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I.9.b LE MEDIATEUR (Inconnu et monde matériel; réalisme; confiance)

          Le Sagittaire complète la ternarité liée à l’élément Feu, Bélier/Lion/Sagittaire ; le bélier est la lumière impulsive qui jaillit ; le Lion la lumière qui se déploie et rayonne ; le Sagittaire transmet cette lumière en la canalisant, tel un prisme qui en révèle toutes les couleurs. Il en est le médiateur, concept central dans notre voie. Celui-ci se manifeste pour nous par la fonction de Vénérable Maître.

          Mais d’abord, qu’est-ce qu’un médiateur ? Le « mediator » latin est la personne qui tient le milieu entre des adversaires et s’efforce de favoriser leurs relations et leur accord. C’est un intercesseur, un entremetteur. Plus largement, c’est un intermédiaire entre deux termes. Ces deux, isolés, sont binaires : vrai ou faux, l’un ou l’autre… La géométrie sacrée montre qu’un troisième terme crée une proportion qui anime la dualité et peut donner vie ce qui lui permet de se perpétuer, de se transmettre ; tel est notamment le Nombre d’Or. Le médiateur ne se contente pas de relier ; il est vecteur. C’est un canal, un des aspects de l’amour (l’amour canalise et transmet la vie). L’amour est l’énergie principielle qui se transmet par le Verbe et la lumière ; ceux-ci sont les médiateurs du Principe de création avec sa création. Quand ils viennent à nous, ils ne doivent pas repartir à vide, inutiles.

          Le Sagittaire exprime parfaitement cette fonction : Mi humain, mi cheval, il est médiateur entre la Terre et le Ciel, entre la matérialité et l’esprit et il joint également le Scorpion au Capricorne, préparant le passage à l’hiver, à la fin du cycle solaire pour la renaissance de la lumière au solstice d’hiver. Il relie les êtres, les choses, les mondes. Ses pattes animales sont posées fermement au sol et captent les énergies telluriques ; son regard humain tourné vers le ciel capte le Verbe céleste et ses bras puissants d’archer vont décocher une flèche lumineuse qui va transmettre au loin le Verbe. Sa capacité à prendre conscience de ses potentialités et sa volonté d’agir en justesse lui permettent de concrétiser ses intentions. On dit parfois qu’il joint la bestialité (le corps de cheval) et la spiritualité ; c’est mal connaître la symbolique du cheval. Il guide l’initié vers le monde réel de l’invisible de l’esprit et le prépare à unir les différents plans de l’univers. Son arc et sa flèche sont essentiels et sont les seuls éléments de sa représentation géométrique en astrologie.

          En géométrie, un arc est une portion de cercle délimité par deux points, reliés par une corde, segment de droite. La flèche, dans un cercle, est le segment reliant les milieux d’un arc et d’une corde définis par deux mêmes points.

         Cette ternarité arc-corde-flèche fait donc un lien entre le centre du cercle et une portion de celui-ci. Le Compagnon est passé de la Pierre Brute à la Pierre Cubique, vivant un grade dynamique de jonction entre les deux colonnes. Il est situé au Midi, dominé par la Lune représentée par un croissant, un arc de cercle et le Premier Surveillant lui permet de tendre le cordeau, de tendre l’arc pour viser dans la bonne direction. Ce grade est déjà en médiation, un trait d’union.

          Pour nous, la clef est : « Le maître de la Loge représente le médiateur entre les Frères et le Créateur dont le Soleil et la Lune symbolisent le double aspect de la manifestation immédiatement perceptible » (viatique d’Apprenti). Concrètement, le Vénérable Maître, par sa fonction, peut seul invoquer le Grand Architecte ; il relie les mondes, le haut et le bas. Il n’y a pas de communication individuelle avec le créateur, le centre du cercle, contrairement au mythe du péché originel et d’Adam et Eve. Notons que cela a l’avantage d’évacuer les problèmes individuels. En effet, l’individu peut certes mentaliser l’invisible mais pas le vivre. Seul, on n’entre pas en contact avec le monde des concepts.

          Ce médiateur est le maître d’œuvre. Car l’œuvre est essentielle ; notons qu’en art plastique, on parle de medium pour le support de l’œuvre. C’est : « Le Maître d’œuvre, la tête dans le ciel et les pieds sur terre, médiateur entre les mondes, sait guérir tous les maux ». Il relie dans le temple l’espace de création et l’espace de manifestation, véritable passeur de lumière au service des frères mais avant tout au service du Principe créateur, des rites et des symboles.

