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I.7.a LA JUSTESSE (juste milieu; équilibre; harmonie)

Le signe de la Balance :

          Le mot Balance vient du latin « bilanx » qui se traduit par deux plateaux. Le symbole des deux plateaux égalisés par la balance symbolise à la fois un rapport d’équilibre entre deux poids, une opposition des contraires et aussi une association des complémentaires.

          La scène bien connue de la psychostasie ou pesée de l’âme montre l’équilibre que doit avoir le cœur-conscience du défunt avec la plume de Maât.

 

Le signe de la Balance et le Mythe de création :

          Il est possible d’aborder ce signe par le mythe d’Osiris qui est à l’origine de notre mythe. Un passage des Textes des sarcophages rapproche le nom d’Anubis du mot inp « putréfaction ». Ceci est peu commun et semble être une indication pour orienter le lecteur sur une des grandes fonctions d’Anubis. En effet, ce mot est en rapport direct avec les mots irpou (« vin ») et repou (« fermentation »). Anubis est celui qui veille à la justesse de la balance, celui qui préside au passage vers l’au-delà et à l’embaument. Celui qui permet de mettre ce qui était mortel dans un équilibre éternel est donc aussi celui de la putréfaction ou de la fermentation selon le cas. La putréfaction est l’heure du jugement; celui qui était n’est plus en tant qu’être différencié mais est dissout dans le "grand tout"; il en devient une partie.

          Le début de l’automne annonce les prémices de la putréfaction dans le sol de ce qui n’a pas été gardé après les moissons, et de la fermentation qui va amener à la naissance d’une nouvelle vie. Durant cette période le raisin va devenir par la fermentation une nourriture de vie en tant que vin « irpou » et le grain en fera de même pour permettre la fabrication de la bière ou celle du pain. Ici commence la fabrication de la nourriture des œuvrants, mais aussi celle de leur salaire, les ouvriers en Égypte ancienne étant payés en pain et en bière. Ce salaire sera la source d’harmonie dans la Loge car indicateur de la juste place de chacun.

 

Définition de la justesse :

          Le concept égyptien de Maât est sans doute ce qui s’en rapproche le plus. Elle est la compagne de Ré, la lumière divine, et représente l’ordre qui régit la création. La justesse, en tant que loi divine, fût donc exprimée par Maât en Égypte, puis par Thémis chez les Grecs et enfin par Iustice chez les romains. Il est intéressant de noter ici que les déesses Thémis et Artémis sont liées étymologiquement, Artémis voulant dire « la régente de la loi de l’ourse » soit la grande ourse, constellation autour de laquelle le ciel s’organise, la justesse du ciel.

          Le mot justesse, tout comme le mot justice, a pour origine la racine latine « jus » qui porte l’idée « qui a force de loi ». Mais les deux ne doivent pas être confondus, la justice étant un principe moral, donc qui concerne la loi morale, qui concerne les hommes en général, dans un cadre de vie profane. La justesse relève de l’exactitude, de la précision, de la conformité à une réalité. C’est la qualité de ce qui s’adapte exactement. Elle est plus adapté à une vie sacrée, autrement dit en relation avec le Divin, dans le cadre et dans un souci d’architecture universelle. L’exactitude, ce sera suivre avec application ce qui anime et garantit le sacré, notamment le rituel que nous devons vivre d’une façon rigoureuse, non pas pour la forme, mais pour la profondeur.

 

Ce qu’est la justesse sur le plan de l’humain :

          En Égypte, lors de la psychostasie, si l’âme du défunt était lourde, elle ne pouvait pas passer et était donné comme nourriture à « La Dévorante » qui portait le nom d’Ammout. C’était une créature hybride à tête de crocodile, au torse et aux pattes avant de lion et à l’arrière train d’hippopotame. Cette Bête n’anéantissait pas l’âme mais la remettait plutôt dans son lieu originel, d’où sans doute, la croyance en la métempsychose développée par les Grecs et à la vision de l’Enfer formulée par les Chrétiens.

          Pour éviter cela, Ischa Schwaller de Lubicz indique que : « l’harmonie est un jeu de balance continuel entre l’égoïsme du moi et l’altruisme du Soi… le Cœur peut seul réaliser cet équilibre, du fait de sa position intermédiaire entre le temporel et l’intemporel. Or, pour obtenir cette abnégation du moi, il faut pouvoir lui offrir une compensation. Cette compensation ne peut être qu’une joie supérieure à ses petites joies égoïstes. Cette joie est la lumière qui éclaire chaque nouvelle étape du chemin » (L’ouverture du chemin).

