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Chapitre 1 - La pensée discursive et la perception du divin

            Avant la méthode, la qualité d’une pensée dépend de l’outil de perception utilisé. Pour l’homme, on peut en distinguer trois : le cœur, le cerveau et « les tripes » pour utiliser un langage trivial. Reprenons ces trois éléments pour en appréhender les capacités dans l’ordre du sacré, sans oublier que toutes les fonctions de l’être sont à mettre en éveil pour aller au cœur des choses. Mais auparavant, éclaircissons ce que l’on entend par perception du divin.

            Dans la démarche initiatique, nous partons du Principe de création, cause et fin de toute chose, avec qui nous pouvons communier dans un banquet cosmique. La divinité, c’est le Un, l’Absolu, qui se pense, se dédouble et génère toute la suite des Nombres. La première perception possible du divin est offerte par le Trois ; la ternarité est la première résolution des contraires, de la bipolarisation de la création.

            L’homme est à l’image de son créateur ; il a en lui une parcelle de divinité, seule partie de même nature que le Créateur et donc seule partie capable de vibrer avec son origine. Il nous faut la percevoir car ne vont ensemble que les choses de même nature. Cette parcelle ne s’atteint qu’en révélant la structure ternaire qui est en nous en potentialité. Tout particulièrement, les trois piliers du temple sont l’expression achevée de cette structure de la conscience qui ouvre à la perception du divin. Il s’agit alors de passer toute approche par le crible de la Sagesse ou concept, celui de la Force ou action, celui de l’Harmonie ou but à réaliser. Ainsi peut-on effectuer « trois pas dans l’angle d’un carré long », formuler la Divine Proportion, générer le Quatrième pilier et construire ainsi l’Etoile Flamboyante, origine de toute vie manifestée.

 L’initiation est dépositaire de valeurs fondamentales qui risquent de disparaître. Nous devons maintenir vivante cette pensée ternaire qui est de nature archétypale dans son essence et qui peut nous permettre de retourner au Créateur. Ainsi pourrons-nous percevoir, c’est à dire entrer de tout notre être dans le fondement des choses, dans leur abstrait qui est la matière de l’Invisible où réside le Divin.

Commençons par le cœur, siège de l’intuition.

C’est déjà l’intuition qui peut nous conduire vers notre parcelle divine et nous amener à la voie initiatique. Et il n’y a rien de rationnel dans ce choix.

L’homme, à sa naissance, porte des facultés perceptives qui sont essentiellement intuitives. Mais dans notre société actuelle, il est bercé dans une pensée artificielle qui le conditionne et lui fait perdre ces notions en le coupant des valeurs du vivant. Seul, il est très difficile de les retrouver et de les valoriser.

L’Initiation casse cette approche humaine de compréhension par chaînes de causes à effets. Elle offre une approche intuitive où l’on ne comprend plus rien, où l’Apprenti est déboussolé (cf. le rituel d’initiation), mais où on lui propose de percevoir les choses de l’intérieur. L’homme veut tout expliquer, et c’est le but de la science. L’Initiation n’explique rien ; elle se contente d’ouvrir des perceptions par l’ouverture des sens immatériels, la création d’une sensibilité et son affinement par un rituel authentique, le travail, la participation, la présence, l’effort permanent ; toutes choses qui transforment l’être.

L’Initiation nous offre de nous insinuer de notre vivant dans l’Invisible et d’y voyager, même si la porte est étroite ; et la tradition initiatique nous a légué une clef efficace à travers un rite vivant, basé sur un mythe, une Règle et un rituel qui ouvrent à la pensée intuitive et à ses deux filles, la pensée anagogique et la pensée symbolique. Cette pensée ouvre à la science des principes premiers, science de la réalité et de la perception pure.

Il faut alors un support global, holistique, synthétique, qui arrive à percevoir la réalité à partir des ombres de la caverne de Platon, pour comprendre ce qui est hors de notre vue.

Et ce support, c’est la pensée ternaire ou intuitive qui va au-delà de la dualité (bon/mauvais, haut/bas, positif/négatif, thèse/antithèse, vrai/faux…) pour considérer toute chose sous l’angle du Trois.

L’individu qui reste dans la dualité est « vécu » par son déterminisme. Mais s’il tente de résoudre les contraires, de les harmoniser, d’effectuer le croisement des énergies, il peut s’affranchir de ses pulsions instinctives, révéler son intuition, penser par lui-même selon la loi d’harmonie ; bref, se libérer. Telle est l’authentique liberté qui n’a rien à voir avec l’indépendance, simple esclavage de son propre ego.

