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I.1.a Le Grand Architecte s’assure de l’incarnation du Verbe du Principe Créateur

Bateleur du tarot de Marianne Costa et Alexandro Jodorowsky

         Précisons d’abord ce que nous entendons par Magie puis voyons les rôles et la distinction du Principe créateur avec le Grand Architecte. Nous pourrons alors comprendre comment le Verbe peut s’incarner.

          La Magie est un art qui consiste en la connaissance des lois naturelles pour les mettre en œuvre de façon consciente et qui permet de régir les puissances créatrices, puissances à l’origine de la vie. Germination, éclosion, métamorphose, mutation, transmutation, la vie n’est que Magie. Celle-ci n’est pas un procédé occulte au-delà de la nature. En Perse, c‘était le culte des dieux : un mage était un prêtre, et la Magie une science comme une sagesse. Elle est donc, à l’origine, une démarche spirituelle pour comprendre l’action du divin. Elle est liée à la compréhension des forces créatrices, des énergies qui régissent l’Univers et qui sont porteuses de vie. Elle permet alors d’écarter les énergies néfastes, la disharmonie. Le mage ou magicien les connaît et peut agir sur elles. Il travaille sur les forces liantes qui scellent l’union de l’univers comme celles de la Communauté initiatique. Ainsi, il s’inscrit dans un processus de dynamique vitale. La Magie est liée au mythe de création et correspond à la capacité de rassemblement qui va permettre aux êtres de connaître les puissances et de savoir les utiliser ; elle sert à « parer les mauvais coups du destin ». Dire qu’un lieu ou un moment sont magiques revient à exprimer son ressenti d’une énergie divine. Elle éveille les cœurs-conscience et met les êtres en résonance avec les énergies les plus subtiles de l’univers. Elle permet de changer les paramètres de la perception habituelle.

          Dans l’imagerie collective, le magicien fait des tours avec des cartes à jouer. Le jeu des Tarots, à travers notamment les dessins de ses vingt deux arcanes majeurs, contient nombre de symboles. Le premier arcane majeur est le bateleur, surnommé aussi le magicien, le jongleur, l’artisan. Ne serait-il pas possible de voir, entre autres, dans cette carte une représentation du Grand Architecte ? Le Bateleur, première carte du jeu, symbolise le commencement. Dans cette représentation, il est debout devant une table à trois pieds. Il tient dans sa main gauche un bâton ou une baguette et dans sa main droite une pièce d’or ou un denier. Son chapeau semble former une spirale, un cercle ou le signe de l’infini. Sur la table on trouve différents éléments dont on imagine qu’il puisse les manipuler. Il regarde à gauche de la carte ; comme c’est la première carte, il regarde vers l’invisible. La pièce d’or peut être vue comme le symbole du Soleil et la baguette comme un symbole de la Règle (vers la droite de la carte donc vers la suite des autres cartes qu’elle dirige donc). On peut dire que le Bateleur tient dans sa main la lumière qui lui été remise et que par la Règle, sa baguette magique, il va pourvoir ordonner les différents éléments qui se trouvent sur sa table et créer par magie toutes les autres cartes du tarot qui suivent.

          Les trois dés sur la table font apparaître chacun 3 faces visibles, avec les nombres Un, Deux, Quatre ce qui donne une dynamique des nombres : Un qui devient Deux qui devient Quatre. On est bien dans le symbole du déclenchement de la manifestation. Si on additionne les nombres des trois faces de chaque dé, on obtient vingt et un, ce qui correspond au dernier arcane majeur, la carte du Monde. La première carte contient en potentialité la dernière. On est à la fois au début et à la fin de l’œuvre. Le temps n’existe pas. On est ici et maintenant. Et la dynamique des nombres est le révélateur de la manifestation. Le Grand Architecte est donc un bateleur, un magicien, un jongleur, un artisan, celui qui maîtrise l’Art de la Magie et qui est capable de manifester l’œuvre du Verbe créateur.

