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I.6.a LA PRESERVATION D`UN MILIEU CREATEUR (pureté, fermeté, ordre)

          Commençons par voir le symbolisme fondamental du signe zodiacal de la Vierge. Il se caractérise notamment par la mise en avant de la raison. C’est un signe raisonnable en quelque sorte. Après le Lion Rayonnant, la Vierge Raisonnable préserve la richesse de la récolte pour ne pas la dilapider.

          Ce signe est généralement représenté par une jeune fille tenant un épi de blé à la main. C’est la grecque Déméter (Cérès chez les romains), déesse maternelle de la terre, de la fécondité, des mystères de la vie ; elle enseigna aux hommes la culture du blé mais aussi le labour donc du labeur produit par l’homme.

          Dans la nature, cela correspond à l’aboutissement d’un long processus. Elle permet l’accomplissement du Grand Œuvre en en préservant les germes, notamment l’or solide, le pain, et l’or liquide, le vin. Le grain donne l’épi mur. C’est la saison de la moisson, des récoltes, des vendanges qui fournissent la matière des nourritures du banquet, le pain qui contient toutes les puissances de la vie et le vin, symbole de l’énergie qui donne accès à la Connaissance. Ces nourritures célestes et alchimiques seront partagées autour de la table, lieu de création par excellence.

          C’est aussi à cette période que l’on récolte les grenades. Ce fruit, du latin « granatus », signifie « abondant en grains ». C’est un symbole d’abondance et de fécondité qui disperse son énergie de vie, en relation avec l’énergie primordiale contenue dans les vases Nou sur les deux colonnes du Temple.

          C’est donc le moment où tout se différencie, se particularise. On compte les grains de la récolte. L’élan vital enclenche son déclin. Il s’agit alors d’engranger, de préserver la vie pour qu’elle puisse renaître. Et cette énergie essentielle doit être gardée dans un réceptacle, comme un vase en terre cuite, à disposition pour que la Tradition puisse continuer à s’exprimer.

          Cette Vierge, dans le sens de virginité et de vide, est reliée au symbole de la Veuve, matrice de création qui a le pouvoir d’accoucher des nouveaux êtres. Les maîtres, parce qu’ils sont enfants de la Veuve, peuvent prolonger l’œuvre commencée par la Vierge en moissonnant les fruits qu’elle a produit et en les transmutant. Elle est analogue à la Vierge Marie (Son nom hébreu était Myriam, Merim qui signifie « celle qui élève », ou Mi-Ram, « la question de l’identité qui s’élève à son plus haut niveau ») qui se réfugie à Bethléem (« La maison du pain ») et donne naissance à Jésus. Les astrologues ont toujours attribué la quête de l’identité au signe de la Vierge. Le mythe de Marie est moins celui de la virginité miraculeuse d’une femme enceinte que celle d’une matrice pour un être divin dont l’identité s’élève au plus haut.

          Une semence permet de faire naître à nouveau. La plante est là en potentialité, elle est en sommeil, contenue dans le grain. Le néophyte introduit dans la Crypte est comme une graine qui détient toutes les potentialités pour être créé Frère. Par le rituel d’Initiation, il va être purifié pour que son étincelle divine, le grain pur, soit révélée en pleine lumière. La communauté initiatique est analogue à l’agriculteur qui sépare le grain consommable de l’ivraie toxique.

          Le grain est souvent protégé par une coque ferme qui lui permet d’affronter le temps et les agressions extérieures, comme le corps protège l’âme. Dans les agricultures ancestrales, que l’on peut encore voir en Afrique, les greniers à céréale sont des grands coffres faits de terre, fermés à la lumière extérieure et qui protègent les grains des éléments. Ils préservent la récolte des intempéries et ainsi la subsistance de vie du village. Dans notre communauté, le frère Trésorier, est le gardien du Trésor, de notre grenier. C’est par lui que les nourritures pourront être consommées lors du banquet. Il contrôle l’ouverture et la fermeture du coffre, ce qui entre et ce qui sort. Les Frères contribuent par leurs travaux à ce que Trésor ne soit jamais vide. Cette dynamique de flux et de reflux est primordiale pour qu’une communauté vive dans la permanence du cycle de Vie. Dans le corps de l’Homme Zodiacal, la Vierge est l’intestin qui a pour fonction l’assimilation des nutriments et l’élimination des déchets.

          Fondamentalement, la Vierge préserve donc, nourrit et organise. Cette longue digression nous permet d’aborder le thème de la préservation d’un milieu créateur.