          Que peut-il alors faire percevoir ? Dès le début de la démarche initiatique, nous prenons conscience de la dualité des choses et tentons de la dépasser pour aller toujours plus loin et ne pas s’arrêter aux apparences. Les expressions de la vie ne doivent pas être perçues comme des oppositions permanentes mais plutôt, au minimum, comme complémentaires.

          L’univers peut être vu comme une sphère ; elle est la manifestation de la création et son centre est l’origine d’où tout a surgi. Le double aspect de la manifestation cité dans le viatique est notamment l’invisible et le visible. L’invisible ou l’inconnu. Ce dernier n’est pas l’inconnaissable qu’est l’incréé. La réalité matérielle et l’invisible sont à la portée des perceptions humaines. Cependant la première est un monde d’objets et l’initiation n’est guère utile pour l’appréhender ; le deuxième, intimement mêlé à la première, doit être parcouru par la Communauté initiatique pour être connu ; tout n’y est que conscience et champs d’énergies ; la conscience engendre la perception. Il nous faut sauter dans l’inconnu, comme le montre l’épreuve de l’Air ; mais contrairement au monde visible, on ne peut le soumettre ; rien n’y est rationnel ; tout y est incongru. Ces deux mondes sont inversés, comme le soleil au sud dans le monde matériel et le soleil noir au Septentrion du temple, lieu du voyage dans l’invisible. Mais la Communauté initiatique, dirigée par son Vénérable Maître, tente de muter l’invisible en visible, de lui donner forme en formulant. Elle construit des ponts entre ces mondes en s’intégrant dans la tradition dont le champ d’action est maintenant, hier, demain et, ici et partout à la fois. L’inconnu, qui n’est pas synonyme de mystère, doit être appréhendé et connu, tout en sachant que tout aussi loin que l’on puisse aller, il restera toujours une part inaccessible et par nature mystérieuse. Ce mystère s’approche par la matérialité mais l’ultime réalité réside dans sa dimension immatérielle.

          On peut cependant se demander pourquoi œuvrer dans tous les plans de l’univers ? Nous tendons certes à rejoindre la Cause qui n’est pas de ce monde mais l’ésotérisme est nécessaire pour percevoir comment le Verbe se répand dans l’univers et quelle est la dynamique de la création. Nous sommes les témoins actifs de cette création, avec pragmatisme ; nous avons un devoir de réalisme pour éviter les faux-semblants et voir le réel intangible en face sans dogmatisme. Nous utilisons l’intuition, produit de l’âme, cette part de sacré en tout homme mais que nous n’écoutons pas toujours. C’est pourtant bien souvent la première impression qui surgit avant toute réflexion. L’âme a le pouvoir d’illuminer notre être si nous la laissons dominer nos pulsions, permettant par là même à la Communauté de témoigner dans le monde.

          Ce n’est qu’ainsi que nous prenons conscience de l’Unité de l’univers et que nous appartenons à cette unité. Dès lors, la vie s’aborde différemment puisqu’elle est un tout dans lequel les éléments, nous inclus, sont liés et en interaction et que nous ne sommes pas le centre. D’où le microcosme qu’est la Communauté initiatique dans laquelle le rôle et les actes de chacun influent sur tous. Nous construisons ainsi non pour nous-même ni même pour l’autre mais pour le Principe de création.

          Alors, comment percevoir ? Par un réalisme intelligent et ouvert. Le réalisme initiatique tient compte de la réalité telle qu’elle est et non de suppositions dogmatiques. Nos prisons mentales nous font prendre pour réel nos mirages, nos illusions, bien souvent créées par notre ego ; changer le décor de la prison ne sert à rien. Mais le réel n’est pas ce qui est perçu par les sens matériels, ce qui est tangible car cela est transitoire et changeant ; ce n’est que le monde des apparences. Le monde matériel que nous ne pouvons pas renier est bien illusoire. Le réel est ce qui est, de toute éternité, et ne devient jamais ; il est l’invisible, impalpable. Tels sont l’esprit, la conscience et tout ce qui est de la nature du Principe créateur.

          Pour cela, nous devons être équipés de tous les sens de perception, autres que ceux matériels, et les maîtriser. Cela suppose d’utiliser l’intelligence vraie qui est celle du cœur et qui porte la conscience ; être large de cœur mène à la Connaissance. Le Nombre est l’essence du réel. Pour nous, la vie de l’homme, sa pensée, ses sentiments, sont hiérarchisés par les trois grades avec une intelligence différente, correspondant à des âges différents. Alors, la flèche du Sagittaire fend l’armure, la carapace de nos perceptions voilées et trace un sentier vers l’origine par des lignes de lumière. L’Apprenti qui frappe trois coups sur la Pierre Brute tire en quelque sorte à l’arc ; le ciseau est la flèche qui touche le cœur de l’univers. Le Compagnon, quant à lui, découvre l’intérieur de ce cœur et la Géométrie sacrée lui ouvre la contemplation de l’inconnu.

