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I.10.c L’EFFICACITE RAISONNEE (silence, isolement ; mémoire, sens du long terme ; vengeance)

          Le signe du Capricorne clôt la ternarité Taureau/Vierge/Capricorne. Si le premier incarne la loi d’amour sur terre et le second la concrétisation de l’œuvre, le troisième incarne l’organisation et le bon fonctionnement du chantier sur le long terme ; il garantit la fidélité à l’œuvre et son expression continue. Ces trois signes de Terre sont la clef de l’élaboration de cette œuvre ici-bas et de sa jonction avec le ciel dans une perpétuelle reformulation de la pensée du Grand Architecte.

          Le natif du Capricorne est d’une grande sensibilité protégée par une carapace de froideur. Il n’est pas des plus sociables. Il met du temps pour se révéler comme pour accorder sa confiance et pour s’exprimer. Avec lui, tout est lent, patience et persévérance. A la fois prudent et consciencieux, il fait les choses à fond, vérifiant tout plusieurs fois. Par son côté aquatique, il a le sens de la profondeur, et par son côté montagnard, il a le sens de la rigueur. Voilà de beaux gages d’efficacité. La Communauté initiatique présente ces aspects par la rigueur de la Règle et la sensibilité de la fraternité.

          Mais qu’est-ce que l’efficacité ? Simplement, elle est la capacité de parvenir aux objectifs. Parvenir implique un mouvement et donc une force qui anime. Pour nous et selon l’étymologie (latin « efficacitas », force, vertu, efficacité), c’est la vertu initiatique qui « est une force du cœur qui nous permet de conduire notre vie selon la divine harmonie afin de l’élever au rang de la création ». Ce qui ne réussit pas, ne fonctionne pas et doit être abandonné car nous sommes là pour construire durablement. Notons qu’un des antonymes est le mot vanité ; celle-ci empêche donc toute réussite.

          Certes, nous ne sommes pas dans une approche de performance et de productivité mais notre action doit être utile. Nos capacités de perception sont plus intuitives que rationnelles, s’appuyant sur la pensée sans image pour atteindre le concept. Nous mettons en œuvre le Verbe selon la volonté du Grand Architecte, selon les lois causales, et nous devons atteindre un terme même si ce n’est pas un achèvement. L’action de toute communauté initiatique doit être d’aller vers l’être réalisé, l’Homme zodiacal, l’Etoile, pour ensuite tenter d’incarner le divin sur terre. Le plan d’œuvre doit se concrétiser, passer de la puissance à l’acte pour que l’œuvre sacralise le monde tout en agissant sur l’invisible. Il s’agit, ici-bas, de nous intégrer dans le mythe et que chacun se réalise dans l’amour de l’origine, dans la Cause.

          Ce n’est pas tout d’avoir semé, il faut que le germe pointe. L’action doit être efficace pour être utile ; les fondations doivent être solides, durables pour que le temple s’élève effectivement. L’efficacité est la pierre angulaire de l’action ; elle est une qualité fondamentale de l’initié qui implique d’agir sans rien attendre en retour et sans résistance à ce qui survient, de savoir saisir les circonstances qu’elles soient favorables ou non et de faire face.

          Cependant, si l’intuition, la voie du cœur, est à la base de l’action, il faut l’organiser, la structurer. Le plan d’œuvre, issu du cœur, doit être réfléchi. La Force ne saurait suffire sans la Sagesse et l’Harmonie. Notre voie n’est pas rationnelle et ne se mesure pas, ne se quantifie pas ; le voyage dans l’invisible nécessite le lâcher prise mais la raison doit intervenir dans un deuxième temps, en vérification pour constater, tirer des conclusions, en faire un enseignement qui entrera dans la mémoire. Mais aussi comme garde-fou : il faut « raison savoir garder ». Le cerveau en est le siège et peut éviter les coups de tête inefficaces. L’action est intuitive mais elle s’exécute avec des outils construits avec la raison et son résultat doit passer au filtre de la pensée. C’est la première et immédiate signification d’efficacité raisonnée.