          Ce sujet peut sembler inaccessible pour un homme, car il ne nous est pas possible de savoir ce que fait le Grand Architecte de l’Univers. Tout au moins, nous pouvons nous en approcher par ce que nous constatons et pressentons. Pour cela, le Prologue de Jean nous éclaire lorsqu’il nous dit que « Dans le Principe est le Verbe ». Il y a bien un lien entre le Verbe et le Principe Créateur ; le Verbe serait-il la conscience du Principe ? Le Prologue précise également qu’il y a une distinction entre le Principe et Dieu (« Le Verbe est avec Dieu et le Verbe est Dieu »). Ainsi, même si l’on ne peut affirmer que le Grand Architecte de l’Univers est Dieu, on peut dire qu’il est lié au Verbe. Le Principe, tel Atoum dans l’Égypte Ancienne, est du domaine de l’incréé ; il crée le Grand Architecte en tant que fonction de manifestation ou démiurge (du grec « dêmi-ourgos » : dieu ouvrier) ; il se manifeste par le Verbe grâce à celui-ci. La Création passe par le Verbe ; il façonne, nourrit et donne vie (« Tout fut par lui, et sans lui rien ne fût », « lui » étant ici le Verbe). Le Principe Créateur, restant dans son concept de toute éternité, est le père de la création, ineffable et inconnaissable, à l’origine de toute chose ici-bas. Il peut être considéré comme la Cause unique, première, originelle, qui porte en elle, en potentialité, toutes les lois causales et les fonctions créatrices. Celles-ci, en descendant progressivement dans la manifestation, déclineront les mille et une formes de vie issues de l’unité primordiale. Cette incarnation va donc permettre la manifestation. Cette dernière est soutenue par les trois Piliers Sagesse, Force et Harmonie, liant le ciel et la terre.

          Le Un, absolu, Principe créateur, immuable, est bien la pensée, la conscience universelle, un œil gigantesque ouvert sur l’univers que créent le Grand Architecte et la Veuve. Il est géométriquement le point qui se trouve dans le cercle. Il est dans la butte primordiale. Le Grand Architecte peut donc être formulé dans son état premier comme le carré proportionnel à ce cercle. Le Grand Architecte est ainsi la fonction qui permet de résoudre la quadrature du cercle dans le plan et dans le volume. Le Principe est la Cause dès le moment où il décide de se penser et ainsi d’engendrer la Création. Non manifesté, il est la Cause des causes qui devient perceptible lorsqu’il devient Deux. Du Deux peuvent émaner toutes les puissances de création dans la manifestation dont le Feu divin, source de la forme, actif, que l’on assimile au Grand Architecte, et la part spirituelle, passive dans laquelle le Grand Architecte peut agir, que l’on nomme Veuve ou Vierge cosmique. Pour s’assurer de l’incarnation du Verbe, le Grand Architecte agit mais pas seul, la Veuve travaillant également à cette incarnation. Le Grand Architecte pense et trace le plan pour manifester ce qui est au cœur du Principe. Par lui, la Pensée et l’Acte sont présents ensemble dans la Création. Ce que pense le Grand Architecte, il le voit ; en voyant, il crée ; ainsi, cette pensée devient Verbe. Il permet le passage de la création abstraite à la création sensible ce qui s’incarne par le Trait. La Magie passe par la connaissance des nombres et du Trait pour formuler la Parole perdue, inaudible, prononcée à l’origine du monde. La Parole sera retrouvée par le Verbe, car si la Parole peut se perdre, le Verbe non : il est de toute éternité. Le Nom secret du Grand Architecte serait « la parole perdue » ou « celui qui peut prononcer la parole perdue », ou encore « celui qui peut reconstituer l’œil complet ». En Égypte antique, la Magie est formulée par le sceptre « Heka » qui permet au berger de rassembler le troupeau, et donc au Grand Architecte de rassembler ce qui est formulé au fur et à mesure de la formulation.

          La notion d’incarnation implique de passer sous une forme matérielle, donc dans le monde visible. Le rituel de la Saint Jean d’Hiver précise cette descente dans la matière lorsqu’il indique que « Le feu de la Saint Jean d’Hiver s’élève pour unir le ciel et la terre et faire que les forces célestes s’incarnent sur terre ». La Lumière est présente en chacun, mais nécessite une prise de connaissance de sa présence. Le Grand Architecte crée sans cesse, ce que l’on retrouve également dans le Prologue de Jean lorsqu’il précise « Et le Verbe s’est fait chair » ; la première manifestation de la Sagesse s’exprime par la Force du Verbe. Celui-ci est donc l’expression de la conscience du Principe, l’archétype de l’action, la fonction causale primordiale d’où découlent toutes les autres fonctions. Les Trois Grandes Lumières sur l’Autel des Serments qui est la Pierre Fondamentale, symbolisent le Grand Architecte et incarnent la Lumière du Principe Créateur.

