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I.5.a LA ROYAUTE (l’idéal ; le rayonnement ; la responsabilité)

          La Franche-Maçonnerie a nommé l’initiation Art royal ce qui implique une royauté ; on ne parle pas de roi. Il n’y a pas de roi en loge. La royauté est l’attribut de ceux qui ont percé les Mystères de cet Art et ont trouvé le centre qui se trouve en toute chose. Notre idéal est la royauté en esprit et, quand la loge l’approche, elle commence à rayonner ce qui implique pour elle une responsabilité d’autant plus grande qu’elle est près de son idéal.

          Mais d’abord qu’est-ce qu’un idéal et quel est le nôtre ? Ce mot est souvent défini comme un concept qui n’existe qu’en tant qu’idée, spéculation hors du réel et difficilement réalisable ; une vue de l’esprit donc ! Mais dans le domaine initiatique avoir une « vue de l’esprit », c’est voir en conscience et voir c’est créer.

          La Franc-Maçonnerie parle souvent d’idéal maçonnique avec les expressions suivantes :

  • Le perfectionnement de l’humanité

  • L’amélioration constant de la condition humaine, tant sur les plans spirituel et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel

  • La lutte contre l’ignorance sous toutes ses formes

  • Le bonheur de l’humanité et son émancipation progressive et pacifique

  • La volonté de voir notre comportement de tolérance se propager au monde profane

  • L’instauration d’une fraternité universelle pour la totalité du genre humain.

          Tout ceci est daté, ancré dans le temps. De plus, il est dangereux de déterminer en quoi doit consister le bonheur des autres et les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Le péril est grand de glisser insensiblement de l’idéal vers l’idéologie, de la persuasion à l’obligation, de la bienveillance à la surveillance, de l’empathie à la tyrannie et au fanatisme. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

         Ce côté sociétal est louable, pouvant mener à un perfectionnement, mais il ne saurait être celui d’une démarche initiatique qui peut donner à l’homme, par une royauté intérieure qui est celle de l’esprit, le moyen de dépasser son déterminisme selon l’astrologie sacrée, de prendre conscience de la dimension spirituelle par la géométrie sacrée et de se relier à la Cause par l’alchimie sacrée. Le désir initiatique vers cet idéal peut permettre de l’approcher.

          Notre royauté n’est donc pas temporelle mais peut se pratiquer ; elle est « un stade de perfection où la conscience a élargi son champ de perception jusqu’à l’infini et, en même temps, s’est situé au centre de toute chose » (Le Langage Initiatique des Symboles). L’étymologie ouvre la porte de notre idéal. La racine indo-européenne « weid » a donné le mot grec « widea » dont est issu « idea » signifiant « forme visible d’un concept ». Platon désigna par ce terme les essences immuables du monde intelligible caché sous les apparences du monde sensible. Le mot « druide » est également issu de cette racine et signifie « grand voyant » (celtique wid « voyant » et druwid « voyant puissant »). Tout ceci nous oriente vers la cause plutôt que l’effet, l’unité plutôt que la multiplicité. Notre but n’est pas de changer le genre humain mais de changer notre regard sur la création pour y percevoir le grand Œuvre élaboré par le Grand Architecte de l’Univers où se manifestent la Sagesse, la Force et l’Harmonie. Notre idéal nous plonge dans une dimension qui dépasse l’entendement humain et naît d’un acte de voyance et non d’une construction intellectuelle. Il s’agit d’approcher de la Sagesse et de la Connaissance pour participer à la genèse permanente. Peu importe de les atteindre mais ce qui compte est l’état dans lequel cette quête nous place. L’idée de perfection nous anime tout en étant conscients de notre faiblesse ; nous œuvrons inlassablement et sans impatience. Nos individus entrent dans la conscience communautaire ce qui nous rapproche du Principe universel.

          Rien de tel que la fameuse galette des rois pour approcher symboliquement ce qu’est la royauté. Elle est en forme de disque, en pâte feuilletée couverte d’un quadrillage et une fève y est enfouie. Après le partage, celui qui la trouve devient roi ; donc tous les convives peuvent accéder à ce titre. Le nom n’est pas galette du roi mais des rois ce qui montre qu’il s’agit avant tout de royauté et non que cela ne concerne qu’un être unique. Et chaque année, on tire les rois comme chaque année le Vénérable Maître est élu par la Chambre du Milieu sur proposition de la Chambre des Anciens.

