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III.3.c Rendre la maison

          Cette formule est assez étonnante et ne se trouve pas dans nos rituels. Elle est cependant utile pour nous sortir de nos habitudes de pensée et, en nous mettant en état de perplexité, elle nous oblige à laisser notre intuition s’exprimer en dehors de toute référence habituelle. Cette expression égyptienne correspondait à un rite consistant à éclairer les temples le premier jour de l’année. Nous allons donc essayer de la traduire, puis voir comment la rendre effective dans notre pratique spirituelle et enfin, voir qu’il peut en résulter un accroissement de la conscience.

 

         Et déjà, quelle peut être cette maison et qui en est propriétaire ? Une maison est un contenant qui donne forme comme un vase donne forme à l’eau et c’est le lieu où l’on habite, le lieu de vie. On la bâtit, la fait vivre et évoluer en fonction de notre vision et de nos capacités. Pour nous, cela peut se comprendre à différents niveaux, notamment :

  • Nous-mêmes, ce que nous sommes depuis notre naissance, que cela soit à notre venue au monde ou sur le plan initiatique. C’est alors le corps qui contient l’âme et l’esprit et leur donnant la possibilité de se manifester. Évitons de le détruire en en abusant. Mais ce peut aussi être l’en soi, la conscience, capable d’héberger la pensée, les perceptions. Mais qui est propriétaire de ce corps ? Immédiatement l’ego répond : « C’est moi ! ». Mais il y a usurpation : « Cette fausse identité, adoptée par ignorance, est l’ego » (Le livre tibétain de la vie et de la mort).

  • Si l’on considère la communauté des hommes, il s’agit alors de la terre qui l’héberge et lui permet d’exister. Il faut l’entretenir. L’ego de l’homme se met au-dessus du reste. Évitons de la détruire car l’espèce humaine n’en est pas réellement propriétaire. Elle ne disparaîtra pas alors que cela peut arriver à l’homme. Vivons en harmonie avec elle. Nombre d’animaux ont conscience de la mort, peuvent construire, modifier l’environnement, mais aucun, en dehors de l’homme, ne peut formuler la conscience du Principe de création.

  • Pour une Communauté initiatique ce peut être son Temple qui donne forme à sa pratique spirituelle. Et en tant qu’en soi, on peut aussi penser à la conscience communautaire. Un maître, quel qu’il soit, même avec un joli tablier ne peut être propriétaire ; ne confondons jamais la fonction et le frère. La Communauté initiatique dans son ensemble pourrait être le Maître car même un Apprenti comme un Compagnon contribue à nous apprendre et à nous construire, et donc à être un guide. Il n’y a pas de gourou et toute la loge guide tous les frères. Les fonctions ne sont que de devoir et celui-ci doit s’exercer au mieux par chacun. La loge s’imprègne de ce que nous sommes. On peut la rapprocher de la Maison de Vie égyptienne, étroitement liée au temple. D’ailleurs, le mot hiéroglyphique « pr » a pour signification maison, palais, temple et tombe. Le temple est notre lieu de vie spirituelle, en quelque sorte notre maison spirituelle. Il comprend plusieurs chambres où l’on travaille et transmet, sans se contenter de ne pratiquer que des rituels. Cette maison vit et évolue, mettant en mouvement de l’énergie grâce au plan d’œuvre qu’elle développe et qui est, en quelque sorte, le plan de construction de la maison. Mais la Communauté initiatique est-elle propriétaire de son Temple ?

  • Pour le Compagnon, cette maison ne serait-elle pas le Chef d’œuvre où il doit habiter ? Mais en est-il propriétaire ?

 

          La notion de maître de maison est-elle indispensable ? L’anarchiste (ni Dieu ni maître) ne le pense pas. Beaucoup d’hommes en ont besoin et cela s’avère nécessaire pour évoluer, à commencer par le maître d’école. Le problème de l’athée, c’est qu’il ne reconnaît plus de maître transcendant ; tout va dépendre de celui qu’il choisira sur le plan humain. Pour nous, le maître des lieux qui dirige, organise, accueille les visiteurs... est le Vénérable Maître en tant qu’incarnation du Grand Architecte de l’Univers, donc de la volonté du Principe. Le propriétaire, le Maître, c’est le Grand Architecte de l’Univers, l’équivalent de ce que dit le Psaume 115 de la Bible : « Non pas à nous, Dieu, mais à ton nom donne gloire », d’où l’expression « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers ». Le vrai propriétaire de notre maison commune est bien le Principe de création. Dit autrement, c’est la Vie, l’univers incréé, indéfinissable mais que nous avons pressenti lors de notre décision de vivre l’initiation et qui nous accompagne sans cesse pour nous y fondre un jour pour l’éternité.