          Qu’est-ce un milieu créateur ? C’est un espace qui entoure, influence et protège une création. C’est donc une matrice, un lieu de l’origine, en lien avec la Veuve (la Vierge). Certes, la création est universelle et se produit partout : c’est la production du Grand Architecte, indissociable de la Veuve. L’univers a été créé mais la création est permanente. Il doit sans doute être préservé localement des négligences humaines mais dans son ensemble il n’a pas besoin d’être protégé. Il s’agit ici d’un lieu où une Communauté initiatique puisse, à l’image du Grand Architecte, développer une création, une œuvre. Pour nous, ce lieu est le Temple couvert, symbole de l’univers. Sans cesse recréé, naissant du chaos par le rite et la Règle, il n’est pas tant physique que hors du temps et de l’espace, au contact de l’énergie principielle qu’est l’incréé. Il nous mène dans l’invisible, en présence des Frères passés à l’Orient éternel qui continuent à œuvrer à nos côtés, à nous guider. A chacun d’accepter d’aller sans cesse vers lui, d’abandonner régulièrement la rive de son quotidien pour passer de l’autre côté. Rappelons le rituel de consécration du temple : « Paix à cette demeure d’initiation. Que le Grand Architecte y trouve le milieu juste ». Le mot milieu a aussi le sens de centre ; ce point est alors la manifestation du lieu où se transmet la lumière ; il est le centre de la création, ce que devrait être tout temple.

          La formulation du sujet suggère qu’il y a trois moyens de le préserver : la pureté car tout ce qui y entre doit être pur ; la fermeté parce qu’il doit être hermétiquement clos ; l’ordre car la Règle doit y régner.

          Le concept de préservation est très présent dans nos rituels :

  • La main de l’Expert guide le postulant et le préserve de tout danger.

  • Les Initiés passés à l’Orient Eternel ont veillé à la préservation du Feu de la Sagesse ; les frères désirent préserver ce Feu qui est leur nourriture.

  • Chaque office détient le secret d’une métamorphose qu’il doit préserver pour le transmettre.

  • Les Maîtres doivent préserver le moment du banquet où l’amour fraternel se révèle dans toute sa gloire.

  • Que de mort, d’angoisse et de déshonneur ce temple soit gardé.

          Si l’on se place de notre point de vue de frères, il s’agit, à travers ces quelques citations, de conserver longtemps l’énergie créatrice qui jaillit du temple, ce fil ténu qui relie l’homme au cosmos (qui signifie ordre), pour sauvegarder, respecter et prolonger la formulation de l’initiation, ce qui est impossible sans la Veuve. A nous de savoir conserver la pureté de la Tradition initiatique et donc de son essence, le Verbe. Selon le viatique, la Tradition initiatique est « la permanence des voies d’accomplissement et de transmission de toutes les formes sacrées de la vie ».

          Commençons donc par la pureté, aspect Sagesse du sujet de ce chapitre, et étroitement lié au concept de virginité. Cette qualité est féminine car seule la femme est porteuse de l’hymen qui protège la mandorle, lieu de création. La pureté est cachée par un voile, celui d’Isis, que nul humain ne peut soulever. Elle n’est pas dans la séparation d’avec l’impur puisque tout est lié dans l’univers ; la séparation est la mort. Le chrétien se purifie par l’eau bénite en entrant dans l’église. Nous préférons nous décharger de nos métaux en attouchant le tronc des offrandes puis ceux-ci entreront communautairement dans le temple. Il n’y a rien à éliminer en soi mais tout à offrir. Il s’agit simplement d’empêcher la souillure du temple que serait le refus de donner ; cela est vérifié à la fin de la tenue quand nous effleurons le tronc de la Veuve : on prouve ainsi qu’aucune mentalité profane n’a souillé l’égrégore, que nous ne vivons pas mécaniquement l’initiation, que ce qui sort de notre bouche ne souille pas, que nous vivons dans le don et par amour. Rien n’est impur par nature mais tout est pur qui est à sa place. Le dépouillement n’est pas une suppression mais une mise en ordre et c’est pourquoi nous sommes à l’ordre dans le temple et que nos tabliers portent du blanc, couleur de la pureté de la lumière éternelle, de celle de la vie. Ainsi nous pouvons avoir une pureté d’intention qui porte à vouloir aller dans le sens de l’Esprit.

          Le rituel d’initiation est un rituel de purification qui fait renaître à la pureté de l’enfance. L’homme perd de vue sa lumière originelle avec le temps et les épreuves de l’existence. Mais l’on n’est pas initié à vie et la pureté peut se perdre. Au temps des bâtisseurs, on avait l’habitude d’examiner les mains, reflets de la pureté de l’être, pour inciter à l’entretenir et à travailler infatigablement sur la conscience. L’humain est fragile.

          Tout cela nécessite le processus alchimique de la Maîtrise. L’Apprenti ne peut donc s’exprimer dans le temple et le Compagnon ne peut y décider. Il faut une élévation progressive par une série de sublimation jusqu’à la couleur pourpre (et non simplement rouge) : purpurea, pur du pur (même si l’étymologie n’est pas très bonne). Ainsi le Feu peut-il rendre pur l’impur et le tronc de la Veuve peut revenir pur et sans tache après avoir été effleuré par tous les frères présents (et pas simplement les maîtres de la loge) ; cela témoigne que la matrice de création a été préservée et est toujours efficace.