          Cependant le vrai sens, le deuxième, en liaison avec la Sagesse, est d’être tourné vers la cause de l’efficacité, vers son origine, vers sa raison afin de comprendre et connaître ; c’est la clef de la conscience. « L’intelligence, ce n’est pas ce que l’on sait mais ce que l’on fait quand on ne sait pas » (Jean Piaget). Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas et l’efficacité a une source.

          Celle-ci réside dans le silence qui crée une mémoire vivante et prend forme par la « vengeance » du Grand Architecte. Expliquons-nous.

          Le silence, en permettant la méditation rituelle et en impliquant un isolement du monde profane, met en contact avec la Cause, la raison primordiale, source de toute création et donc d’efficacité. La création naît du silence de l’incréé où tout est potentiel et d’où tout peut émerger. Même individuellement, un recentrement sur soi ouvre à la conception, à l’énergie nécessaire et donne une vision de l’action à mener. N’est-ce pas ce que vit le profane dans la crypte, au sein de la Veuve pour pouvoir naître initié ?

          Dans de nombreuses traditions le silence et l’isolement sont créateurs de recueillement, de méditation, de concentration, de détachement ce qui permet de se centrer sur l’essentiel en repoussant l’agitation du monde comme celle intérieure pour nous relier au divin par la partie la plus secrète de notre être. En fait il est aisé de faire abstraction du bruit extérieur, mais c’est plus difficile pour le bruit intérieur. Ouvrir notre cœur-conscience fait jaillir l’intuition en toute sérénité et met de l’ordre dans nos idées. La méditation, pour nous, est un calme maîtrisé pour préparer l’arrivée du Verbe qui peut alors naître en soi et grandir par le travail communautaire pour devenir parole. Ce mot peut se rapprocher du grec « mêdos », pensée, et du sanscrit « madha », sagesse. Voilà bien la Sagesse qui précède la Force de l’action.

          Dans une tenue il y a plusieurs moments de méditation où nos pensées s’élèvent en fraternité de manière concertée. La source de l’efficacité est dans la magie du rituel. Pour nous, la magie est l’utilisation des énergies de l’univers. C’est ce que fait un rituel bien mené : agir autant sur les énergies psychiques que sur l’invisible, avec des effets dans le visible. Cela permet au Verbe, à la grande voix des choses, d’agir. Aucune démarche spirituelle n’est efficace sans rituel. Pour cela, il faut aux hommes faire silence pour que le Verbe s’exprime, pour que le rituel ne soit pas brouillé. Voilà la principale raison du silence en loge. De plus, après le rituel d’ouverture, tout le temple est baigné par le rituel et les frères laissent le Verbe s’exprimer à travers eux par des paroles.

          Tout particulièrement, le Tableau de Loge est une sorte de mandala, une formulation de l’instant présent. Le tracé est comme une onde qui prend forme et le Principe s’incarne. Il n’est pas fait pour durer et doit être effacé en fin de tenue. Tenue après tenue, les méditations s’enchaînent comme une respiration, inspir et expir, dans un rythme qui donne une vie fluide, proche de l’Esprit et de la création. Cela donne de la valeur à l’invisible et au mystère.

          Tout commence donc avec le silence de l’Apprenti. Ce n’est pas de l’inaction mais une construction de l’oreille, celle du cœur. Sans elle, pas de communication entre l’intérieur et l’extérieur, entre le haut et le bas, entre l’être spirituel et l’être incarné, bien humain. Ouverture à l’autre, aux symboles, aux Nombres, au rituel, à la Règle. Alors la prescription de saint Benoît est possible : « Que les frères s’obéissent entre eux ». L’Egypte ancienne appelait les oreilles « les vivantes » ; on devient vivant par elles et elles doivent être perpétuellement éveillées pour écouter les paroles de sagesse. C’est une ascèse qui ouvre aux mondes. Bouddha n’est-il pas représenté avec de grandes oreilles ? Voilà ce qui éclaire notre être, nous nourrit de l’amour fraternel, crée la joie communautaire.

