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I.1.b La Veuve, la grande magicienne, réunit ce qui est épars rendant possible la transmission de la

          Le Verbe du Principe s’incarnant par le Grand Architecte de l’Univers, la Veuve doit

intervenir pour que la Tradition se transmette. Voyons donc en quoi elle est magicienne, comment elle agit et ce qui en résulte.


          La Veuve, c’est la grande magicienne et elle porte de nombreux noms. Mais qui est-

elle ? Dans notre mythe qui s’exprime au travers de son rite, le Principe, le Un, a donné naissance au Deux du Grand Architecte et de la Veuve. Cette dualité est la cause de la création qui est porteuse de toutes les lois causales. Il s’agit d’une part, du Feu divin, source de la forme, que l’on nomme dans la tradition occidenta le Grand Architecte de l’Univers ou démiurge, et, d’autre part, de la substance spirituelle, dans laquelle et par laquelle le Grand Architecte peut agir.

 

          La Veuve est notre mère spirituelle et est l’exact prolongement d’Isis. Un papyrus vers

1250 av JC raconte qu’Isis réussit par magie à obliger Rê à lui donner son nom secret ; elle eut ainsi pouvoir sur lui et devint la maîtresse du divin ; par le nom, elle peut magiquement animer les êtres et les choses, elle peut donc leur donner Vie. Rê demanda que ce nom fût transmis à Horus en le liant par un serment divin. Là encore, il y a transmission.

          Il est dit dans nos rituels : « Désormais, c’est la Veuve qui te mettra au monde chaque

matin tel un nouveau soleil et c’est en elle que tu trouveras ton accomplissement ». La Veuve est porteuse de la Vie en potentialité, comme la Vierge Noire, terre noire, materia prima de l’expression de la Vie. « L’Ordo Ab Chaos » n’est possible que grâce à elle.

          L’œuvre de la Veuve est le fondement de la magie par le rassemblement, la réunion et

la réanimation de l’être divin. Le Compagnon sait que la magie passe par la géométrie sacrée ; or la géométrie est un des noms de la Veuve. Cette géométrie permet de remonter de la parole au Verbe et donc à la source de la Tradition. En Égypte, la Veuve/Isis, sous sa forme de Séchât, la parèdre de Thot, trace la géométrie sacrée du pays en cherchant les parties dispersées du corps d’Osiris ; sous sa forme d’Hathor, dont le nom signifie littéralement la demeure d’Horus, elle fait renaître Osiris là où elle trouve un de ses membres. Elle arpente la terre sacrée, elle parcourt l’Égypte et donc le ciel, le Nil terrestre étant à l’image du Nil céleste, et ce pour rassembler les membres dispersés de son époux et lui rendre son intégrité. L’acte de magie qui permet le rassemblement a donc pour origine le voyage. Le sceptre Héqa, en rapport avec la houlette du berger et donc avec la transhumance, est le moyen d’entreprendre le voyage vital qui donne la capacité de capturer les puissances qui pourraient s’échapper de la totalité, de ce Un qu’est le troupeau. La Veuve est ainsi la grande mère de la création ; elle est l’Amour. C’est un amour qui pousse à agir volontairement et activement pour rechercher, identifier et reconnaître les fractions (fonctions) éparpillées du corps d’Osiris. D’après certains textes, Isis aurait trouvé les quatorze morceaux d’Osiris. Ces quatorze parties correspondent à des fonctions créatrices, aux quatorze « kas » du corps Osirien : le verbe, la vénérabilité, l’action, l’épanouissement, la victoire, l’illumination, l’aptitude à gouverner, la nourriture abondante, la capacité de servir, la magie, le rayonnement, la vigueur, la lumière de l’Ennéade et la précision. En loge nous avons Neuf fonctions, démembrement de la fonction de Vénérable Maître qui elle-même est double et composée du Vénérable Maître et du Passé-Maître. Mais ceci n’est pas si simple car la fonction de Couvreur ou gardien du seuil, par exemple, est également double, contrôlant à la fois ce qui vient de l’extérieur mais aussi ce qui va vers la table du banquet ; il assure également la couverture de l’Athanor…