 

Ce qu’est la justesse sur le plan de la Loge :

          En Loge, le rituel précise que les frères doivent être à leur juste place, tant pour les fonctions que pour les autres frères présents sur les colonnes du Midi, notamment les compagnons, ou ceux sur le Septentrion, notamment les apprentis. Ceci est d’ailleurs vérifié lors de la mise à l’ordre durant le passage des deux surveillants. De plus, « Pour qu’une Loge soit juste et parfaite, il faut que TROIS la dirigent, CINQ l’éclairent, NEUF la rendent juste et parfaite », nous dit le viatique. La Loge est l’image de l’Univers qui par son essence est juste et parfait. Selon le Neuf, le Grand Architecte de l’Univers y trouve le milieu juste ; c’est le temple, la demeure d’Initiation.

          La Loge et ce qui s’y vit doivent être ajustés au temps, au lieu et aux êtres qui constituent la Communauté initiatique si celle-ci veut vivre en harmonie avec elle-même et hors d’elle-même. Ce temps est précisé par le Secrétaire : « Harmonise les faisceaux de lumière dispersés ; fais croître les virtualités et donne le sens du moment juste… Ta plume, puisant son inspiration dans la lumière lunaire te permettra de transmettre la formulation juste qui fera rayonner le secret de l’atelier ». Ce moment juste est essentiel : « Toute pluie, même légère, est malvenue hors de saison » (saint Bernard) ; « Qui se dépêche s’approche de la mort par devant (le devenir) ; qui tarde s’approche de la mort par derrière (le passé) ; entre les deux, l’éternité… L’acte fait à temps est l’acte hors du temps » (Dialogue avec l’ange). Ainsi, le geste juste dans le milieu juste et au moment juste exerce la Magie sacrée et nous libère du temps comme de l’espace.

          Dès lors, on peut parler de l’homme juste, celui dont le rituel d’Initiation indique qu’il est toujours courageux s’il place sa confiance dans le Principe. C’est ce que dit autrement la Bible (Hebr X, 38) : « Or mon juste vivra par la foi » (« fides », foi, confiance). Alors, ses paroles et ses actions ne témoigneront pas contre lui au moment du jugement de la balance.

 

Ce qu’est la justesse sur le plan du Frère :

          Sur le plan de la fraternité, elle est la vérité, l’authenticité, l’ordre, la droiture. Pour notre Loge, elle est la Règle. Le Vénérable maître installe ainsi le Frère Orateur dans sa fonction : « Préserve la Loi et la Règle cosmique, humaine et matérielle dont dépend l’harmonie de la loge ; veille à ce que s’exprime la justesse initiatique, au-delà de la justice des hommes ». Pour cela la justesse implique le devoir, que l’action soit adaptée à son objectif. La pensée doit être en conformité avec la parole et la parole avec l’acte. L’action possède alors une force créatrice en harmonie avec les forces constructives de l’univers. Là est le rôle du maître d’œuvre. Wu Tsu, en Chine précise : « Ce qu’on appelle la voie juste, c’est le retour aux principes essentiels ; la justesse, c’est ce qui fait progresser les choses et établit le mérite ». L’initié doit mener son action vers le centre, vers le milieu. Il faut viser dans le mille, suivre le chemin de vie qui mène vers l’origine. Et comme nous dit le viatique : «  Seule la communauté initiatique peut conduire l’Apprenti à prendre conscience de ses justes potentialités ». Ces justes potentialités vont équilibrer la part d’homme conscient avec la part divine cachée en lui. Un apprenti apprend à axer son existence sur le centre universel qu’est sa part divine pour s’intégrer dans la communauté initiatique. Il le fait en suivant le symbole du fil à plomb incarné par le Second Surveillant qui donne l’axe d’équilibre entre la terre et le ciel pour aller vers le haut, pour se redresser. Ce Viatique précise également  : « Pourquoi le rituel nous fait-il obligation de nous informer de l’heure ? Parce que l’Initié doit toujours être conscient de l’acte juste au moment juste ».