          Le seul moyen efficace qu’a découvert l’homme depuis des millénaires est le médiateur qu’est le rite, animé par la fonction de Vénérable Maître. Le rite canalise le Verbe permettant à la Communauté initiatique de faire apparaître la parole. Plus la formulation du rite est en adéquation avec la réalité, plus l’approche du concept est effective ; si le mythe dans son essence est toujours le même, les rituels qui le mettent en œuvre évoluent en fonction des nécessités de la loge à un moment donné et selon le plan d’œuvre, donc selon un réalisme ouvert. Mais ils doivent traduire exactement le mythe, sa réalité ; de plus, ils doivent être vivants, dans une forme intelligible et ouverte, pour que les frères qui les vivent y trouvent les voies permettant de relier la Terre au Ciel. Le vécu du rite passe par l’apprentissage de la langue sacrée ce qui lui permet ensuite d’être toujours nouveau car sans dimension temporelle ; chaque célébration est différente, bien loin de toute fixité. Le vécu est concret, dans une forme matérielle mais relié à l’intemporel. Ainsi se conquiert, au-delà des difficultés du quotidien, un temps de paix et un espace de sagesse.

          Dès lors, le rite nous met en route vers l’inconnu, l’explore par de multiples voyages soigneusement préparés pour éviter les écueils nombreux dans cet endroit peu fréquenté. La loge est un bateau avec son équipage qui se déplace dans la sphère céleste, la tête dans le ciel et les pieds sur terre, guidée par le rite et la Règle. Le Zenith et le Nadir, infiniment éloignés, deviennent à portée de tir du Sagittaire. La médiation entre les mondes est possible : «  Le plus haut point de l’élévation se trouve justement au plus profond abîme de l’abaissement. Car plus l’abîme se creuse, plus haute et plus grande s’élève aussi la hauteur ; plus le puits est profond, plus il est haut. Hauteur et profondeur ne font qu’un » (Maître Eckhart).

          L’arc de cercle du Sagittaire lui permet de se déplacer dans la sphère de l’univers, constituée comme toute sphère d’une multitude de cercles. Ses flèches, reliées au centre, au cœur de la sphère céleste, ouvrent des sentiers, tracent des chemins et font apparaître la géométrie de l’univers, le rendant lisible. La Pierre Cubique ne contiendrait-elle pas la somme des flèches lancées par le Grand Architecte de l’Univers ?

          L’efficacité des voyages dépend en grande partie de la confiance dans le médiateur. La simplicité de la confiance est une force puissante liée au courage, à la foi et à l’engagement. « Celui dont le cœur n’est pas ferme, celui qui ne connaît pas le Dhamma (Règle) excellent, celui dont la confiance vacille, sa Connaissance transcendante ne sera jamais parfaite » (Dhammapada. Dits du Bouddha). Cette confiance est indissociable de la sincérité et de la fidélité. Le danger est de l’accorder à son ego qui, bien souvent, se sent surclasser le monde. Il faut donc savoir percer la bulle égocentrée et passer au Soi. La médiation ne fonctionne que si l’on place sa confiance dans le Principe, et donc dans le médiateur qu’est le Vénérable Maître, pilote du navire. Cela suppose qu’il soit élu à l’unanimité et contrôlé par la Chambre du Milieu comme celle des Anciens. Ce pilote connait le ciel, les rivages, les pièges des récifs ; il s’appuie sur la Règle, réalité matérielle issue du Principe et véritable carte de l’invisible pour guider vers la Lumière sur l’océan de la Connaissance et diriger les travaux. Le plan d’œuvre qui donne un itinéraire sur plusieurs années tient compte des réalités de la vie de la Loge et de celle des frères ; il ne fonctionne bien que si les fonctions sont harmonieusement réparties, tenant compte des problèmes individuels pour que ceux-ci n’entravent pas la vie de la Loge. C’est notamment cela la guérison de tous les maux. Il veille à faire circuler la parole en sachant la donner et la reprendre, aidé en cela par le Tableau de Loge, cœur symbolique du temple auquel s’adresse chaque frère.

          Le rôle du médiateur est donc de connaître la réalité des choses tout en ayant la confiance de ceux qu’il anime afin de rechercher la plus grande élévation d’esprit. Chaque initié en a la capacité, parfois en conscience, parfois non. Le maître d’œuvre en puissance en chaque frère éclora ou non en un Vénérable Maître.


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