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I.7.b LE CHOIX (authenticité, rectitude, fixation)

         Le signe de la Balance est celui de la pesée des âmes. La balance est l’outil de la pesée, et dans la psychostasie égyptienne, l’âme est mise en présence de la plume de Maât ; Maât, en Égypte ancienne, est la clef de ce signe. Son jugement permet l’ouverture de la porte de l’au-delà pour donner accès aux beaux chemins de l’éternité où vivent les justifiés mais aussi sur le lieu de la régénération solaire durant les heures de la nuit. Elle apprécie ce qu’a accompli l’âme qui a toujours le choix dans ses décisions. Elle évalue si l’être a été authentique, a agi en rectitude et s’il a su se fixer harmonieusement dans ses choix.

          Nous nous plaçons ici sur le plan de l’initié. En effet, le profane s’intéresse peu à l’âme mais plutôt au corps (ce qu’on aime, ce qu’on désire, les opinions à conséquences corporelles, les problèmes existentiels…). Ses résolutions sont fortement déterminées avec une liberté bien peu réelle. Le fameux libre-arbitre est bien faible car c’est l’ego qui décide en se cachant sous une pseudo raison. Schopenhauer précise : « L’homme peut certes faire ce qu’il veut, mais il ne peut pas vouloir ce qu’il veut ».

          Les véritables décisions de tout homme consistent, en permanence, soit à suivre ses instincts, ses envies, soit d’éveiller sa conscience pour vivre la création en y participant. Cela concerne donc son âme et nécessite un engagement total, l’acceptation d’une règle, l’apprentissage des lois d’Harmonie pour trouver sa juste place dans l’univers et l’occuper. Cela passe, en occident en tout cas, par l’initiation.

          Mais, à un moment, il n’y aura plus de retour possible ; le rituel est clair : « Si travailler à ton intégration dans la Communauté te parait au-dessus de tes forces, il est temps encore ; tu peux te retirer… S’il te restait quelque hésitation, tu es encore libre de te retirer. Mais je t’avertis, bientôt tu ne le pourras plus ». Le choix est définitivement fait, non pas qu’on ne puisse changer de Communauté initiatique mais quitter la voie est une mort spirituelle.

          Choisir est donc un renoncement. L’initié, dès qu’il perçoit en lui sa parcelle de lumière, décide de s’engager sur la voie. Il met de côté toute une partie de son existence sans pouvoir changer sa nature profonde issue de son thème astral. Renoncer, c’est se décider à ne plus vivre selon ce qui est artificiel et qui est l’apanage du monde extérieur, du monde profane dans lequel nous continuons à vivre de toute manière. C’est être dans ce monde sans être de ce monde. Cela n’est possible que par une prise de conscience par le cœur, par l’intuition mais pas toujours en connaissance de cause. En effet, les épreuves ne sont pas toujours connues à l’avance. Pouvons nous vraiment dire que nous avions au préalable tous les éléments en main ?

          Le mot choix vient du germain « kausjan », éprouver, goûter, mots bien initiatiques. Éprouver, c’est ressentir en soi une sensibilité à l’absolu. Cela se construit et ouvre au jeu de la maîtrise. Mais c’est en même temps mettre à l’épreuve, essayer avec le droit à l’erreur qui est toujours formatrice. Par exemple, pour faire le rapport d’une tenue de travail, le plus difficile consiste dans le choix du plan : le laisser venir par intuition et voir ensuite, par la raison, si l’ensemble des idées émises par les frères entrent dans ce plan d’une manière équilibrée ; sinon, il faut en changer. On choisit donc les solutions, non pas par la raison, pour comprendre, mais en éprouvant (la mise à l’épreuve) et en « entendant ce que proclame le devoir ».

          Toutes ces difficultés font qu’il est nécessaire de renouveler chaque année, lors de la Saint Jean d’hiver, notre serment, notre décision initiale et tout ce qu’elle a entraîné. Ainsi se construit une démarche libre, dans le respect de la Règle et des serments formulés. Elle a amené l’initié à ne plus se soumettre à des volontés ou décision externes, liées à des conventions sociales, culturelles ou religieuses, mais à vivre en soi chaque chose pour essayer d’en percevoir ce qui est harmonieux ou non, plutôt qu’à chercher ce qui est bien ou mal, légal ou illégal, convenable ou inconvenable. C’est donc en recentrant la perception des choses et notre cohérence avec l’Univers que nous basculons d’une approche de contraintes externes limitatives et frustrantes vers une harmonisation de l’être.