          L’initié doit se mettre en harmonie avec ce qui l’entoure ; il soigne ses relations avec l’univers pour être en équilibre avec l’ordre du monde. Cet équilibre est dynamique dans une oscillation autour du juste milieu, car s’il était fixe, un rien le ferait tomber. Dès qu’un excès arrive, il est contrebalancé et une stabilité dynamique est assurée. « Le sage évite tout excès, tout extrême et toute extravagance » (Tao 29). Bouddha rajoute qu’il faut suivre le chemin du milieu, loin des extrêmes que sont la poursuite du plaisir et l’observance de strictes pénitences ; il préconise le sentier octuple : opinion juste, intention juste, expression juste, activité juste, moyens de subsistance justes, effort juste, attention juste, concentration juste.


La construction géométrique de la justesse :

          La justesse est géométrique : elle est une proportion, c’est-à-dire l’assemblage harmonieux de deux rapports, leur équilibre. Le Compagnon,qui a appris comme Apprenti à relier les choses, en recherche les justes rapports. Mais le juste milieu n’est pas le milieu arithmétique entre deux choses, l’intermédiaire par exemple entre le chaud et le froid, donc le tiède. Ce troisième terme qui dépasse la dualité est une proportion, si possible divine.

          Lorsque l’on pense au juste milieu, on pense au point d’équilibre permettant à une construction complexe d’être dans un état stable. Aristote nous dit : « De tout ouvrage convenablement exécuté, on ne peut rien lui enlever, ni rien lui ajouter ; toute addition et toute suppression ne pouvant que lui enlever de sa perfection et cet équilibre parfait la conservant ». Par exemple, on peut le voir dans le monde manifesté avec des formes assez impressionnantes que sont les assemblages de pierres en équilibre parfait (exemple dans l’image ci-dessus). Ces assemblages qui semblent instables, qui devraient ne pas être possibles, tiennent pourtant parfaitement avec des éléments non-préparés, non-taillés. Avec des pierres préparées, ajustées, la construction y gagne en potentiel, en force et en solidité comme avec les clefs de voûte.

          Cet état stable n’est pas une stabilité statique avec absence d’énergie. Un ensemble d’énergies intenses traverse une loge, particulièrement pendant les tenues. Cet équilibre est dynamique, toujours recommencé et toujours adapté au moment présent. C’est une des raisons pour lesquelles les rites et rituels doivent être toujours et encore modifiés pour s’adapter à ici et maintenant. Chaque office doit être totalement investi par ceux qui en sont porteurs ; ainsi, ils insufflent la vie à leur fonction, lui donnant force et vigueur. L’énergie circule entre eux et ainsi participe à cet équilibre dynamique qui ne peut viser autre chose que la mise en cohérence avec la Règle.

          Tous les éléments de la Loge sont en lien entre eux, comme tout ce qui est à l’extérieur lui est lié. Ainsi la communauté voyage dans l’invisible lors des tenues mais elle reste ancrée dans le temps et l’espace d’où elle opère. Elle relie en fait son « ici et maintenant » avec l’universel et l’éternel, tissant un nœud, une maille, une chaîne d’union, entre l’espace de manifestation (le lieu où se trouvent les frères) et l’Orient (où se trouve le Vénérable Maître). Elle donne corps à une réalité en accord avec la Règle vécue pleinement, en harmonie et en justesse.


Les outils de formulation de la justesse :

          Le Compas en est l’outil de base car il sert à déterminer et reporter des mesures. Le Niveau a un rapport avec la balance qui, traditionnellement, a deux plateaux qui doivent s’équilibrer. C’est la pesée égyptienne des âmes et celle que l’on voit sur les façades de nos cathédrales. L’univers persiste par son équilibre que l’on nomme harmonie. C’est tout le sens du Mystère qu’on ne peut comprendre mais qu’on peut vivre avec un sens profond de l’équilibre. Six est le Nombre de cet équilibre, formalisé géométriquement par l’étoile à six branches, double delta inversé, lien Terre/Ciel, le sceau du monde manifestant la loi de l’équilibre. Notons qu’il faut deux traits pour la tracer, antagonisme de deux actions qu’il faut relier, équilibrer, ou encore l’harmonisation de l’action et de la réaction. Précisons qu’en hébreu, Six signifie également égalité, équilibre, convenance, proportion parfaite.


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