          Mais le silence n’implique pas la solitude. La solitude est psychique et implique d’être ou de se sentir seul ; un initié est toujours rattaché à sa communauté initiatique et s’il se sent seul, c’est qu’il s’est détaché de sa loge ; plus même, il sait qu’il est relié à tout l’univers, sans aucune opposition. L’isolement est physique (du latin « insula », île, mais l’île n’est pas forcément déserte). L’initié doit prendre une distance par rapport à l’agitation du monde qui l’entoure ; pour bien penser, planifier et construire l’œuvre, il est indispensable de se fondre en elle ce qui implique une concentration et une certaine distanciation du monde. Plus même, un frère est dans le monde sans être de ce monde. Cependant, pour être efficace, il doit avancer par lui-même (personne ne peut le faire pour un autre) tout en sachant que nul ne peut s’élever au-dessus de lui-même par lui-même, donc hors d’une communauté. Silence en soi pour s’ouvrir au frère.

          Ainsi se construit une mémoire vivante. Le natif du Capricorne a besoin de repères stables et de constance ; ce qui est valable aujourd’hui doit l’être demain. Il est donc constant dans son comportement et ses sentiments. On dit qu’il a une mémoire d’éléphant et il se souvient toute son existence du tort qu’on lui fait. Il s’agit alors de l’empreinte d’un savoir emmagasiné par l’étude et la répétition et qui marque le corps et l’âme. Mais ici, il ne s’agit pas de cette mémoire.

          Pour nous bâtisseurs, le court terme n’est pas utile en dehors d’une confrontation parfois nécessaire au monde qui nous entoure ; le long terme est au-delà de la notion de temps ; c’est l’éternité. Les frères meurent mais la Loge demeure. Cela donne une vision différente et durable des rythmes. L’œuvre en donne le sens. Il s’agit de lancer une pensée, un témoignage, hors du temps, qui reste alors dans la mémoire de l’humanité, dans l’instant présent, éternel, accessible à tout moment. C’est ce qu’ont fait les égyptiens vers la fin, sous les Ptolémées et qui est aujourd’hui retrouvé. Telle est la transmission qui rend vivante la tradition, toujours la même mais toujours renouvelée et ainsi rendue efficace parce qu’on s’en nourrit tout en l’alimentant. La mémoire ne doit pas servir à faire revivre le passé, à être au plus près des plus anciens rituels, dans la forme, mais à prolonger l’égrégore des Initiés passés à l’Orient éternel. Le modèle ne serait-il pas les quatre éléments qui seraient la mémoire de la création, de l’origine ? Ou bien la Lune et tous les dieux lunaires, ou encore la Pierre Cubique ?

          Cette mémoire correspond au culte des ancêtres, de leurs pensées, de leurs pratiques ; la transmission s’en faite de génération en génération, fournissant sans cesse les fondations régénérées de la tradition initiatique qui se révèle ainsi au présent. On est là bien au-delà des cultures et des croyances car cette mémoire n’est accessible que par les symboles et les Nombres, hors du temps.

          Cette mémoire permet à chacun d’être un humble participant à la plus belle des aventures : l’édification du Temple. Ce but permanent, hors du temps, dépasse nos propres limites, les vicissitudes profanes, nos existences. La Loge transmet ainsi en Sagesse, Force et Harmonie par cette action autant que par l’esprit de cette action ; elle est orientée vers sa source. Bien entendu, cela suppose d’oublier tout autre objectif ; on dit que pour remplir un verre, il faut d’abord le vider, ce que nous pratiquons au banquet. Alors, l’esprit de l’œuvre comme celui des œuvrants peut également s’inscrire dans le temps.