          La pâte feuilletée est essentiellement de la farine et de l’eau, donc du pain (moins le beurre), repliée de nombreuses fois ; la galette est une pierre brute qui est partagée au banquet pour accéder ensemble à la royauté. Les nombreux plis sont le travail et les perceptions démultipliés des frères, matière première essentielle sans laquelle la démarche initiatique ne fonctionne pas ; cette matière première est réunie en un seul disque (le rapport de travaux). Le disque de la galette peut être le royaume avec sa frontière. Cette matérialité est nécessaire car la conception n’existe pas sans son expression en conformité avec la règle ; une œuvre doit aller d’un commencement à un terme. Mais le cercle renvoie aussi à la Chambre du Milieu et à l’Unité retrouvée, et également à la lumière divine (symbole du soleil) comme au concept de base de l’initiation féminine. Le quadrillage porte géométriquement tous les nombres et donc toute la structure de l’univers. Pour Fulcanelli, « elle est couverte de losanges comme une corbeille », symbole féminin de fertilité mais aussi de maîtrise (hiéroglyphe Neb représenté par une corbeille). La royauté est au cœur de tout cela.

          Le Lion est un roi, créateur et destructeur, qui règne sur son royaume en y étendant sa lumière ; Comme le dit Mufasa dans le Roi Lion : « Regarde Simba. Toute cette immensité baignée de lumière est notre royaume ».

          Le symbole du Lion, ce roi des animaux, exprime le courage, la force, la bravoure mais aussi la protection et plus généralement la sagesse, la majesté, l’autorité et la souveraineté. Paré de toutes ces qualités, il est une forme de perfection réalisée. En astrologie, c’est un signe de feu possédant des capacités de rassembleur, en liaison directe avec le soleil et il correspond à la saison de la culmination végétale, à la plénitude du fruit. Sur l’Homme Zodiacal, il prend place sur le plexus solaire. Tout ceci doit s’incarner dans une recherche sans fin et nul ne peut prétendre aller au bout. C’est pourquoi nous parlons de royauté et non de roi qui serait un homme. Le roi, c’est Osiris ou Hiram. Mais il n’est plus là. Le Vénérable Maître n’est pas un roi mais il incarne le principe de royauté en tant qu’intermédiaire entre le Ciel et la Terre. La capacité de rassemblement et de souveraineté est incarnée dans cette fonction qui a pour tâche de faire « naître ce qui est et ce qui n’était pas encore, d’ouvrir la loge, de la diriger dans sa création et de l’éclairer de ses lumières ». C’était Pharaon qui, montant au Ciel, entrainait tout son peuple. Notre méthode initiatique consiste, par le jeu des fonctions où chacun s’intègre, à s’absorber dans la fonction du Vénérable Maître et ainsi dans la fonction de royauté qui peut rayonner. Un être universel est reconstitué. La Communauté initiatique peut alors percevoir le message du Verbe et s’attache à l’accomplissement du devoir. Elle a un guide archétypal qui concrétise notre idéal, qui unit le ciel et la terre, expression du pouvoir temporel et du pouvoir intemporel. Etant dans l’idéel de la règle, du mythe et des rites, il formule l’idéal de vie. Tout ceci malgré les épreuves et les détours, la pire étant la destruction d’une loge.

          La clef reste cependant la règle, concentré de ce que peut accomplir notre idéal. Sans elle, rien ne peut se réaliser en justesse ; elle permet qu’une idée créatrice se mette en œuvre à l’identique de ce que manifeste le Grand Architecte. Un idéal doit sortir de l’incréé pour devenir un témoignage vivant de la création, pour formuler et découvrir le créateur en toutes choses. Cela suppose de se poser des questions de manière vitale et de trouver dans la règle le moyen d’y répondre pour franchir de nouvelles portes. Vivre les questions et écouter les réponses est un art de vivre que les initiés pratiquent depuis la nuit des temps pour percevoir et vivre les mystères ; ils évitent ainsi de conceptualiser ceux-ci en dogmes réducteurs ; ils les mettent au grand jour sous forme de temples et de chefs d’œuvre.

          Cependant, on ne peut oublier que la route est double : roi et reine et que les deux sont solaires (cf. Rê, Isis…). Le mariage alchimique du roi et de la reine, intermédiaires entre le divin et l’humain, est indispensable pour que le Ciel se déverse sur le trône. D’où l’importance d’une initiation féminine jumelée avec une initiation masculine ; la mixité ne semble pas permettre ce mariage car il y a alors confusion entre les deux voies ou absorption de l’une par l’autre. L’aspect féminin est renforcé par le symbolisme de la fève. C’est un symbole de fécondité. En Egypte ancienne, « iour » signifie être enceinte et fève.