          Dans une approche énergétique, c’est par le Verbe que la puissance créatrice peut se manifester, s’incarner, prendre forme, en tant que Cause. Il peut se formuler par la Parole, le son, la manifestation vibratoire, le langage symbolique permettant à l’homme de retrouver une voie d’approche de l’Inconnaissable.

          Lors de notre initiation nous avons reçu le don du Verbe. Mais comme nous dit le viatique d’Apprenti : « Épeler seul, c’est trahir ; épeler ensemble c’est vivre en communion une langue sacrée ». Pour pouvoir entrer dans la Magie du temple, chaque initié doit entrer dans le don de soi au Grand Architecte par l’intermédiaire d’une communauté initiatique. L’initié doit être au service de ce Verbe révélé et incarné.

          Nommer, c’est éveiller une puissance qui permet de faire exister ce qui était virtuel. La parole, à travers les mots, peut faire vivre, guérir, influencer, mais également blesser, tuer ou amener au suicide (au sens de la Vie comme de l’existence). Elle est d’ailleurs souvent représentée comme une lame à double tranchant. Tout dépend si les mots sont liés au Verbe ou non, liés à une pensée individuelle et destructrice ou communautaire. Dans l’Égypte ancienne, les rituels d’exécration passaient par la suppression du nom d’un individu pour l’empêcher de vivre dans l’au-delà.

          C’est alors, par exemple, que le rituel contraint le divin à être présent et lie les frères. Sa pratique vivante et rigoureuse déclenche une imprégnation qui touche l’âme et l’esprit. Toute manifestation harmonieuse s’exprime selon la loi des Nombres, en parfaite conformité avec la Règle. Le Nombre est l’essence de la forme. Âme et esprit ne s’opposent pas à la matière ; ils s’incarnent en elle. L’énergie primordiale va se corporiser, et pour cela, il va y avoir une condensation de celle-ci pour prendre un aspect visible pour les humains que nous sommes. Pour les Chinois, cette énergie prend la forme du sang, circulant et révélé par la science des pouls. La Magie peut ainsi être perçue comme une perception des énergies contenues et extériorisées par l’univers, et à fortiori par l’homme (individu ou communauté) en tant que composante de l’univers. Elle agit sur les échanges ou interactions entre ces différentes énergies. Là se trouve l’origine des intuitions qui nous permettent de sentir et d’appréhender un monde que nous ne pouvons pas comprendre avec nos simples sens.

          Ainsi, la création est une incarnation mais aussi le passage de la conscience de l’univers vers celle de l’homme ; cette corporification ou descente de la conscience dans la matière peut, par la démarche initiatique, se retourner et revenir à sa source qu’elle enrichit. C’est ce que R.A. Schwaller de Lubicz appelait l’universalisation du particulier. Ce retour est nécessaire car sans lui, toute incarnation est une particularisation, un éloignement de l’universel, une entropie, une catastrophe. Ces aller-retours peuvent être symbolisés par l’échelle de Jacob.

          Les Communautés initiatiques se doivent de concrétiser la pensée du Verbe déferlant sur l’univers, de poursuivre l’œuvre du Grand Architecte, de la prolonger, d’incarner la conscience dans la matière, de bâtir, d’insérer dans le visible ce que le Grand Architecte a laissé dans l’invisible après l’avoir créé. C’est l’accomplissement de l’œuvre d’un commencement jusqu’à un terme, la construction du Temple, toujours à l’image de l’univers dans notre tradition de bâtisseurs.

          On peut voir le Nombre d’Or comme le Nombre de l’incarnation, diffusé dans tout l’univers par le Grand Architecte. L’incarnation du Verbe passe par les invocations, les gestes, les chaînes d’union, les tracés, le don de soi, la mise à l’ordre, mais aussi tout particulièrement par le rituel, notamment à chaque tenue principielle lorsque le Passé Maître transmet le Verbe par la lecture du Prologue de Jean. Le Verbe s’incarne alors dans les consciences ici et maintenant. Il en est de même à chaque création d’un Maître.