          La Veuve agit essentiellement en réunissant ce qui est épars. Elle enseigne ainsi aux

initiés une manière de faire pour comprendre et voir. Cette manière de faire est le fondement de la magie sacrée. En tant que notre mère, elle est à la source de la communion initiatique ; elle noue les énergies et fait que « la loge est le lieu sacré et couvert où la lumière naît d’elle-même par la communion initiatique ». La chaîne d’union est sans doute le sommet d’une tenue, dans le temple comme dans les chambres (Milieu, Trait, Symbole). La Veuve noue nos mains comme les nœuds de la corde pour former une unité incorruptible qui génère une énergie qu’il va falloir nourrir au banquet pour qu’elle soit régénérée et qu’elle ne se disperse pas. C’est par l’utilisation du nœud Tyet ou nœud d’Isis, que cette dernière a redonné vie à Osiris. Les textes des pyramides citent cette action : « Isis et Nephtys ont utilisé leur magie sur toi avec les nœuds d’un cordon, dans la ville de Saïs... ». Une autre formulation de ce nœud d’Isis et de sa force de cohésion est symbolisé par la queue d’aronde ; elle intervient tel un nœud et une articulation ayant pour fonction de relier et d’unir les pierres entre elles et ainsi de donner forme à un Temple qui, de par son architecture, prolonge le Verbe du Principe. A la fermeture de nos travaux en tenue principielle, le Trône de la Veuve circule pour être attouché par tous les frères présents. Un des noms de la Veuve est la Tradition et les attouchements de la fin de nos travaux sont une forme de fécondation de la Veuve.

          En tant qu’enfants de la Veuve, les maîtres maçons doivent s’inspirer de sa quête et

de son enseignement pour découvrir le mystère et le transmettre. Les Frères, en prenant la parole avec la formule magique « Vénérable Maître et vous tous mes frères, selon les nombres qui vous sont connus », sollicitent le rassemblement des pensées, l’identification et la reconnaissance des symboles, afin de nouer les paroles entre elles et de favoriser la transmission de la Tradition. Nouer les paroles entre-elles, c’est croiser les notions complémentaires émises par chacun et favoriser la « fermentation » des pensées individuelles, de manière à les transformer en une pensée communautaire. La formule de prise de parole implique l’action magique du tissage. Formuler ensemble, c’est jouer avec les mots, c’est susciter la « fermentation » de la pensée et « tout ce qui fermente a le don de fixer le souffle divin »1 ; c’est une manière d’aimer, de faire prospérer le Verbe et de créer un cycle continu entre le Principe et la loge porteuse de Tradition.

          Pour retourner à la Cause, nous devons passer par la Veuve. Les symboles tracés sur

le Tableau de Loge semblent des éléments dispersés, épars, mais là encore c’est la Veuve, par sa corde aux lacs d’Amour, qui les réunit, les rassemble et les fait vivre.


          De l’action de la Veuve résulte alors la transmission de la Tradition.

          Mais ne mélangeons pas. Il y a une différence entre les traditions (humaines, sociales,

culturelles, cultuelles) qui évoluent avec le temps et qui devraient plutôt être nommées coutumes, et la Tradition (issue du Principe) qui est immuable, incréée donc pas de ce monde, et qui rassemble la connaissance des lois causales de création, et ses manifestations dans des formes multiples qui la rendent transmissibles (« tradere », en latin, c’est transmettre). Formuler par des initiés la Tradition (trans, au-delà, et do, donner), c’est l’incarner dans le temps et la rendre transcendante. La Tradition, pour nous, a pour objet de bâtir le Temple, la demeure du Grand Architecte de l’Univers, visible de tous, dans une formulation sans cesse renouvelée. Les frères consacrent l’essentiel de leur énergie à rechercher cet invariant qu’est la Tradition.

          C’est dans la loge, et pas ailleurs, que des êtres épars et différents se réunissent pour

vivre et transmettre la Tradition. C’est dans la loge, véritable centrale d’énergie, que la magie peut déclencher un mouvement vital dans le monde et devenir un outil de formulation et donc de transmission. La Veuve rassemble les perceptions, les travaux de tous ; elle vérifie que chacun a donné le meilleur de lui-même pour que le tronc des offrandes puisse recueillir ces travaux. Ceux-ci, une fois rassemblés comme le corps d’Osiris donneront un rapport qui viendra à la fois enrichir la Tradition et assurera la transmission de la lumière tout comme Horus le fit.


          En vivant la Veuve dans le respect de la Règle, nous construisons le Temple. Vivant

selon ce principe, nous n’avons de cesse d’entretenir ce feu de la Tradition, afin de le transmettre. Cette transmission en est à la fois la dynamique et le but. Alors la magie peut susciter la Vie.



1 Le Roi de la Théocratie pharaonique, RA Schwaller de Lubicz, Flammarion, page 205


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