Ainsi s’élargit le champ de conscience, partant d’une configuration égocentrique, vers l’appartenance à la communauté cosmique ou divine. Ce travail opératif sur soi fait s’épanouir une nouvelle forme de pensée en harmonie avec la conscience universelle, immuable et intemporelle.
Telle est l’intelligence du cœur qui ouvre à la perception des mystères qui seront toujours inexplicables.

Vient ensuite le cerveau, siège de la pensée discursive.

Qu’est-elle ?

Discursif vient de discours ; toutes les définitions nous renvoient à « ce qui tire une proposition d’une autre par une série de raisonnements successifs ». C’est donc une démarche analytique, de chaînes causes-effets où tout est linéaire, logique et prend appui sur le seul raisonnement. Elle repose sur ce qui est tangible. De plus, discursif s’oppose à intuitif.

Le problème est que la vie n’est pas linéaire et qu’elle n’est pas fondamentalement tangible et directement observable. Les sens usuels, et leurs prolongements technologiques, sont insuffisants pour l’appréhender. De plus, le mode binaire est la base mathématique de cette approche, avec son achèvement qu’est l’informatique.

La pensée discursive ne prend appui que sur le cerveau et exclut tout autre moyen de connaissance.

La pensée discursive est donc l’intelligence mentale, piège qui risque d’être mortel s’il mène à un intellectualisme stérile, à une casuistique de philosophes qui ont oublié la notion de sagesse ; c’est ainsi que la philosophie s’est fragmentée en de nombreuses disciplines comme la psychologie, la sociologie, la psychanalyse, l’ontologie…

Comment fonctionne-t-elle ?

En concordance avec le déterminisme astrologique actuel, ce mode de pensée est d’ordre matériel, et reste donc prisonnier des effets au niveau du manifesté. Il est par nature mécaniste. Il constate et déduit ; ce qui n’est pas constaté n’existe pas jusqu’à preuve du contraire ; et encore faut-il que la constatation soit répétitive pour être acceptée.

Cette pensée est également duelle et refuse tout concept qui n’entre pas dans son référentiel.

On peut cependant noter que la science prend conscience des insuffisances de cette pensée, s’ouvre à d’autres modes et va sans doute un jour conduire les hommes à penser autrement…

De quoi est-elle capable ?

Elle porte une forme de dynamisme, celle de l’action et de la recherche du secret de la matière, sans cesse approché mais jamais perçu dans sa réalité. C’est ainsi qu’ont vu le jour toutes les grandes découvertes scientifiques du monde moderne. Dans le monde visible, incarné, manifesté, cela fonctionne bien.

L’analyse est utile pour déchiffrer la nature et, dans l’apprentissage initiatique, pour apprendre à épeler avant de savoir « lire et écrire ». L’analyse permet de développer des perceptions, mais elle reste le principal obstacle de l’Apprenti.

Certains ont essayé de mettre le divin en équations. Déjà, en Grèce, les hommes ont tenté d’échapper aux dieux par les mathématiques et Leibniz prétendait que tout était numérique et pouvait se mettre en équations. Cela a eu des conséquences très fortes sur le progrès matériel mais n’a fait que tuer le sens du sacré. Il y a eu confusion en chiffres et Nombres, mathématiques et géométrie.

La pensée discursive n’accepte pas ce qu’elle ne peut démontrer. Elle est ainsi incapable d’appréhender le sacré comme le montre l’histoire de la pensée humaine. En effet, tous les essais pour répondre à la question « Dieu existe-t-il ? », ont été vains. Il n’y a jamais eu de réponse convaincante et universelle. De plus, au contraire, beaucoup de ces efforts discursifs ont mené au sartrisme, au nihilisme, à l’athéisme.

C’est bien un problème de nature. La pensée discursive est purement mentale donc humaine, et elle ne peut mener qu’à l’homme, pas au divin. L’homme est incarné, ce qui le situe dans une toute autre dimension que l’Invisible, l’abstrait, le non-manifesté.

Comme dans la caverne de Platon, cette pensée n’appréhende que l’apparence et les images, sans pouvoir saisir ce qui EST vraiment, le réel, le divin.

