il pourrait exister une destinée. Nous concernant, nous avons fait un autre choix, hasard peut-être, natures particulières ou concours de circonstances, et avons demandé à être initiés. Dans la Communauté initiatique, c’est par le Vénérable Maître que ces potentialités peuvent émerger de l’Orient, lieu des potentialités créatrices, pour leur donner réalité par l’action de la Loge à travers la mise en œuvre des rituels, en accord avec la Règle. Pour Schwenk, l’eau doit être considérée comme le corps d’un monde de forces qui lui est supérieur. Elle transmet les ordonnances du cosmos à la terre, véritable organe médiateur. La voie de l’eau (voie lente de maturation, d’éveil progressif et d’humilité s’oppose à la voie brève celle du feu. Les deux voies sont forcément liées ; feu aqueux et eau ignée).

          Pour aller plus loin, rien de tel que de considérer l’initiation égyptienne. Elle introduit dans le monde divin, dans l’invisible par la Connaissance (dans ce sens, l’ignorance est bien le principal obstacle). Le terme « bs » signifie secret et « bs(i) » signifie couler à flots, l’introduction dans la Connaissance ; les deux s’écrivent avec le déterminatif du poisson sur les deux jambes en marche (voir schéma).

          C’est la notion de mise en mouvement vers le secret de la Connaissance. La Vie se caractérise par la dynamique. Celle-ci peut se voir sous deux aspects : le mouvement ou l’évolution. Le mouvement est issu de l’application de forces, internes ou externes. L’évolution s’exprime par le changement dans la forme ou la structure des choses. C’est l’être dans les eaux primordiales qui se met en mouvement, qui en émerge, se manifeste, se transforme pour participer de la nature divine ; il peut ainsi agir dans l’invisible comme dans le visible. Il est accueilli par les divinités comme cela est souvent montré sur les parois des tombes et il peut servir le divin. Sortant du monde des apparences, l’initié, de son vivant, entre dans ce que nous nommerions aujourd’hui le paradis, un univers lumineux, transcendant.

          Il y a un paradis terrestre, sans doute celui du jardin des Hespérides, aux confins occidentaux du monde, donc de la manifestation ; et il y a le paradis céleste, inaccessible de notre vivant, l’Orient Éternel qui est décrit ainsi : « Alors la justice créa le beau paradis au-delà de la sphère de la lune et de la sphère du soleil, sur la terre des délices qui est à l’Orient, au milieu des pierres » (Écrit sans titre, Nag Hammadi 110).

          Ainsi, l’initiation ne transforme pas l’individu en autre chose que lui-même mais fait émerger communautairement la nature divine de l’homme (le soi, l’esprit), ordinairement bien cachée ; l’Esprit s’éveille en l’homme. Le frère peut alors exercer sa nature spirituelle et contribuer à faire régner la Règle (Maât) sur terre comme au ciel. Cependant, à la différence des dieux, il doit quotidiennement entretenir et développer cette métamorphose dans un changement permanent, ce que les Égyptiens appelaient « sortir chaque jour à la lumière du jour ». La vie est mutation permanente.

          L’initiation ne change rien au corps mais éveille l’esprit. Ce n’est plus le corps ou l’ego qui dirige mais l’âme qui active l’esprit, ce qui change tout. Alors les portes du paradis s’ouvrent car celui-ci n’est pas fait pour le corps. Certes le paradis n’est pas évoqué dans nos rituels mais il est présent dans toutes les traditions occidentales. Notons qu’en grec, tradition et paradis sont deux mots très proches. Le mot vient du perse « paridaiza », enclos royal d’une splendeur à nulle autre pareille ; il a d’ailleurs donné le mot « parvis » qui, lui, est dans nos rituels. Le paradis est donc l’accès à l’art royal, à la royauté en esprit, au soleil qui réapparaît sans cesse et règne, au règne de la lumière divine sur le monde tel que la saint Jean d’Été le manifeste.

          Pour faire vivre ce jardin, il faut un jardinier pour planter et le métamorphoser. Il maîtrise notamment l’art de la greffe et de la culture qui transforme des semences en roses. Par mutation, les plantes sauvages deviennent des œuvres d’art. C’est un alchimiste, un artisan de la vie en éternité. Tout homme a en fait le devoir de jardiner le monde, de poursuivre l’œuvre de la nature et ainsi de laisser des traces aptes à transmettre l’Esprit. Il s’agit de garder la terre en en prenant soin. Tous les éléments pour créer la vie sont présents dans le jardin. La graine que l’on y plante va connaître le cycle de pourrissement, puis de naissance, reprenant en soi un cycle d’évolution par maturation puis par transformation. Ce jardin est aussi soumis à la lumière solaire et aux cycles lunaires, le tout évoquant une horloge à l’échelle de l’univers. Comme pour l’eau ou le fleuve, le jardinier est un passeur. Ce paradis ou jardin dans lequel il évolue, demande beaucoup d’attention. Il doit le créer, l’entretenir, le faire grandir, en d’autres mots, l’aimer. Son outil est le cordeau, et pour tracer il faut partir d’un point ou d’un centre. C’est un outil de bâtisseur. Un jardin se doit d’être harmonieux et doit être bâti à partir d’une épure. De nombreux monastères ont un jardin, lieu de méditation pour les moines rejoignant en cela les jardins Zen. C’est bien le rôle du jardinier gardien des secrets de la Nature, en capacité de création et d’évolution pour faire perdurer l’Harmonie universelle.

          Le contenu d’un jardin est un lieu d’éveil, celui de nos sens par les odeurs, les couleurs des fleurs, le goût des fruits, les sons qui s’y produisent, et le toucher de l’ensemble de ces éléments. Le vert en est une des couleurs dominantes mais en fonction des saisons les nuances se modifient. Même le minéral est un jardin potentiel. Les jardins Zen ne sont que minéraux et sont construits par des tracés au sol, de lignes courbe ou droite qui accélèrent ou ralentissent le pas, avec des groupes de rochers qui expriment un ordonnancement de l’univers. Ils sont ainsi un espace de contemplation qui propose de quitter la pensée duelle et l’analyse intellectuelle. La vision d’ensemble n’est réalisée que si l’être peut percevoir le jardin d’en haut, à une échelle d’observation qui l’englobe. Cette vision globale des choses, d’un point de vue supérieur et supra-mental, est l’une des bases du Zen. Les maîtres japonais considèrent que les matériaux utilisés dans les jardins Zen ont une importance secondaire. L’élément important est l’attitude d’approche de l’esprit qui interprète ses données essentielles. « Le jardin existe en nous ». Le paradis serait cela, non pas un état auquel nous aurions accédé, mais une dynamique que nous aurions acquise, et qu’il nous faut entretenir au risque de la perdre. Le jardinier, c’est nous ; le paradis, c’est tout le sacré qui nous entoure, que nous devons cultiver tels les composants d’un jardin, et nous devons rester conscients que cette sorte d’idéal dans lequel nous vivons ne dépend que de nous-mêmes. En fait, il est possible que le paradis et son jardinier ne fassent qu’un, qu’ils soient l’image de cette unité que nous recherchons, et qui n’est autre, que la Vie.


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