          Le verbe rendre indique qu’une chose a été prise et qu’elle doit retourner à celui qui l’a donnée. Dès le début de la voie, nous savons que nous recevons, dans un premier temps, de quoi améliorer notre vécu spirituel et que nous devrons ensuite à notre tour transmettre. Mais cela va plus loin. En fait, en tant qu’individu, rien ne nous appartient. Pour le comprendre, examinons le contraire. Si des choses nous appartiennent, nous en faisons ce que nous voulons. Qui est ce nous ? La seule réponse possible est l’ego, le moi (tant pis pour les « psy » qui veulent distinguer les deux), ce qui nous centre sur l’individu. Dès lors, il est impossible de se centrer sur l’univers et de s’unir avec ce qui nous entoure. On ne peut avoir plusieurs centres sans être écartelé. De là viennent tous les problèmes de la nature humaine : violence, guerre, au mieux indifférence à ce qui nous entoure si cela ne nous apporte rien ; là est la cause de toute souffrance. Notre nature propre nous est prêté ; qu’en faire ? Épictète (philosophe grec du début de l’ère chrétienne) répond (pensées, 17) : « Ne dis jamais, sur quoi que ce soit : j’ai perdu cela ; mais je l’ai rendu. Ton fils est mort ? Tu l’as rendu... On t’a pris ta terre ? Voilà encore une restitution que tu as faite. Mais celui qui me l’a prise est un méchant. Que t’importe par les mains de qui celui qui te l’a donnée a voulu te la retirer ! Pendant qu’il te la laisse, uses-en comme d’une chose qui ne t’appartient point, comme les voyageurs usent des hôtelleries ».

          Dès que l’on comprend et vit la maxime proposée à notre méditation dans ce chapitre, nous nous mettons à aller vers le Un, à faire retour vers le Principe, à pratiquer un tropisme (mouvement orienté) vers la maison où nous nous sentons invités : « Vers quoi nous dirigeons-nous ? Toujours vers la maison » (Voyage en Orient. H. Hesse). Pour nous, ce tropisme est vers la Lumière (comme les plantes) et donc vers le Temple couvert qui la contient et d’où elle jaillit. Nous venons, non pas prendre, mais œuvrer au sein de la loge, sans laquelle, telle un bateau, il n’est pas possible d’avancer et où nous sommes un simple frère avec comme référence la Règle qui est d’origine non-humaine. Dans l’athanor communautaire, l’homme se transmute en frère que seul l’individu pourra détruire s’il ne respecte pas la Règle sur laquelle il s’est engagé, s’il veut prendre et non rendre ce qu’il reçoit.

 

         Mais alors, comment faire ? Tout simplement en œuvrant, en pratiquant l’offrande de l’œuvre, dans une formulation permanente.

         Si le Principe engendre le multiple pour créer, nous devons faire le chemin inverse en rassemblant ce qui est épars pour édifier le temple, dans le visible et l’invisible. L’enseignement reçu en loge demande à être rendu sous la forme d’une création concrète. Passer par la matière au travers du travail manuel pour découvrir l’Esprit, telle est la finalité des bâtisseurs qui sont sur le chemin de la vie en esprit. Le maître d’œuvre est l’âme du chantier et fait que les pierres s’aiment entre elles. La maison qui s’édifie rend perceptible l’univers invisible parce qu’elle structure le Verbe et féconde chacune de ses pierres, chacune de ses formes. Toutes ses composantes, matérielles comme spirituelles, sont animées pour devenir Parole et Lumière du Principe. Dans ce chantier, le rôle du Compagnon est d’élaborer un chef d’œuvre qu’il devra rendre aux maîtres en travaillant l’Orient et le Trait par la connaissance de la Pierre Cubique. Et parfois, l’œuvre consiste à créer un frère par le rituel d’initiation.

