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I.4.b TRADITION ET HISTOIRE (mystère; idéal; fidélité)

          Le signe du Cancer est en rapport avec le passé. Il s’intéresse à l’histoire soit dans le sens temporel, soit dans le sens des racines voire de la tradition. Il s’attache à transmettre l’esprit de la tradition, l’esprit des ancêtres. Il peut aussi s’intéresser au présent, car l’acte qui se réalise dans le présent dépend de la qualité du passé. De ce fait, le Cancer est aussi en rapport avec le futur, car le futur se nourrit du présent.

          Voyons comment distinguer tradition et histoire puis ce que cela implique sur le plan initiatique. Dans une vision historique, toute chose naît, devient, évolue puis disparaît. Ce qui naît dans le temps meurt dans le temps, ce pourquoi l’histoire ne fait pas vraiment partie de l’initiation, bien qu’elle permette de constituer un trésor initiatique transmissible et en capacité d’éveiller les êtres et de les mettre en état de désir d’initiation. Dans une vision traditionnelle, il est possible de toucher la dimension ultime qu’est la conscience. L’homme doit vivre les deux, l’ultime pour être, et l’historique pour agir et accomplir le devoir, ici et maintenant.

          L’intérêt de l’histoire est de connaître nos racines. Les grecs, par exemple, étaient conscients de devoir à l’Égypte une bonne part de leurs racines culturelles et spirituelles ; cette conscience a duré jusqu’au 17ème siècle puis a peu à peu disparu. L’homme d’aujourd’hui, à cause des progrès matériels bien réels, a tendance à se sentir supérieur aux époques révolues. Mais l’histoire, bien souvent, se dérobe, car ceux qui l’ont vécue ne sont plus là pour en témoigner et corriger nos interprétations. Nous avons tendance à considérer le passé avec notre façon de penser actuelle, bien différente en général de celle de l’époque considérée. De plus, nous sommes trop obsédés par la chronologie et le qui a fait quoi, alors que seule la pensée a une vraie valeur, et non les faits qui se sont évanouis.

          On a tendance à interpréter l’histoire dans le sens du progrès qui ne peut être que matériel et rarement sur le plan de la pensée. Elle devient, sur ces bases, une illusion car elle parle du devenir permanent, alors que l’initiation nous conduit à chercher à entrer dans l’éternité où l’on est déjà ce que l’on veut devenir. Si des Francs-Maçons recherchent des anciens rituels pour les pratiquer à nouveau, ils entrent dans une époque révolue qui n’est plus adaptée. La tradition est vivante et se renouvelle en permanence dans sa forme. L’ancrage ou la référence continuelle à l’histoire sont bien souvent des freins aux évolutions et adaptations nécessaires à la recherche spirituelle.

          Entrer en initiation, c’est vivre un mythe qui nous est transmis à travers la tradition initiatique. Le mythe est une histoire purement symbolique, non expliquée, et par conséquent non interprétée, mais vivante et qui reflète la réalité du monde qui nous entoure, sans lien avec des événements passés ; il nous relie à l’intemporel. L’initié fait sienne cette histoire, pour la faire vivre, mais selon la règle pour ne pas la pervertir. Il la perçoit selon ses propres compréhensions, perceptions et degrés de connaissance. Il en a une vision propre et évolutive car sa connaissance de la réalité de l’univers évolue au fil de son parcours.

          Le mythe se base sur le mystère. Une des origines du mot mystère est « muo », qui signifie parler sans ouvrir la bouche, exprimer un son sourd, inexprimé. Il s’agit bien d’une perception inintelligible au mental. Nous avons conscience de son existence de manière intuitive et symbolique, donc dans sa réelle expression, sans savoir le définir exactement de manière rationnelle. Il est aux bornes inatteignables de la démarche initiatique, à la fois comme phénomène de la création dans son origine, et en finalité comme connaissance des causes, ou retour au Principe créateur en conscience. Cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas tenter de chercher à le découvrir et à le formuler.

          Dès le début de notre démarche, nous vivons dans le mystère en son intégralité. Seule varie la perception que nous en avons, selon les nombres qui nous sont connus, donc selon nos grades. En tenue, chacun transmet sa perception de ce que sont les mystères relativement à son degré de perception, ce qui permet à la Loge d’en formuler l’expression la plus proche de sa réalité possible. Le mystère est accessible à travers les Petits et les Grands Mystères. Les Petits Mystères nous guident vers le sacré, dans le monde créé, terrestre, accessible aux apprentis comme aux compagnons, mais d’une manière limitée. Ils permettent d’ouvrir les portes des fonctions créatrices comme des Lois causales. Les Grands Mystères sont de l’ordre de l’incréé. Vivre les Grands Mystères, c’est basculer d’une existence limitée, temporelle, humaine au monde des potentialités, de l’éternel, de l’esprit.

          Pour vivre la tradition, il faut tenter d’incarner un idéal. La tradition se vit sur deux plans : exotérique et ésotérique.

          Sur le plan exotérique, elle est l’héritage historique que l’on reçoit. Il n’y a là aucun mystère, ce que confirment tous les êtres de bon sens, scientifiques ou philosophes. Il y a simplement des secrets que l’on tente de percer pour savoir comment et pourquoi les anciens pratiquaient une initiation ; l’idéal recherché par ceux qui veulent vivre cette tradition est ce que les anciens pratiquaient ; ils tentent ainsi de leur être fidèles. Cet idéal humain peut être dangereux car il est figé dans l’histoire et peut devenir dogmatique.