          Pour bâtir, l’œuvre communautaire repose sur un mythe de création formulé par le rite dans chaque rituel qui est l’expression du Verbe. Les neuf puissances créatrices issues de l’Unique dans l’Énnéade de la théologie memphite en Égypte ancienne sont incarnées dans notre Loge par les neuf offices. Un document de cette théologie indique que : « Grand est le Façonneur qui transmet sa Puissance à toutes les puissances créatrices et à toutes les forces de vie à travers sa conscience et sa formulation ». Nous retrouvons bien ici le Grand Architecte régissant les puissances créatrices par la conscience et la concrétisation ; ce qui n’est pas formulé n’existe pas, et la formulation passe par l’Énnéade, donc les offices de la Loge. Ce document précise également que « Cela naquit dans le Cœur et sur la Langue en tant que symbole du Principe qui est et qui n’est pas ». Autrement dit cela passe par la perception et sa formulation. Toute juste formulation donne l’énergie de la Connaissance. La Communauté travaille à recevoir le Verbe en suivant la Règle pour le retrouver dans sa conscience comme dans le Temple, symbole de l’univers. Si le Verbe se transmet de lui-même, la Parole qui en est la fille, se transmet par des actes initiatiques. On retrouve la puissance de la Parole dans diverses traditions comme le Livre des Morts égyptien, le Bardo Thôdol (où l’intonation des mots prononcés joue sur le taux vibratoire), la Kabbale (sephirots du Zohar) ou la bonne parole des Chrétiens. De même, pour nous, simples humains, une bonne parole ne vient-elle pas d’une inspiration du Verbe Divin ? L’immanence n’est autre que l’expression du Un dans le multiple. Cette réalité n’est pas aisée à percevoir, mais l’intuition et l’épanouissement du Cœur-Conscience permettent d’en avoir la connaissance. Le rôle de la Communauté initiatique est de révéler ce qui est caché. La Parole est ce qui précède la puissance. Nommée « Medou » en Égypte avec également le sens de bâton, elle est associée aux « Neters ». « Medou Neter » signifie parole divine et se représente par un mât porteur d’un oriflamme, d’un tissu révélant le vent et donc l’invisible. Ces paroles sont formées d’une partie fixe (le mât) et d’une partie volatile (le tissu). Ainsi, plus le vent souffle et plus la puissance est grande, mais les paroles en elles-mêmes sont de nature identique, même si leur expression est différente. L’incarnation du Verbe passe donc l’union du fixe et du volatil (qui rappellent l’Équerre et le Compas). Le Grand Architecte est donc également le Grand Alchimiste. La Magie habille le mystère et donne forme à l’invisible en révélant la puissance des Neters.

          La Magie est la vision qui est proposée au Compagnon ; c’est un art que l’on apprend à vivre à travers l’Orient et le Trait. Ce dernier permet de remonter de la parole au Verbe car il donne la meilleure formulation, humainement accessible, de l’univers. En utilisant cet art, il est possible de traduire géométriquement la connaissance des noms et des Nombres. Le Compagnon a reçu le don de la parole ; il découvre que la magie des mots peut autant créer que défaire. Et d’ailleurs, créer, n’est-ce pas aussi déconstruire ? Lorsque l’on réalise une potentialité, ne fait-on pas disparaître les autres possibilités, ou, plutôt que faire disparaître, n’empêchons-nous pas d’autres potentialités de s’exprimer ? Un exemple très matériel : lorsque lartiste tailleur de pierre se trouve devant un bloc de pierre, il en extrait une forme manifestant une idée particulière. Le bloc contenait une infinité d’idées n’existant qu’en potentialité.

 

          La Parole est ainsi à la fois perdue et retrouvée ; la Magie, en reliant les paroles de création entre elles, participe alors à l’incarnation du Verbe et à la création de l’univers. Le Grand Architecte utilise la Magie pour régir les puissances de création. Par conséquent, le Vénérable Maître se doit de tenter d’agir de même avec ses officiers et de s’assurer que les lois causales apparaissent ordonnées dans le Temple. C’est à lui, au travers de la Communauté, d’accéder aux énergies de l’univers, donc celles de la Vie, ainsi qu’aux lois qui les régissent, à la Règle du Verbe créateur qui s’incarne par l’amour. La Loi d’Amour s’exprime à son maximum lors de la Chaîne d’Union. Tout s’enchaîne donc dans une parfaite harmonie depuis l’Unité primordiale jusqu’au plus profond de la matière, démontrant l’immanence du divin. Il reste que l’usage du Verbe est plus difficile que tout autre travail.


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