          Cet idéal de royauté, bien que communautaire, doit également concerner chaque frère. La fève de la galette est parfois remplacée par un baigneur, bébé symbole de l’embryon, de l’enfant divin. Dans de nombreuses traditions, la fève est un fruit sacrifié dans une offrande et représente alors les enfants à venir, la fécondité future ; c’est donc l’être réalisé en potentialité. Trouver la fève, c’est se préparer à communier avec l’invisible, c’est trouver le divin en soi pour accéder à la royauté en esprit, à devenir un roi mage. Cette fève enfouie dans la galette est une parcelle de divin cachée, source de fécondité spirituelle. La quête initiatique consiste à partir à sa recherche et à la révéler. Les trois rois mages montrent la montée en puissance de cette royauté : le jeune roi est l’Apprenti ; celui dans la force de l’âge accède au métier, au grade de Compagnon, véritable technicien de la voie ; celui d’âge mûr accède à la plénitude de sa fonction. Chaque frère reçoit la lumière divine dans la mesure où il peut y participer à un moment donné, ce qui détermine sa place dans la Communauté initiatique. Tel est l’idéal individuel offert par notre tradition bien loin de tout idéal humaniste. Le frère, né nu dans la loge, demande à grandir. Il est protégé, vêtu, nourri et, ayant reçu dans la crypte la formule V.I.T.R.I.O.L., il peut s’orienter vers l’idéal de la Communauté initiatique. Il commence par se verticaliser, à s’élever pour voir au-delà des apparences. Dans le principe, c’est un enfant royal puisque tous les frères ont la possibilité de vivre la royauté, ici et maintenant. Le frère est un roi en potentialité. Si la royauté est l’apanage de la Chambre du Milieu, elle inspire les Apprentis et Compagnons sur ce que peut et doit être un initié accompli. Si le Vénérable Maître est un roi en équilibre, ceux qui pratiquent les petits mystères sont des rois en devenir.

          Dès lors, la royauté, au plus haut, commence à rayonner. Le Lion, cinquième signe du zodiaque, correspond à la force et au Compagnon. En Egypte, Horus et Seth étaient appelés les deux compagnons, tous deux en quête de la royauté, et s’ils se combattent, ils se complètent également pour protéger la barque solaire. Le feu du Bélier était un feu aveugle et jaillissant ; ici le feu est fixe, dans une force maîtrisée, régulatrice et irradiante de vie, de chaleur, de lumière et d’éclat. Le signe se représente comme montré ci-dessus.

          Intuitivement, le tracé du signe peut évoquer un spermatozoïde, forme de vie agile et jaillissante, utilisant la spirale. Toujours est-il que la fonction du Lion est de révéler le rayonnement de l’œuvre. Une Communauté, quand elle est réellement initiatique, doit rayonner, formuler et transmettre le Verbe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du temple. Mais cela se fait sans calcul, sans objectif, dans l’instant, dans une naissance permanente tout en n’étant pas encore, c’est-à-dire d’une manière immanente et créatrice de toute éternité. « Le Roi est mort, vive le Roi ! » disait-on sous l’ancien régime ce qui signifie que la royauté exerce perpétuellement sa fonction, qu’elle participe du processus de création et qu’elle se réalise au travers d’une œuvre rayonnante. Car s’il s’agit de faire fructifier l’héritage reçu, il faut toujours aller plus loin, dans de nouvelles formes et de nouvelles formulations et non se contenter de ressasser les mêmes choses. Ceci reste vrai dans tous les domaines, y compris une entreprise, un créateur, un navigateur ou, sans doute même, le divin, à la condition de s’appuyer sur les trois Piliers, les Lois Causales.

          Le rayonnement est très souvent représenté par une tête de lion à la crinière flamboyante ou un visage solaire ou une couronne, avec des multiples rayons.

          Cela montre que l’œuvre se renouvelle sans cesse, se déploie et développe ses lignes de force à partir d’un centre créateur. Le temple est le lieu où règne la lumière et le Vénérable Maître agit comme rassembleur de tous les rayons de la communauté. Sa couronne est le point focal de la vision des frères et point de départ des créations communautaires, mais elle est aussi le rassemblement de ce qui est éparpillé dans toutes les directions ; son centre est le point de cohésion du tout à l’image du soleil. Sa place est donc non seulement au sommet de la loge mais également en son centre. L’initié archétypal est centré comme la roue avec son moyeu à partir duquel partent les différentes fonctions (rayons) nécessaires à l’expression de la vie de la loge. La table ronde du Roi Arthur avait la même fonction, au même titre que la table du banquet dans l’espace de transmutation du temple que l’on pourrait dénommer Chambre de l’or, lieu du rayonnement de l’œuvre grâce au partage des nourritures tant spirituelles que matérielles qui redonnent l’énergie de la Connaissance. Cette source d’énergie est le soufre de l’œuvre qui permet à la communauté de rayonner ensuite généreusement. La feuille de lotus qui étale ses pétales à partir de son centre évoque la même chose.