          Sur le plan ésotérique, tout change. La tradition n’est plus derrière nous mais devant ; elle est notre présent et nous fait vivre, avancer, naviguer dans l’invisible car elle nous fait pénétrer dans la Connaissance, hors du temps, dans l’instant. Elle transmet, en les actualisant, les mystères par le rite que la communauté initiatique vit pleinement selon sa conscience du moment. Ce rite évolue dans une actualisation nécessaire et permanente à condition de se relier à la tradition universelle, qui, ne l’oublions pas, est incréée. L’idéal que nous cherchons alors à incarner est celui de l’Initié passé à l’Orient éternel, dont le prototype est pour nous le Maître d’œuvre disparu (Hiram pour les francs-maçons), pour d’autres le Christ, pour d’autres encore Osiris. Cet idéal n’a jamais été incarné ; il n’est en aucun cas historique ; le Christ historique n’est sans doute pas le Christ mythique des évangiles. Dès que l’on parle d’histoire, on retombe dans l’exotérisme. Cela n’empêche pas que nous fassions tout pour tenter de l’incarner, de le vivre, ici et maintenant, à travers la Chambre du Milieu. Cet être idéel est le seul moyen pour nous de créer une relation immuable avec le Principe de création, au-delà de nos individualités qui ne font que passer. La tradition est bien notre invariant, mais dans son principe, pas dans sa forme.

          L’incarnation est alors faite des rituels dont les formes peuvent évoluer, mais pas l’esprit, car chacun est écrit dans un but précis tout en étant en cohérence avec le reste du corpus rituel. Ils permettent d’incarner l’Initié idéel, de lui donner chair, ici et maintenant, dans le monde de la manifestation ; cela fait vivre le mystère et fait émerger en nous, et par nous, la connaissance des causes qui nous a été transmise et que nous cherchons à approfondir. Nous devons être acteur du mythe pour entrer en communion avec le Divin. Nous nous imprégnons de la tradition et de ses mystères pour les faire éclore dans la manifestation. En effet, s’imprégner, c’est également porter ou féconder, c’est-à-dire réaliser toutes les phases créatives jusqu’à un terme, et transmettre les potentialités de création à notre tour.

          Ce sont les rituels qui autorisent des chefs d’œuvres remarquables, en capacité de permettre la perception la plus complète de la vie et de ses mystères. Bâtir un tel recueil d’expériences initiatiques, au travers d’une transmission orale née sur les chantiers, permet de créer une tradition de bâtisseurs, de transmettre les valeurs, de percevoir le Divin et de voir l’invisible là où les profanes n’y verraient que des anecdotes ou des faits historiques sans intérêts. Le développement du Temple peut certes varier et son incarnation s’opère dans le temps, dans une historicité ; un style d’architecture appartient au temps car né dans le temps, et aussi magnifique soit-il, il disparaîtra dans le temps. Mais ce qui restera, c’est l’esprit qui a permis cette formulation. C’est pourquoi prendre conscience que l’initiation fait vivre la tradition et nourrit ceux qui la nourrissent en lui faisant offrande de dons de la même nature qu’elle, fait s’inscrire l’ensemble des formulations de la Loge dans une chaîne ininterrompue et évolutive d’expériences et d’adaptations permanentes de la vie en esprit.

          Il résulte de tout cela une fidélité à toute épreuve à la tradition. Il faut se rappeler le serment du néophyte « …Je m’engage à rester fidèle à la Règle de cette Communauté initiatique… ». Chaque frère doit lire régulièrement la Règle et se demander s’il ne manque pas à son serment qui est d’ailleurs renouvelé à chaque Saint Jean d’Hiver. Dans son sermon sur l’assomption de la Vierge, saint Bernard nous dit : « La fidélité est la première qualité requise de ceux qui exercent une charge. Marthe sera fidèle si ses intentions sont pures, c’est-à-dire si elle a en vue l’intérêt de Jésus-Christ, plus que le sien, et si son activité est bien réglée ». Elle est un moyen de cohésion de la Communauté toute entière, dans le sens où elle crée des liens d’amour entre toutes les composantes et fonctions de la Loge initiatique ; elle permet aux fonctions de se reconnaître entre elles et de s’assurer de l’authenticité des intentions. Elle passe donc par la fidélité au Collège des Officiers qui incarne la tradition dans ses deux dimensions, principielle et visible.

          A l’image du mot « Xin », en japonais, qui signifie foi, croyance, confiance, sincérité, fidélité, nous comprenons que la fidélité est la même chose que la foi initiatique ; les frères sont fidèles à l’expression du Grand Architecte qui est la Règle ; sans elle, on s’isole, on se coupe. La tradition se base sur la permanence de cette foi, sur cette fidélité au Divin. Sans elle, comment transmettre sans pervertir le message transmis par le Verbe ? Certes, nous sommes humains, et notre foi ou notre engagement peuvent être ébranlés par notre vie profane ou initiatique, mais chercher à revivre le mythe, à vivre dans le mystère, au sein de la Communauté initiatique, sont des sources d’inspiration pour être en mesure de garder en vue notre devoir de tradition. Notons que selon F.Portal, la couleur bleue est celle de la fidélité ; c’est pourquoi l’espace de manifestation du Temple est entièrement de cette couleur.


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