          Fondamentalement, cette mémoire s’exprime par la fonction de Secrétaire, en rapport avec le secret de la formulation. Une loge se doit de formuler, sous des formes certes différentes d’une loge à l’autre. L’alphabet sacré est secret car vivant ; les lettres sont porteuses de vie. Le langage des oiseaux va au-delà du calembour ; c’est une langue vivante, aérienne, qui ne se laisse pas attraper et qui porte bien plus loin que le Temple.

          Cependant, ne mélangeons pas. Nous faisons certes des rapports de tenue, effectués par tous les frères à tour de rôle, y compris les Apprentis. C’est la mémoire du travail réalisé en loge qui peut ainsi se transmettre dans et hors de la loge. Certains ont écrit des livres de pierre comme les cathédrales ou les temples égyptiens ; nous écrivons plutôt par le papier et internet. Quel que soit le mode, l’esprit reste le même. Une trace de long terme est laissée qui alimente le Trésor et l’œuvre n’est jamais achevée. Cela ne relève pas du Secrétaire. Placé au Midi pour que le secret vienne en pleine lumière, sa fonction est le croisement du Verbe et de la parole à travers les moments différents de la vie de la loge, de garder une trace de ce qui se passe d’une tenue à l’autre, de croiser les instants. Ainsi se relient les anciens frères et les nouveaux. En liaison avec la Lune, il donne le mouvement des tenues dans un temps cyclique et même indique, selon le signe zodiacal en cours, la marque que la loge doit incarner.

          L’efficacité prend forme par la « vengeance » du Grand Architecte disions-nous plus haut. Que vient faire la vengeance ici ? Perplexité à nouveau. Que les proches du Capricorne se le disent : il est prêt à tout pour ceux qui lui sont chers mais ne supporte aucune trahison et tourne les talons devant toute forme de comportement malhonnête. Mais est-ce de cela dont il est question ici ? En fait, tirer raison de quelqu’un ou de quelque chose, c’est s’en venger. Elle ne concerne que le Grand Architecte qui revendique ce qui lui appartient parce que l’homme n’en fait qu’à sa tête, avec le sens de contrepartie, de rachat, de délivrance. C’est la colère divine qui affirme sa force quand les humains se comportent d’une manière orgueilleuse, sans mesure, menaçant ce qui est le propre du divin.

         Le Capricorne est le dixième signe du zodiaque et au REAA, la vengeance, qui apparaît au neuvième degré se termine au dixième. Le Neuf est l’achèvement des potentialités créatrices qui reflètent l’unité du Principe créateur. Dix le couronne par la Tétractys dans l’unité créatrice reconstituée ; le vieil homme cosmique doit être anéanti pour que le nouveau naisse. Notre mythe est à l’image du Soleil qui disparaît tous les soirs à l’Occident pour renaître à l’Orient dans un nouveau cycle de mort et résurrection. La vengeance de cet assassinat permet la renaissance.

          Néanmoins, il faut bien sûr insister sur le fait que la vengeance est horrible entre les mains de l’homme qui se doit à la bienveillance. Il accepte la vengeance divine. En donnant notre vie, nous recevons la vie ; c’est tout le sens de nos serments.

          Que résulte-t-il de cette vengeance ? En mettant en avant la Règle et la notion de justesse, elle devient un moteur qui réunit les fonctions et concilie les contraires. En rectifiant, elle rapproche de l’Esprit qui nous guide. Délivrés de nous-même ou de ce que nous croyons être nous-même, nous devenons enfin nous-même, nous retrouvons l’unité de notre être ce qui signe la possibilité de ne plus vivre dans la dispersion et donc de devenir efficace spirituellement dans le temps et le lieu de l’œuvre.

          Puissions-nous vivre le silence qui construit l’oreille pour atteindre la Connaissance par le culte des ancêtres et ainsi ressusciter le démiurge ; alors l’action initiatique sera efficace dans l’instant présent par des chefs d’œuvre utiles à la manifestation.


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