          La couronne d’or, cercle étincelant, enserre le haut du crâne, dégageant une porte, une zone en contact avec l’énergie du ciel. Elle ouvre ainsi le lieu du « Shakra Sabasrara », celui de l’esprit. La tonsure des moines évoque cette porte, facilitant le passage et l’union avec le ciel. Cela fait du roi le chef (tête) alliant les pouvoirs terrestres et spirituels, l’achèvement de l’œuvre qui n’est pas une fin. Le cercle de la couronne, comme celui de l’anneau, implique un centre par lequel passe l’axe du monde.

          Les attributs du pouvoir entre les mains du Vénérable Maître sont le maillet et l’Epée Flamboyante. Les trois symboles (avec la couronne) assurent la synthèse de l’être en tant que corps, âme et esprit et assurent la mise en œuvre du rayonnement. Le maillet, symbole de la volonté de création et de la puissance, matérialise la lumière en tant que symbole sonore. L’Epée Flamboyante transmet cette volonté ; elle est un rayon de lumière en permanence créateur. Il y a une analogie avec le sceptre « hedj », tenu par Pharaon et appelé « illuminatrice », lui permettant de transmettre la lumière à son pays, et même avec le sceptre « héqa » qui lui permet de conduire le peuple et de l’éclairer ou même le flagellum « Nekhekh » qui signifie la protection et la puissance féconde du roi, qui nourrit (matériellement et spirituellement) son peuple. Cette Epée Flamboyante, point de départ de toute vie est indissociable de l’autel car c’est par lui que se diffuse la lumière, par les pierres brute et cubique, par l’œuvre générée par la Communauté, par la joie fraternelle. Ceci est formalisé dans le rituel d’ouverture des travaux par la diffusion de la lumière issue du Delta, passant par le regard du Vénérable Maître, descendant par l’équerre de l’épée de l’Expert et de la canne du Maître des Démarches, permettant l’assemblage des trois Grandes Lumières, le tracé du Tableau de loge, la transmission du Verbe par l’Orateur, l’acclamation écossaise et enfin la chaine d’union. Tous les frères sont alors en capacité de ressentir cette vibration primordiale. Ainsi se transmet la lumière issue de l’Orient ; rendue perceptible, elle peut diffuser dans le monde manifesté.

          Dès lors, le concept de royauté s’exprime par le rayonnement de l’œuvre et implique l’attitude, les actes, les propos, les choix de la loge. La Chambre du Milieu, percevant la pensée du verbe, est non seulement un centre, le moyeu de la roue qu’est la communauté initiatique, mais elle génère les rayons de la roue ; la pensée principielle peut s’étendre dans le monde manifesté et la conscience des frères. Il ne s’agit pas de convaincre mais de témoigner. Sans être hors du monde, la loge abandonne ce qui est futile tout en restant consciente de ses faiblesses humaines qui impliquent humilité et vigilance pour lutter contre les dragons qui peuvent surgir à tout instant. Par la vie de la règle, le devoir, valeur essentielle de toute construction, est toujours perceptible.

          Une belle illustration du rayonnement est visible dans le jardin du château de Versailles qui exprime la nature maîtrisée. Si, avec le signe du Cancer nous pouvions parler du paradis et de son jardinier (le Roi Soleil), avec le signe du Lion nous avons l’expansion du jardin où la nature se diffuse et rayonne. D’ailleurs, les allées du jardin sont comme des rayons et les fontaines sont comme des jaillissements de flamme. L’eau des origines, celles du cancer, jaillit des bouches de crapauds, de tortues ou d’Encélade...

          La royauté est un idéal qui ne peut rayonner que si la communauté initiatique a le sens de la responsabilité. Celle-ci résulte de la prise de conscience de la connaissance des causes et de celle des conséquences, les deux étant intimement liées. Un idéal est vain si on ne l’entre pas dans l’action pour témoigner dans le monde. Maintenir des valeurs, certes, mais surtout les transmettre et former ceux qui, demain, auront à les transmettre à leur tour.