          C’est d’ailleurs le sens de l’origine de la notion d’authenticité, qui implique de faire les choses par soi-même, non par les autres, et non conditionnées par quelqu’un ou quelque chose d’autre. Ainsi, l’Initiation nous montre la voie pour construire notre propre voie, et orienter notre action dans la réalisation de l’œuvre communautaire.

          L’authenticité est indispensable pour peu se tromper et être efficace. Étymologiquement, ce mot provient du latin « authenticus » qui provient lui-même du grec ancien « authentikós » qui correspond à : « se détermine par sa propre autorité ». Considérée depuis l’antiquité comme une vertu par les philosophes, l’authenticité est, d’après Oscar Brenifier, « liée au courage, à la ténacité, à la volonté, en opposition à la velléité et la complaisance de l’opinion. Elle est sans doute une des formes premières de la vérité, que nous nommerions vérité singulière ou vérité de l’être. C’est l’être tout entier, sous sa forme singulière, qui en est le vecteur et le substrat, et non pas quelque simple discours ». Il s’agit bien de s’engager en vérité, que cela soit pour le frère lui-même ou pour la Communauté initiatique. Il est dit dans un rituel : «  C’est pourquoi nous travaillons ensemble et sans relâche pour que nos cœurs s’élèvent en fraternité et qu’une authentique communion nous permette de dépasser nos limites et nos particularismes ». L’authenticité est la capacité des êtres à se montrer sans travers, ni faux-semblants, tels qu’ils sont selon leur véritable nature, ce qui exclut le mensonge et la dissimulation. C’est donc être soi-même ce qui n’est possible que dans la mesure où l’on s’est libéré de la tyrannie de l’ego, de tout ce qui dit : « moi », et même « je » (cf. « Êtes-vous initié ? », « Mes frères Maîtres et Compagnons me reconnaissent comme tel »). Selon l’Évangile de Philippe  : « Les êtres authentiques sont ce qu’ils sont depuis toujours et ce qu’ils engendrent est authentique ; c’est simplement devenir ce qu’on est ». Encore faut-il ne pas se tromper sur ce que l’on est. C’est le regard des frères qui juge des dons ou défauts ; l’initié se laisse installer dans les fonctions qui lui sont confiées avec les devoirs qu’elles entraînent et qu’il assume au mieux ; ses choix ne concernent donc que la manière d’exercer ces fonctions. Il s’agit de la candeur, de la qualité d’une âme qui ne se cache pas, sans défiance pour s’offrir au Principe de création et pour Sa plus grande gloire. Mais attention ! Cela ne concerne que la vie dans le temple et non dans le monde profane où la prudence s’impose ; l’initié ne doit pas être suicidaire.

          Voilà donc une qualité nécessaire et indispensable pour que la communion entre les initiés puisse s’installer et se réaliser, et ainsi permettre la mise en évidence de leur parcelle divine ainsi que la libération du cœur-conscience. En effet, la voie initiatique demande aux initiés de mettre en avant leur sensibilité vraie au travers d’un dépassement de soi et d’une attitude faite de sincérité, de transparence et de rectitude, mais aussi de prise de conscience des potentialités. Cela s’appelle « faire Maât » et ce type de comportement permet l’élimination progressive de notre gangue de dogmes et de certitudes, ainsi que l’éveil de notre sensibilité initiatique. Il s’agit là d’une posture dynamique, qui engage l’initié et qui exige de lui une écoute permanente de ses frères comme de l’univers en son entier. C’est s’engager en vérité.

          Cependant l’être tout entier, pour nous, est aussi bien évidemment la communauté qui ne discourt pas mais travaille dans l’harmonie. Son absence entraînerait obligatoirement un déséquilibre.