          Le temple qui se crée devient l’espace sacré où s’effectue l’offrande de l’œuvre sous toutes ces formes, faisant que la maison et le Maître s’unissent quand ils sont de même nature, c’est à dire quand l’œuvre est la matérialisation de la pensée et de la volonté principielle. Restituer au propriétaire, sur le plan initiatique, se pratique par l’offrande qui ouvre les portes de la maison, et avant tout celles de l’en soi (la conscience) : « Ouvertes sont les portes du ciel, déverrouillées sont les portes du Temple, la maison est ouverte à son maître. Qu’il sorte quand il veut sortir, qu’il entre quand il veut entrer » (rituel égyptien d’ouverture de la bouche. Scène 74). L’œuvre doit vivre et rayonner pour alimenter la conscience. Il s’agit de restituer la conscience développée à tous niveaux, de la conscience individuelle vers la Communauté initiatique, et de la Communauté vers la Conscience universelle. Le maître d’œuvre, au nom de la Communauté initiatique, fait acte d’offrande et rappelle aux œuvrants l’importance de cet acte qui permet une formulation permanente capable de prolonger la création permanente du Créateur. Tel est le sens du rituel de la Saint Jean d’Été quand les travaux de l’année sont rendus au Feu pour le nourrir et qu’ils retournent vers le Principe.

         Le Compagnon qui fait l’offrande de son chef d’œuvre devient un passeur d’énergie, de conscience dans la mesure où il s’est imprégné de la conscience de la loge. Il fait une maison et y inscrit ce qu’il a perçu et vécu. Cette énergie doit se transmuter dans la formulation du chef d’œuvre symbolisé par la Pierre Cubique à pointe qui ressemble à une maison par son volume et son toit pointu. En offrant sa vision de l’œuvre, par nature inachevée, il révèle un Feu contenu dans la Pierre, une énergie parlante comme les chapiteaux que l’on trouve dans les églises du moyen-âge.

         Tout cela nécessite un lâcher-prise tant communautaire qu’individuel pour s’orienter vers plus grand que soi, au service du seul Principe. Ce détachement fait taire les désirs individuels, ouvre à la pensée de l’universel et permet également de maîtriser les contingences matérielles, voire celles de l’existence dans le monde profane. Cela provoque un changement profond aboutissant à détachement de nous-mêmes qui rend possible la restitution des œuvres.

          Dès lors, la formulation communautaire est permanente et la maison s’embellit sans cesse. Une sculpture du moyen-âge (cf. par ex l’image ci-dessus prise à Trèves) montre un maître d’œuvre tenant dans ses bras une cathédrale miniature. Celle-ci est l’évocation du projet en devenir. Son inspiration lui a fait transcrire le plan d’œuvre qui a présidé à la conception, à l’animation et à la concrétisation du temple. Sa fonction consiste à avoir une vision de la tradition pour unir ceux qui se sont engagés à œuvrer à la gloire du Principe de création pour formuler dans la pierre. Rendre la maison à son Maître n’est ni la fin d’une démarche ni une étape à franchir. Certes, une formulation est toujours finie à un instant donné mais quand un frère a fini de s’exprimer et qu’il a prononcé : « J’ai dit », la parole continue de circuler, toujours en mouvement. Chaque parole prononcée est une maison, un volume construit selon les trois Piliers (pensée ternaire) et contenant des idées, des images, des symboles, des représentations. Elle a ses limites comme toute maison (murs, toit) mais propose une vision du Mystère si elle respecte la Règle. Étoile parmi les étoiles, elle peut illuminer le ciel, et tout particulièrement quand elle est un chef d’œuvre capable de s’intégrer en harmonie dans le Grand Œuvre. Ainsi s’embellit sans cesse la maison comme autrefois, dans les campagnes, on construisait selon les besoins pour agrandir les habitations.

 

         L’utilité de l’offrande ainsi faite est tout simplement d’accroître la conscience universelle.