          La fermeté, aspect Force du chapitre, est indispensable pour que chacun reste à sa place et l’occupe au mieux, quoiqu’il arrive, en allant jusqu’au bout des forces si nécessaire. Souvenons-nous que, dès le début, il est indiqué que l’initiation requiert toute la fermeté dont un homme puisse être capable et l’impétrant prend la résolution ferme et sincère de remplir son devoir. Cet engagement est renouvelé chaque année. Notre voie est une voie de guerrier, contre soi-même avec l’aide des frères, contre les tendances naturelles qui pourraient nous éloigner du temple, contre les facilités de l’existence, contre les excuses que l’on se donne. De là vient le symbole de la maîtrise du dragon ou du serpent qui sont les puissances créatrices de l’univers. C’est tout autant saint Georges ou saint Michel que la Vierge.

          Celle-ci est cette fermeté douce représentée dans la lame du tarot représentée ci-haut.

          La Vierge est le sixième signe du zodiaque. Ce Nombre est celui du sceau de Salomon, l’étoile à six branches qui formule l’union du ciel et de la terre par l’assemblage d’un triangle pointe en haut et d’un pointe en bas ; le Six les maintient fermement ensemble, non comme opposés mais comme complémentaires. Pour la même raison, le Couvreur est double : l’intérieur qui se nomme « intuition » et l’extérieur qui se nomme « Verbe ». Inflexible gardien du seuil, il veille sur l’espace sacré. Il garde fermement les portes, ne laissant entrer que des hommes de devoir et de Connaissance et ne laissant sortir que ceux qui ont accompli un travail authentique. La préservation est dans les deux sens ; le milieu créateur n’est efficace que s’il est capable d’ensemencer l’extérieur. L’absence de fermeté mène au désordre.

          Le symbole de la Vierge met en lumière l’ordre des choses qui régit l’univers, aspect Harmonie du chapitre. Dans les sociétés traditionnelles anciennes, le matriarcat était le fondement sociétal. Les mères, et non les femmes, organisaient la vie du clan en élisant les chefs et les juges ; elles étaient donc garantes de ceux qui faisaient régner l’ordre. Plus largement, la mère était celle qui était garante du foyer et de l’ordre qui y règne. En Egypte, la première formulation de la Vierge est Maât, à la fois mère de Rê, sa fille et son épouse, sœur mystique de Pharaon. Elle est la déesse de l’ordre, de l’équilibre du monde, de l’équité, de la paix, de la vérité, de la justice, de la norme universelle ; elle est l’ordre qui fait se conformer avec la loi divine et qui fait que le monde fonctionne harmonieusement. C’est pourquoi le premier devoir du Vénérable Maître est de faire que la Règle soit l’axe de vie autour duquel tout s’organise en loge.

          L’ordre symbolise le cycle de la vie : naissance, mort, résurrection. Le grain fait éclore l’épi de blé qui donne la farine et le pain, qui donne l’énergie de vie. Et en consommant le pain, nous consommons dans un sens l’ordre des choses en nous y inscrivant en conscience.

          Ce sont les Nombres qui ordonnent l’univers. Le temple est organisé. Il est protégé et structuré par la corde à treize nœuds et douze espaces. Les douze Nombres créateurs sont en place et forment une enceinte. Le mot grec « cosmos » signifie à la fois univers, bon ordre, harmonieuse ordonnance de l’univers, mais aussi l’ornement d’une femme, sa parure et donc sa beauté. Ce qui est ordonné est beau. La science moderne nous apprend que la vie créée de l’ordre alors que ce qui est inerte est entropique. Le problème est que l’homme est capable de mettre du désordre, de détruire. Le temple doit donc en être préservé et régulé pour que l’ordre y règne, que la vie s’y développe harmonieusement, que la création y soit possible. En nous soumettant librement à la Règle, nous pouvons vivre ici-bas une vraie spiritualité comme les communautés religieuses du moyen âge. La purification a été faite mais ne suffit pas ; il faut être à l’ordre dans le temple, chacun selon les Nombres qui lui sont connus pour mettre « en harmonie nos idées, nos sentiments et notre comportement avec l’universel et l’éternel ». Le sanscrit « rita » signifie ordre. Le rite, par la mise en œuvre des fonctions de création, est notre moyen de dépasser nos faiblesses humaines. Et n’oublions pas qu’un autre nom de l’ordre est celui de Règle. En Inde, c’est le Dharma, ce qui fait tenir l’univers, la loi naturelle.

          La prise de conscience de la pureté, de la fermeté et de l’ordre demande de connaître leurs contraires et de savoir en tirer parti. Tout cela nous renvoie sans cesse à la Veuve. Elle ne peut perdre sa virginité, et un milieu créateur est toujours en capacité de donner la vie si chaque être et chaque chose sont à leur place. Elle est vierge, éternellement pure, ferme dans son action (cf. la reconnaissance intraitable qu’elle effectue à la fin de nos travaux) et éternellement enceinte pour donner naissance aux fils de la lumière. Elle est la matrice de tout lieu créateur. Celui-ci, bien préservé, peut ensemencer le monde, tel le blé ou la grenade : l’œuvre peut se concrétiser et donner de quoi semer pour une prochaine moisson.


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