          Dès lors, le frère peut agir en rectitude. Hildegarde de Bingen parle de la candeur de la rectitude. Celle-ci va avec la droiture, qualité de ce qui est droit et correspondant à la perpendiculaire. Les deux sont essentiels pour un initié. Cela doit se retrouver dans la pratique du travail en loge. Lorsque le frère se met à genou, apparaît l’équerre qui est l’angle de la rectitude, représentatif de la Règle de la communauté. Le frère qui sait prendre cette position incarne cet angle. Il est plein de rectitude au cœur du divin ; il est droit, cohérent, conforme à la Règle à laquelle il se soumet. Il est un homme debout, un homme de tenue. Ses choix s’inspirent de la Règle et sont donc cohérents.

          Celle-ci lui demande d’avoir une pensée ternaire qui permet de ne pas tomber dans des choix binaires, en recherchant une complémentarité et une dynamique harmonieuse. Tout cela passe forcément par l’intégration de la Règle en soi et de son application à tous les niveaux de son existence. En agissant ainsi, on peut même penser qu’il ne s’agit plus de choix, mais de percevoir la voie la plus harmonieuse. On vit une démarche de cohérence pro-active, alors que le choix d’une solution opposée à une autre nous amène à subir la décision prise. Bien souvent, la recherche du troisième terme passera par l’intuition plus que par une approche intellectuelle. Cette intégration de la Règle dans nos choix renforce leur portée et les ancre en nous.

          Une fois les décisions prises, cela définit un axe, une orientation, et nous devons tendre à rester constant par rapport à elle, même si le chemin nous amène parfois à faire un pas de côté ; nous devons revenir dans cet axe. Et s’orienter, c’est se fixer, se déterminer par rapport à une référence particulière. Il nous faut donc un point fixe comme l’étoile. C’est aussi ainsi que l’on se construit, ou que l’on construit une œuvre. Celle-ci ne peut s’édifier de manière pérenne sur des bases mouvantes. Un initié n’est pas une girouette, dominée par le doute qui fait hésiter puis changer de décision. Fixation ne veut pas dire immobile. Savoir s’orienter, signifie pouvoir se fixer un but, une action. Mais il faut rester attentif. En effet tout dogme, toute certitude, toute pensée qui n’a pas été éprouvée, purifiée et passée au crible de l’unanimité et de la Règle communautaire, sont autant d’occasion d’ancrer le raisonnement des êtres dans les méandres de la rationalité, de la facilité et du confort apparent de la matérialité.

          La fixation est donc délicate car elle évoque d’emblée une absence de mouvement. Le mouvement n’est harmonieux que s’il existe un point fixe, sinon, il est aléatoire, brownien. Dans le temple, les piliers sont la fixité autour de laquelle le mouvement des frères s’organise. C’est comme le fil de chaîne dans le tissage qui permet le mouvement du fil de trame. Ce sont encore les racines de l’arbre qui permettent à la partie aérienne de s’épanouir vers la lumière.

          Pour aller plus loin, il nous faut prendre le terme dans son sens alchimique, en relation avec ce qui est volatil. Le fixe et le volatil se mêlent mais seulement si le fixe s’est auparavant volatilisé ; alors ils s’unissent et deviennent tous deux fixes. La fixation consiste à cuire la matière pour que les éléments fixes ne se volatilisent plus. Comme dit Limojon de saint Didier (Triomphe hermétique) : « Pour conduire la pierre à la plus-que-perfection par un régime proportionné à l’intention finale de l’art, c’est-à-dire à la parfaite fixation ». La fixation achève l’œuvre ; c’est le retour au Un. Il est nécessaire que la conscience se fixe à un moment ; c’est l’attention qui permet de l’unir avec l’Esprit.

          Ainsi les choix de l’initié doivent être faits en agissant par recherche de l’Harmonie, selon la Règle et en s’inscrivant dans une approche de permanence. Il vit alors selon la Maât égyptienne et peut affronter sans crainte le jugement de la balance. Il est reconnu comme frère. Le but de la voie est avant tout de construire des frères ; rien de moins.

          Le signe de la balance est le moment où tous les éléments du Grand Œuvre sont rassemblés et triés par Thot, le dieu égyptien de la Sagesse et de la Connaissance. Tout va pouvoir être amené à maturité dans le signe de la Vierge et tout peut maintenant servir. Le Maître peut alors commencer à agir, à préparer le solstice d’hiver qui est le moment du Capricorne, le signe d’Osiris et donc de la résurrection accomplie.


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