La raison de cette incapacité est simple. Cette pensée ne fait appel qu’à certaines fonctions de l’être et qu’à une partie des potentialités du cerveau. Le cerveau n’est pas seulement binaire ; mais cette pensée reste au stade de la dualité. Celle-ci fait partie du monde et porte le divin en elle, mais le sacré n’est pas accessible à la conscience humaine sous cette forme.

Cependant, la pensée discursive n’est pas négative en elle-même. Ce n’est qu’un outil et tout dépend de l’usage qu’on en fait. En Initiation, cette pensée risque de nous emmener dans un long détour et parfois de bloquer l’épanouissement de l’intuition.

Cela vient surtout du fait qu’elle conduit à rester à l’extérieur du sujet étudié et à négliger l’échange entre les êtres. Un discours est fait pour être écouté ; c’est un monologue. Notre démarche requiert au contraire le don, l’échange, l’écoute, la communion.

Nos travaux peuvent parfois sembler être discursifs. C’est exact dans la mesure où nous souhaitons mettre en œuvre toutes les fonctions de l’être, donc y compris la raison. Mais une pensée qui n’est que discursive est froide, sans âme, et elle ne peut mener à la pensée sans image qui n’est pas du domaine de l’homme mais de l’esprit divin.

Terminons avec le dernier outil physique de perception, ce que nous avons appelé « les tripes », faute de mieux, siège de l’instinct.

Précisons de suite ce qui distingue l’instinct de l’intuition. Nous avons vu que l’intuition est du domaine de l’abstrait pur et de la conscience formulable qui est le propre de l’homme ; cela mène à l’action. L’instinct est d’une nature différente ; il relève du physique, du concret, du domaine vital mais inconscient de la manifestation. Il est ainsi à l’origine des réactions, parfois très utiles, mais sans la même puissance que l’action pure.

Par l’instinct, on est dans le mystère, on le vit. Mais à partir de là, l’homme a la possibilité de s’élever par l’intuition pour percevoir en conscience le mystère de la vie.

Cette capacité n’est réalisable que sous certaines conditions. La formule V.I.T.R.I.O.L. illustre cette réalité en quelque sorte magique. Il faut descendre en soi, travailler sur la conscience individuelle pour obliger cette dernière à s’échapper des conditionnements matérialisants de la vie instinctive propres à l’homme.

Les animaux et végétaux n’ont pas cette difficulté ; ne pouvant raisonner, ils échappent aux pièges du mental. Mus par l’instinct pur, ils sont en prise directe avec les lois causales et ne connaissent pas de problèmes métaphysiques.

Par rapport à eux, nous semblons pénalisés avec notre faculté de raisonnement, arme à double tranchant, qui peut aussi bien conduire à notre perte ou à notre salut dans notre rapport avec le Créateur.

L’homme moderne regrette son éloignement de la nature et de son instinct, son éducation consistant surtout à noyer cet instinct sous la rationalité. Notre monde nous entraîne inéluctablement vers la matérialité.

Nous vivons ainsi une déchirure, une dualité entre un retour à la nature allant parfois à la recherche de spiritualité et notre élévation sociale et matérielle. C’est une réaction binaire que l’Initiation permet de dépasser pour trouver un troisième terme qui unisse ces deux aspects.

Il apparaît ainsi que plusieurs chemins sont à notre disposition. La pensée discursive est surtout quantitative, alors que les approches intuitives et instinctives sont plutôt qualitatives ; cela rejoint les notions de voie longue et de voie brève. Tout cela doit être vécu en complémentarité ; l’Initiation n’exclut aucune voie ; on ne peut réduire le divin à du quantitatif ou du qualitatif.

Il faut mettre en œuvre toutes les fonctions pour aller au divin. Ce qui est discursif n’agit que dans le visible, le manifesté. L’intuition et l’instinct interviennent dans le visible et l’invisible ; ils suffisent pour percevoir le divin mais pas pour permettre la manifestation du divin dans le visible.

On peut donc dire que l’homme doit s’élever en bâtissant une pyramide à trois étages.

A la base, l’homme est un animal qui dispose d’un instinct ; il ne doit pas l’oublier.

Ensuite, il dispose d’une pensée rationnelle qu’il doit utiliser ; c’est ce qui en fait un être humain, supérieur à l’animal dans ses capacités, mais un profane dans son existence.

Enfin, par le développement de son intuition, il peut s’ouvrir en conscience au divin et devenir un être sacré ; c’est l’objet de la démarche initiatique pour réaliser ici-bas l’ETRE universel qui n’a rien à voir avec l’individu.


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