          Le principe de royauté implique une hiérarchie, que tout parte du haut et jamais du bas, pour assurer la prééminence de ce qui est le plus élevé, l’Esprit. Nul ne choisit ses fonctions mais chacun est responsable de la manière de les assumer, par rapport au Grand Architecte, à l’univers, à la Communauté initiatique, à ses frères, à lui-même. Les fonctions dépassent la propre existence de chaque frère et elles doivent toutes vivre en harmonie. Tout initié est responsable de ce qui lui est confié dans les rituels. Il a décidé, librement, en conscience, un jour de s’engager sur le chemin de l’initiation et il doit le faire avec la pleine responsabilité de ce qu’il fait et de ses choix. Quand il agit, il doit savoir pourquoi et alors accomplir son devoir sans doute ni remord ; il y a un temps pour décider et un temps pour agir. La hiérarchie permet d’éviter que chacun juge sa valeur individuelle, ses capacités, et elle empêche que chacun choisisse une fonction selon ses propres critères. Alors, tous les frères œuvrent en cohérence à la prospérité de la Communauté initiatique et au rayonnement de l’œuvre ; chacun est également responsable de l’autre et la chaîne d’union, bras et jambes tendus vers l’autre, traduit déjà un rayonnement dont tous sont responsables. Et tout part du Vénérable Maître, premier serviteur de sa Communauté comme Pharaon était le premier serviteur de son royaume ; gardien et protecteur, il connait la communauté, les forces qui l’animent ; il les régule et les oriente pour obtenir un ensemble harmonieux ; il met de l’ordre. Ce frère, choisi pour incarner la conscience communautaire doit répondre en permanence de tous ses actes qui ont pour seule finalité de transmettre et de faire fructifier la tradition au cœur des chantiers et de tous les témoignages que sont les travaux communautaires. Le plan d’œuvre, véritable offrande au Principe de création, est nourri du travail des frères et le rapport communautaire doit être une illustration de l’expression « rendre la maison à son Maître ».

          « Fais ce que doit et advienne que pourra ». On ne peut transmettre qu’avec la conscience des devoirs et on ne peut avancer sur la voie qu’avec la volonté de donner du chemin à ses pieds en étant responsable des obstacles rencontrés. Cela implique de garder le cap avec fermeté en toutes circonstances, malgré les épreuves. Les serments, régulièrement renouvelés, sont là pour rappeler les engagements et les responsabilités de chacun. L’idéal initiatique nous recrée sans cesse et donne la force de donner le meilleur de nous-mêmes pour formuler des œuvres toujours plus porteuses de lumière et de la parole des Anciens dont nous sommes les dépositaires.

          Tout homme peut un jour se croire maître de lui ou de l’univers et avoir l’ivresse du pouvoir ; ou bien, s’impliquant à fond dans tout ce qu’il entreprend, devient fanatique et jusqu’au-boutiste et donc sectaire. Mais cela ne devrait pas arriver dans une Communauté initiatique, dirigée par une Chambre du Milieu connaissante et où seul la Chambre des Anciens peut proposer le Vénérable Maître. L’affaiblissement voire la destruction de cette Chambre est un signe qui doit alerter tous les frères. Le pouvoir initiatique n’est que ce que l’on peut faire en liaison avec le devoir.

          La tradition est à l’esprit ce que la génétique est à la vie ; ce n’est jamais un dogme ni une finalité mais un moyen d’éveil qui permet de mettre en vibration harmonique des éléments divers. Elle est le moyen d’assembler des matériaux qui sont apportés, offerts puis construits et projetés dans le temps. Les monuments ainsi bâtis s’usent dans le temps mais ils sont sans cesse reconstruits ou repris comme matériaux pour une autre œuvre en fonction des moyens de transmission de notre époque. On ne construit plus de cathédrales de pierre mais elles peuvent toujours s’édifier sous une autre forme comme l’écriture de livres. La royauté est donc un métier qui doit être pleinement vécu ; le latin « ministerium », serviteur, service, indique que nous devons être au service de l’esprit à travers nos frères, nos proches, les autres hommes pour autant que nous soyons entendus, d’où l’importance du témoignage à travers l’œuvre. Ayant conscience que tout être est porteur d’une lumière divine, nous devons témoigner de notre appartenance à l’univers. Tout est donc simple : faire vivre et faire croître cette lumière afin qu’elle participe à l’enrichissement de la conscience universelle.

          Notre art de vivre est royal, mais il concerne bien plus la Communauté initiatique que les individus qui la composent. Puisse le Grand Architecte de l’Univers nous permette de vivre par la règle notre idéal, de rayonner sans objectif par la couronne, d’être responsable de la voie dans tous nos actes.


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