         La Communauté initiatique, par la tradition vécue, est en relation avec cette conscience qui, en retour, l’inspire. Notre voie agit sur la conscience, la fait vivre et grandir grâce à ce que les anciens nous ont légué et dont nous ne sommes que dépositaires. Nous alimentons la conscience de la loge qui doit retourner à sa source, la conscience universelle. La conscience entre dans la Conscience. Le Maître règne sur celle de l’Univers. N’accomplit-il pas la création dans ce seul but ? Il y a apport d’énergie à celle de l’Univers, de la vie à la Vie. Cela semble contraire au fonctionnement de l’entropie et à la deuxième loi de la thermodynamique mais c’est oublier que cela ne vaut que dans le monde visible et non dans l’invisible, et encore moins dans l’incréé. Telle est la magie de la voie communautaire dans laquelle la maison édifiée transcende la vie tout en sacralisant la manifestation de l’invisible. Au moment du décès, on rend l’âme, la conscience. S’il ne s’est rien passé pendant l’existence, l’aller-retour de la naissance-existence-mort n’aura servi à rien ; il en est de même pour l’âme d’une loge et beaucoup de loges ne développent guère une conscience spirituelle, c’est à dire liée à l’Esprit. Tout dépend uniquement de ce que l’on fait.

         Le Tableau de loge nous donne le mode d’emploi. Il s’agit de monter les marches vers le Temple, vers la maison, d’entrer dans la chaîne d’union au cœur de la corde à nœuds, de devenir communautairement la porte derrière laquelle se trouve la Pierre Fondamentale puisque les Pierre Brute et Pierre Cubique sont de chaque côté. Cette Pierre apparaît alors comme Pierre d’offrande et Pierre Philosophale. Par l’offrande de la conscience, la Lune et le Soleil s’assemblent, formant le rébis. La conscience s’unifie ainsi et se relie au Delta lumineux ; celui-ci, alors, ne devient-il pas un tout petit peu plus lumineux ?

          C’est ainsi que s’édifie sans cesse la Communauté initiatique en un corps plus grand que l’addition de chacun des êtres qui la compose. N’oublions pas que les bâtisseurs de cathédrales ont participé à une partie de l’œuvre et ne l’ont jamais vu finie, même si certains, en voyageant, ont vu différents stades dans différents monuments, ce qui pouvait leur permettre d’avoir un aperçu d’ensemble. « Ce que tu fais te fait » disaient-ils. La maison qui s’élève unit les êtres et les pierres et est autant le point d’aboutissement des efforts des bâtisseurs d’aujourd’hui que le point de départ des œuvrants de demain. L’aboutissement est perpétuellement renouvelé et les frères sont les témoins permanents de l’œuvre qui s’édifie. Les maçons meurent et la maison demeure. Le temple qu’est chacun nourrit l’ensemble, le trésor de la loge, ce qui perpétue la dynamique de vie et assure l’intégration de tous à l’œuvre par la réalisation de chacun.

          Il s’agit bien d’opérer un renversement, une inversion, de joindre les sphères du Ciel et de la Terre pour faire descendre le Ciel sur Terre et de rendre la Terre céleste. C’est le « solve et coagula » des alchimistes. Si l’Apprenti doit vivre selon l’Astrologie, le Compagnon doit matérialiser cette dynamique par la Géométrie sacrée dans le Dodécaèdre étoilé qu’est l’Univers, la maison du Grand Architecte. Il offre à la loge une vision de l’Univers qui élève la conscience. Cette transcendance vers le divin se pratique avec tous les frères et concerne tout ce qui n’est pas tangible, le cœur, la sensibilité, l’amour, l’âme, l’esprit. Elle déclenche l’immanence qui se traduit par l’incarnation du divin qui devient alors perceptible. C’est le Verbe qui se fait chair. Sans l’immanence, il est impossible d’avoir conscience du Principe comme du phénomène de la création ; on n’en verrait que le résultat, c’est à dire le monde créé. A nous de voir que le Principe manifeste éternellement l’Amour créateur.

 

         Puissions-nous vivre la transcendance en pratiquant sans cesse l’offrande au Grand Architecte de l’Univers, au Principe de Vie, en bâtissant le Temple, toujours inachevé, selon le plan d’œuvre qui est le plan de la maison que nous devons rendre à son Maître. Puissions-nous vivre la conscience qui nous sort du temps et peut nous faire entrer dans l’éternité.


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